«La solution pour la gauche, c’est DSK ou Martine Aubry»

par · 11 janvier 2011

Vous trouverez ci-dessous, une interview de Jean-Christophe Cambadélis, publiée dans l’édition du jour de Libération:

Député socialiste de Paris Jean-Christophe Cambadélis est un proche de Dominique Strauss-Kahn. Au PS, il est chargé des questions internationales.

MARTINE AUBRY RÉUNIT CE MATIN LES TÉNORS DU PARTI POUR LEUR LIVRER SA FEUILLE DE ROUTE POUR 2011. COMMENT ABORDER CETTE ANNÉE ?

2011 est l’année décisive. En 2012, il sera trop tard. Face à un président qui nous fait le coup de l’ardoise magique pour faire oublier son ardoise politique, le PS doit rendre l’alternative irrésistible. En quatre temps : nous devons poursuivre notre marche électorale en gagnant cantonales et sénatoriales, réussir la primaire, rassembler la gauche pour rassembler la France et enfin maîtriser notre projet en dépassant le débat entre les deux gauches.

LE DÉBAT JUSTEMENT, AVEC LA SORTIE DE MANUEL VALLS SUR LES 35 HEURES, NE PREND-IL PAS UN TOUR DANGEREUX ?

Manuel voulait faire le buzz à gauche : il a mis le Bronx à droite ! Copé, soutenu par Juppé, s’oppose à Bertrand, soutenu par Fillon. Et Sarkozy ne sait comment arbitrer. Alors que le PS a fait bloc, de Collomb à la gauche du parti, sur le fait que la remise en cause des 35 heures n’est pas le sujet. J’espère que tous nos débats se concluront ainsi…

MAIS S’ILS SONT TOUS AUSSI MUSCLÉS, CELA PEUT TOUT DE MÊME FAIRE DES DÉGÂTS…

On ne peut pas réclamer des primaires et les bâillonner. Il doit y avoir débat. Il peut même être tonitruant. Mais il doit être responsable, surmonté et maîtrisé. Et surtout tourner vers l’avenir et les Français. C’est cela la méthode Aubry, l’alternative à petits pas.

AUTRE CHANTIER DÉCISIF, L’ORGANISATION DE LA PRIMAIRE, QUI A DÉJÀ PAS MAL DE RETARD…

La réussite de la primaire ne se réduit pas au casting des candidats, mais au nombre de participants. C’est pourquoi le travail essentiel, c’est la mise en place technique de la primaire. Plutôt que pour l’instant se focaliser sur les acteurs, il serait temps que tous les socialistes travaillent à sa réussite, en termes de participation.

LE CASTING, POURTANT, A AUSSI SON IMPORTANCE. N’EST-CE PAS LA PRINCIPALE QUESTION ?

L’équation gagnante pour moi, c’est DSK ou Martine Aubry, Martine Aubry ou DSK, voire DSK et Martine Aubry. C’est là que se joue la solution pour la gauche.

QUE FAITES-VOUS DE SÉGOLÈNE ROYAL, QUI ENTEND SUCCÉDER À MITTERRAND ?

En 2007, Ségolène avait tout : l’aura, la surprise, l’irrésistible popularité, l’engouement des quartiers, la fin du cycle Chirac. Elle ne l’a pas emporté. Aujourd’hui, ces conditions ne sont plus réunies. La volonté ne peut pas tout.

ET HOLLANDE, QUI A PRIS SA DÉCISION ? ET VALLS, MONTEBOURG ET LES AUTRES ?

Peuvent-ils battre Sarkozy ? François est un talent qui mérite de rencontrer un destin, mais il n’est pas encore en situation. Quant aux deux autres, il n’y a pas à rougir de leurs candidatures. Mais enfin où est leur majorité, alors qu’ils clivent leur camp pour se faire repérer ?

AU-DELÀ DU PS, LE CLIMAT À GAUCHE NE SEMBLE PAS PROPICE AU RASSEMBLEMENT…

J’ai quelques inquiétudes. Si le paysage à gauche, ce sont des écologistes dans le «ni droite ni gauche», comme semble l’indiquer la candidature d’Eva Joly, et si Mélenchon reste dans l’antisocialisme, on ne prend pas le bon chemin. Il faut répondre aux demandes des Français, fixer un code de bonne conduite permettant à chacun de s’exprimer avant le premier tour, mais aussi de préserver les conditions d’un rassemblement au deuxième.

LA VIRULENCE DE MÉLENCHON VOUS INQUIÈTE-T-ELLE ?

Les socialistes étaient déjà des «affameurs du peuple». Désormais ce sont des assassins, comme vient de le suggérer Mélenchon lors de son hommage à Rosa Luxemburg à Berlin. Où cela va-t-il se terminer ? Jean-Luc file un mauvais coton. On ne peut s’acharner à faire battre les socialistes à la présidentielle puis exiger leurs voix pour les législatives ! Ça ne marchera pas et, au bout, ce sera Nicolas Sarkozy.

Les commentaires3 Commentaires

  1. Eric PEUZIAT dit :

    Pour ce qui concerne les journalistes, il est clair que la presse française souffre de ce que ses acteurs principaux sont des obligés de l’Etat et donc du pouvoir en place – du moins ce dernier affecte-t-il plus ou moins bruyamment de faire savoir qu’il en est ainsi.

    Accessoirement, il est maintenant en Hauts Lieux, une pratique renouvelée de l’antique qui en s’appuyant sur les porosités Public – Privé, accroit cette confusion des genres et d’intérêts. Ainsi nommer la Directrice Médicale d’un grand laboratoire (SANOFI), Ministre de la Santé est une assez riche idée – encore qu’elle s’avère fragile avec l’affaire du Mediator ; Monsieur Bapt, si vous m’entendez …

    Il est donc logique pour un monopole de convaincus d’infiltrer les mass médias et de mettre à profit leurs compétences dans les salles de rédaction. Voila qui n’est que de nouveauté restreinte et fait partie de ce que l’on observe ordinairement. D’autant que la manipulation n’est pas inévitable car une chaîne ou un journal n’est pas nécessairement réductible à ses aficionados et thuriféraires élyséens. Au moins deux chaines publiques en témoignent : LCP et ARTE et cette liste n’est pas exhaustive.

    Dès lors comment se présente l’échiquier ?

    Nicolas Sarkozy est très sérieusement attaqué sur sa droite par Marine Le Pen. Pour une bonne partie de cet électorat, Sarko / Socialo, c’est bonnet blanc et blanc bonnet et le Grand Soir, c’est le 21 Avril à l’envers.

    A cet égard, les Mercuriales distribuées systématiquement à ce parti par la classe politique parlementaire doivent être questionnées : le style « vierges effarouchées » maniant l’anathème, l’opprobre apparait-il sérieux à l’électeur moyen ?

    Comme l’a remarqué très justement Laurent Fabius, si les réponses FN sont mauvaises, ses questions revêtent parfois une certaine pertinence. Les rejeter d’un simple revers de manche est un peu court. Peut-être une argumentation un peu plus construite serait-elle plus productive ?

    De l’autre coté de l’échiquier, l’Aile marchante du Prolétariat, son petit facteur histrionique et les successeurs de la Madone du Crédit Lyonnais, interprètes patentés de la conscience populaire et nostalgique de la lumière des étoiles mortes pourvu qu’elles soient rouges, les ineffables rédacteurs de l’Horoscope de l’Histoire qui pronostiquent « scientifiquement » depuis quelques décennies l’inévitable fin prochaine du Capitalisme ont d’autres chats à fouetter que la prise du pouvoir en France. Ils adorent les candidatures de témoignage.

    Jean Luc Mélenchon lui-même bien décidé à réaliser son OPA sur le petit business et les mauvaises manières de Georges Marchais, ne procède pas différemment : il se borne à marquer consciencieusement des points contre le camp socialiste en insultant au passage copieusement les journalistes afin s’assurer un semblant de visibilité médiatique. Au fond, il y a du Sarah Palin chez ce garçon mais brisons-là car ce qui est excessif est insignifiant.

    Reste le cœur politique de la démocratie française.

    A droite, même s’il est écorné par les vestiges de l’ancien Etat RPR, le caporalisme qui y règne depuis 2007 rend les choses simples : Nicolas Sarkosy est l’alpha et l’oméga du système. En gros, c’est lui ou le chaos ou plus exactement le KO. Même Jean François Coppé et Rantanplan sont obligés de faire avec.

    A gauche, tous les candidats déclarés, fussent-ils PS, savent qu’ils n’ont aucune chance de remporter l’élection de 2012 dans la mesure où, à supposer qu’ils fassent le plein de leur électorat de base, ils ne grappilleront pas les quelques pourcents de la droite non sarkosyste (Bayrou, Villepin et quelques autres) nécessaires pour passer des 49 à 51% des voix (cf. le schéma TSG des chiraquiens en 81). Chacun donc joue l’après présidentielle.

    Au PS, sur un fond d’écran marqué par le Congrès de Reims à l’interne, l’image externe de Martine Aubry souffre d’un péché originel : c’est la Dame des 35H. C’est du PS solide mais canal historique qui ne saurait ratisser assez large. Les turlupinades télévisuelles récurrentes ne renforcent pas la crédibilité de leurs auteurs et les relèguent dans les profondeurs du classement. François Hollande s’installe dans ses nouveaux habits de « Pompidou de Gauche » (LOL) mais lui, Manuel Valls et Arnaud Montebourg sont DSK compatibles.

    La chance de DSK est, qu’en dehors de son électorat naturel de Centre Gauche, il apparaît comme le moindre mal au plus grand nombre par sa compétence, par sa stature politique mais aussi par son appartenance, sa compréhension et donc son statut dans le monde de la finance internationale. Dans une France qui s’estime victime injuste de la mondialisation, « une France (qui) a peur » pour son job et ses économies, ce dernier point peut revêtir une certaine importance. A ce stade, nous enfonçons des portes ouvertes.

    Quant à ceux des journalistes qui selon l’expression de Guy Bedos, ont « appris leur métier à l’Ecole Hôtelière », ils continueront demain à « passer leurs questions comme on passe les plats » à la relève politique. La main qui les nourrit n’est attentive qu’à une chose : créer un bon état d’esprit entre eux et leurs donneurs d’ordres publics ou leur lectorat de sorte que le business se poursuive paisiblement. Paris vaut bien une messe. Pas de souci d’autant que Anne veille. Sciences Po, aussi.

    De minimis preator non curat

    Dans la rubrique « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué », les primaires vont évidemment être méchamment commentées à droite et à gauche mais une élection présidentielle c’est la rencontre entre un homme et un pays. Dominique de Villepin a raison sur ce point.

    Certes, il manquera à DSK des voix sur sa gauche mais il peut s’ouvrir un boulevard sur son centre droit. A condition qu’il n’entache pas son image par histoires de corneculs pré-électoralistes internes au PS. A condition qu’il fasse jouer sa différence, sa musique personnelle.

    Le prestige ne va pas sans un certain éloignement : DSK doit être comme de Gaulle, chacun doit comprendre « qu’il n’a pas besoin de programme parce qu’il a un nom».

  2. topaz dit :

    Très bonne réponse quant à Ségolène Royal, le temps perdu ne se rattrape plus, mais à l’entendre à son arrivée à Solférino ce matin, elle sera toujours le grain de sable qui grippe le moteur, sauf qu’elle n’a pas encore intégré un paramètre, c’est que les Français ne sont plus dupes.

  3. topaz dit :

    Le PS a une équation difficile à gérer en interne pour possiblement gagner en 2012. Il en est conscient, la balle est dans son camp. Ce qui est autrement plus agaçant, c’est l’insistance des médias -qui influence l’opinion- sur cette fable « DSK a-t-il vraiment la volonté d’y aller » alors qu’il n’est -bien contre sa volonté- pas complètement maître de son timing. Ce que veut vraiment DSK, ce ne sont certainement pas les journalistes qui vont le lui souffler.