Discours devant le Conseil du PSE à Varsovie

par · 3 décembre 2010

Il fait froid en Europe !

Il souffle sur l’Europe un vent mauvais, non seulement l’Europe grelotte aux vues du temps, mais elle est déprimée par les temps économiques.

J’irai au but : la politique de Madame Merkel nous inquiète.

La rigueur monétaire combinée à la rigueur budgétaire entraîne l’Europe dans la déflation et la catastrophe, les tensions sociales et la montée des populismes.

Certes il y a des crises systémiques et le passage d’un modèle économique à un autre ; certes les états se sont endettés pour faire face à la crise financière et la crise du secteur bancaire ; certes ils ont parfois utilisé cette crise pour accroître leur déficit public, tout en étant libéral sur le plan fiscal, mais comme il a été dit ce matin à propos de la crise de 1929, on ne peut absorber la crise de notre époque sans croissance.

Or cet objectif concerté pour la zone euro a disparu des feuilles de route. La politique économique du couple Merkel / Sarkozy est déséquilibrée, quasi obsessionnelle.

Et l’on va droit dans le mur, klaxonnant, en croyant que les marchés veulent la rigueur. Non, ils veulent une rentabilité à deux chiffres. On ne peut pas étancher leur soif à l’eau salée de l’austérité.

Ce qu’ils veulent c’est profiter de la crise pour mettre définitivement fin à l’Etat providence.

Les marchés financiers dessinent chaque jour un peu plus précisément les contours de la zone euro à deux voix, à trois vitesses.

Pendant dix ans les taux des pays de la zone euro ont convergé, quand on voit à quel point les écarts se creusent aujourd’hui, on se croirait revenu en 1999.

L’Europe ne vit pas un test de la Grèce, de l’Espagne, et du Portugal mais un test d’une zone euro, les marchés s’interrogent sur sa viabilité.

Et l’éclatement de la zone euro ce n’est pas la liberté des nations, pour plus de protection sociale, c’est leur rétrogradation pour moins de protection sociale.

Pourquoi ? La rigueur de l’austérité telle qu’elle est pratiquée, produit une croissance faible qui n’encourage pas les marchés. La politique imposée par Madame Merkel et Monsieur Sarkozy à l’ensemble de l’Europe la conduit à sa perte.

La discipline budgétaire et la restructuration de la dette génère une politique pro-cyclique.

Par exemple le 18 octobre, l’accord Merkel / Sarkozy appelant à la révision du traité de Lisbonne a déclenché un mouvement de vente des obligations en Grèce, en Irlande et au Portugal.

Or ce n’est pas l’incontinence budgétaire qui met en difficulté l’Irlande, son économie est extrêmement flexible. On peut même dire que le dumping fiscal n’a jamais atteint ce niveau en Europe. Et ce n’est pas le secteur public mais le secteur privé qui a perdu la tête.

La surévaluation de l’euro fait de l’Europe la variable d’ajustement de la reprise mondiale, coincée entre la dépréciation du dollar grâce à la planche à billets et la sous-évaluation du yuan.

Il faut donc changer de politique en Europe et créer un choc de confiance :

1 / La coordination des politiques économiques qui doit retrouver un équilibre entre désendettement et croissance ;

2 / Il faut créer un fond monétaire européen ;

3 / Une politique budgétaire et fiscale extrêmement sélective ;

4 / Si on veut réviser le traité de Lisbonne, alors décidons que la BCE puisse éditer des Eurobonds et rachète les titres de dette publique car on ne peut pas combattre avec les deux mains liées dans le dos. Bref, notre rôle de partis politiques du PSE est de dire haut et fort et décrétant l’alarme : la politique conduite par les conservateurs sous l’égide de Madame Merkel entraine l’Europe à sa perte et les peuples à la crise. La politique économique des sociaux démocrates, des socialistes, de la gauche n’est pas un amendement social à celle des conservateurs. C’est une autre politique, une alternative, c’est le moyen concret d’assécher les populismes.  Si nous ne nous distinguons pas, nous serons pris dans le magma des partis institutionnels co-responsables et nous n’aurons aucune visibilité, constatant penauds la montée de nos concurrents et l’effroi devant la montée des populismes. Si l’axe Merkel – Sarkozy ne change pas de politique alors ce seront les dominos de la crise, l’éclatement de l’euro et la montée des populismes en Europe et cette dernière disparaitra des radars de l’Histoire.

Voilà pourquoi, mon cher Poul, je propose une déclaration de tous nos partis et du groupe au Parlement européen pour dire dans tous les journaux d’Europe : « Stop ! Il faut changer de politique. Les conservateurs mettent l’Europe en danger par l’austérité ».

Les commentaires4 Commentaires

  1. topaz dit :

    A entendre les uns et les autres ce soir, on se dit que le PS est maudit. Martine Aubry donne une feuille de route et son porte-parole s’exprime avec une autre casquette. Comprenne qui pourra ! Alain Juppé s’interroge sur son retour au gouvernement, DSK sur avec qui former un gouvernement ! Seul il ne peut rien, il n’a pas de baguette magique. Si l’état d’esprit ne change pas dans les mois à venir, c’est lui qui ne viendra pas.

  2. topaz dit :

    Pour ceux qui en doutaient, à lire le JDD, il y a toujours un chef au parti socialiste !
    Avec DSK la gauche a une chance inespérée d’un retour au pouvoir flamboyant, qui ne serait pas le 50/50 pronostic de Nicolas Sarkozy. En est-elle consciente ? Est-elle capable de faire taire les égo et les ragots et de lui demander de revenir ? La situation et atypique, la réponse peut l’être aussi.

  3. topaz dit :

    Les sondages et la primaire DSK a déjà donné … de son temps et de son énergie et tout le monde s’en fout. Ce qui importe c’est l’échéance suivante. Elle dépend entièrement de tous ceux qui sont motivés pour ne perdre une 4e fois consécutive. Ce n’est pas le oui-non de Michel Field, c’est une prise de conscience avec des enjeux et des concessions.

  4. topaz dit :

    Hors-sujet, mais Camba me pardonnera ou me virera !

    Je ne voudrais pas être aujourd’hui dans la peau de Dominique Strauss-Kahn confronté -sans qu’il l’ait vraiment cherché- probablement au choix le plus important de sa vie, pris en tenaille entre le FMI, le désarroi du PS suspendu dans la préparation de son programme à sa décision et sa conscience d’agir dans les règles … Un exercice d’équilibrisme périlleux au-dessus d’un magma en fusion. Chacun suppute mais personne ne se demande si c’est facile ou difficile pour lui. Aujourd’hui 52 % des internautes du Figaro estiment que, suite à la candidature de Ségolène Royal, il ne doit pas se déclarer rapidement. Evidemment 48 % oui, un choix partagé. Pourtant, même si Ségolène prend pour réponse et argent comptant sa déclaration à Stern, il nous donne des indices de son retour : Anne sur Canal +, la place de la gauche sur France Inter, l’évocation de sa succession … Le FMI est peut-être déjà dans la confidence de son départ et quelques caciques du PS de la date de son retour. S’il l’annonçait officiellement aujourd’hui et même s’il s’engageait à assumer sa tâche à 100 %, serait-il pris au sérieux et comment serait-il perçu rapport au travail titanesque qui lui a été confié pour les six mois à venir ? Même s’il est brillant et supérieurement intelligent, c’est une partie d’échecs qu’il ne peut jouer à l’aveugle mais que dans tous les cas il gagnera. Et jusque-là Martine Aubry tiendra.