Discours devant le Conseil de l’Internationale socialiste

par · 15 novembre 2010

Cher George,
Chers Luis,
chers camarades et amis,

Cher Ricardo Lagos,

Je serais bref car tu n’as pas laissé beaucoup de place a l’exégèse, tant tu as été précis et complet.

Mes amis, Laissez-moi vous dire une fois encore le plaisir que nous avons d’accueillir ce Conseil de l’Internationale socialiste à Paris. Paris qui a une histoire intime avec le mouvement progressiste et le mouvement socialiste international. Au XIXe siècle, beaucoup d’événements fondateurs pour notre famille politique se sont déroulés dans cette ville. C’est par exemple ici que fut fondée la Deuxième internationale, l’ancêtre immédiate de l’Internationale socialiste. Il est donc juste que nous fondions une nouvelle étape de notre mouvement en lançant d’ici, un Appel, un Appel de Paris pour que la Conférence de Cancún sur le climat soit le point de départ d’une révolution verte qui conduira le monde sur la voie d’un développement durable partagé.

Que peut-il se passer à Cancún ? Rien. Que doit-il se passer à Cancun ? Tout, tout ce qui permettra un changement de climat dans le combat sur le changement climatique. Tout ce qui permettra de passer des paroles aux actes.

La « déception de Copenhague » a été très durement ressentie alors que rarement la prise de conscience de l’urgence climatique n’avait été aussi forte, et ce malgré des tentatives de tordre le coup à l’idée de «réchauffement climatique ».

Il faut le dire ici, se préoccuper du climat ce n’est pas une question de « mode » c’est une question économique, sociale et politique, donc ça concerne l’ensemble du mouvement progressiste international. Il s’agit pour nous de construire ce que le philosophe Edgar Morin appelle le « New Deal de civilisation ». Ce paradigme vert dont parlait a l’instant Ricardo Lagos.

Au XIXe siècle, le mouvement socialiste s’est construit sur la prise de conscience des injustices sociales causées par la révolution industrielle et la manière dont la production était organisée. Il a proposé un autre monde, un autre modèle de développement économique et social adossé au développement de la démocratie politique. Il n’est pas trop ambitieux de dire qu’au XXIe siècle, le mouvement socialiste doit prendre conscience qu’entre les injustices sociales et l’urgence climatique, il y a un lien comme il doit désormais exister un lien entre l’économie et l’écologie. C’est une autre façon de parler de la fraternité. Nous avons déjà, partiellement opéré cette révolution intellectuelle. Nous avons rompu avec le productivisme. Il s’agit de produire et de consommer de manière responsable. L’émancipation des peuples c’est aussi le fait de garantir un avenir libéré des entraves nées de la pollution et des maladies qu’elle entraîne.

Malgré les déceptions provoquées par la conférence de Copenhague, l’humanité prend aujourd’hui conscience qu’elle s’est peut être engagée dans un processus lent, de suicide écologique, par l’épuisement des ressources naturelles sur lesquelles elle est assise. Parallèlement aux questions climatiques, elle doit affronter le problèmes de pollutions chimiques, de l’épuisement de la biodiversité, du manque de terre, de forêts, d’air respirable, d’eau potable, de sources d’énergie. Ce à quoi se rajoutent les questions démographiques et alimentaires.

Toutes ces questions élargissent la crise générale de la mondialisation dont nous avons parlé tout à l’heure. Et nous renvoient elles aussi aux enjeux d’un monde organisé, dépassant les égoïsmes à courte vue dans une coopération structurée et efficace.

Au delà de la justice sociale dans une croissance solide, le mouvement socialiste doit remettre en cause: l’accumulation compulsive et la soumission à des désirs voraces et insatiables, l’action permanente et l’urgence chronophage, l’ambition compétitive et le culte de l’instant, la religion du changement, du bougisme. Bref dépenser plutôt que penser comme le dénonce souvent Martine Aubry.

La réconciliation de l’homme avec l’homme ne passe plus par un changement de système mais par une attitude radicalement différente vis-à-vis de la nature, de l’égalité sociale et de la coopérations des nations

C’est pourquoi, Cancún ne doit pas être un échec. Les puissants de la planète qui savent trouver des accords commerciaux bénéfiques pour leurs entreprises doivent créer les conditions favorables pour trouver des accords politiques, notamment sur le plan de la lutte contre le réchauffement climatique, bénéfiques pour l’ensemble des peuples de la planète.

Pour que Cancún soit un succès, il faut populariser l’Appel de Paris. Nous ne devons pas nous en tenir à une intention ou une proclamation. Ce appel doit dans les deux semaine qui nous séparent de l’ouverture de la Conférence, être porté et relayé par chacun de nos partis. Nous devons le publier dans nos médias nationaux, organiser avec les ONG, les syndicats et les citoyens qui le veulent et en faire une

revendication populaire. Si tous les membres de l’International socialiste répondent positivement. Si les groupes parlementaires se font l’écho de nos propos alors nous serons une force ou matérielle. Et la conférence de Mexico sera un point d’appui, le point de départ d’une « organisation mondiale climat ».

Ce n’est pas grand chose pour chacun de reprendre cet appel mais si de l’Argentine au Canada, de l’Australie à l’Europe, de l’Afrique au Moyen-Orient et à l’Asie nous reprenons l’Appel de Paris, nous pèserons sur la conférence de Cancun et notre collectivité socialiste aura été utile, comme elle a été utile il y a un siècle !

Les commentaires1 Commentaire

  1. Patrick P. dit :

    Il faudrait pouvoir, en France, faire circuler et vivre l’Appel de Paris jusque dans les sections du parti socialiste, de telle manière que chaque adhérent qui le souhaite puisse en devenir un ambassadeur…