Agir pour l’égalité réelle implique le refus de toute démagogie

par · 18 janvier 2011

logo LibérationDans le cadre du « Forum Libé » à Grenoble, Jean-Christophe Cambadélis interviendra dans un atelier-débat  » Avec la crise, la gauche peut-elle éviter le populisme ? », avec notamment Pierre Laurent. Libération publie ce jour sa tribune en préparation de ce débat en page Rebonds.

La gauche peut-elle échapper au populisme ? Parce qu’elle a comme le souhaitait Jacques Brel «des rêves à n’en plus finir avec l’envie furieuse d’en réaliser quelques- uns». Et la première des idées populistes ne serait-elle pas l’égalité sociale ? Pour autant le populisme est un concept valise. Peut-on mettre sur le même plan, le péronisme argentin, les décembristes ou Herzen en Russie, Slobodan Milosevic, Hugo Chávez, le Front national français ? La négation de la réalité et la mystique du peuple comme totalité détenant seul la vérité sont des traits communs. Mais le «on doit faire payer les riches» n’est pas équivalent au «rêve» d’une France ethniquement pure. Il ne faut pas tout confondre.

L’hétérophobie, la xénophobie, l’islamophobie ambiante, cette peur de l’autre propre aux sociétés qui se recroquevillent sur elles-mêmes. Le parti pris protestataire à des fins électorales qui est la négation de l’intérêt général nécessaire au «vivre ensemble», ou la démagogie qui est un mensonge de masse promettant ce qu’on ne saurait tenir, utile à ceux pour qui le peuple n’est que du bétail électoral.

Voilà les dangers pour la gauche ! Dans un monde malade de ses promesses non tenues, où les nations semblent ne plus gouverner leur histoire, lorsque les hommes ne maîtrisent plus leur destin, réapparaissent les vieilles peurs, les fantasmes irrationnels. Peur de l’avenir, angoisse de l’inconnu, crainte d’une perte d’identité, nostalgie d’une grandeur évanouie. C’est alors que ces maux peuvent assaillir un peuple en général et la gauche en particulier. Mais si elle y succombe, elle y perd son âme et peut-être même les élections. Si ces trois idées sont présentes, ou parfois diffuses dans les discours, c’est tout simplement que la gauche perd le sens pratique de la transformation progressiste de la société. Il y a dans la seule protestation une démission, un renoncement à un chemin pratique pour transformer vraiment le monde.

La voie est étroite car la gauche française est issue d’une tradition politique qui épousa le siècle industriel pour le nier. Sa culture politique puise ses racines dans la fameuse inscription sur la tombe de Marx tirée de la onzième thèse sur Feuerbach «transformer le monde». Cette culture radicale qui sous-entend souvent lui faire changer de base, peut ouvrir la voie à bien des errements démagogiques.

Il ne s’agit pas pour autant de se résoudre aux injustices du monde. Il faut l’interpréter autrement que ne le souhaite la logique spontanée du capitalisme contemporain. Tenir à distance les dangers de la démagogie, de la protestation ou de la peur de l’autre, sans se subordonner aux exigences des marchés financiers, c’est agir vraiment pour l’égalité réelle.

C’est la «vérité pratique» chère à Dominique Strauss-Kahn et à Martine Aubry qui fait que l’on décide des emplois jeunes ou de la réduction du temps de travail ou encore le refus du démantèlement de la puissance publique – à un moment de croissance forte – alors que le capitalisme libéral exige l’extension du travail, la réduction des protections et la précarisation de la jeunesse au nom d’une compétitivité internationale inatteignable – mais qui pourrait faire accepter à la France les salaires chinois ou indiens, ou l’absence de protection sociale ?

Ce n’est pas faire du pragmatisme, c’est rétablir la politique – promettre que ce que l’on peut tenir, distribuer non des rêves mais réellement ce que l’on a produit comme richesses, réduire vraiment toutes les inégalités en ayant le sens de l’intérêt général. Voilà le maître mot face aux populismes et aux exigences du marché, le socialisme moderne et la république, c’est l’intérêt général. Ni l’adaptation à l’exigence aveugle du marché ni l’illusion d’un volontarisme aveugle sans le marché – mais un réalisme républicain de gauche.