Jean-Luc Mélenchon reprend des arguments des années 30

par · 26 janvier 2011

logo LibérationINTERVIEW Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national du Parti socialiste

Recueilli par FRANÇOIS WENZ-DUMAS

Secrétaire national du PS chargé des questions internationales, Jean-Christophe Cambadélis connaît bien Jean-Luc Mélenchon, qu’il côtoyait déjà dans les années 70 à l’Unef. Il soutient la candidature de Dominique Strauss-Kahn.

Mélenchon peut-il faire perdre la gauche ?

Il essaie en tout cas de faire perdre le PS. Il a encore récemment rappelé quel était son objectif : réduire le Parti socialiste. Son objectif stratégique n’est pas principalement de battre Sarkozy, mais bien de faire obstacle au candidat du PS. Et pour cela, il appelle à la rescousse tous les poncifs antisocialistes, qui seraient des affameurs du peuple, qui ont assassiné Rosa Luxemburg, et j’en passe.

Il cible surtout Dominique Strauss-Kahn.

Il est en tout cas bien plus virulent quand il parle de Dominique Strauss-Kahn que quand il parle de Nicolas Sarkozy. Jean-Luc Mélenchon n’a qu’un seul objectif : recomposer la gauche autour de sa propre personne. Ce n’est pas le sujet de la France. Cela dit, il fait tout pour conspuer le PS, le critiquer. Mais en même temps, il garde au mur le portrait de François Mitterrand et il explique que le gouvernement de Lionel Jospin, auquel il a appartenu, était le plus à gauche que la France ait connu. Pour cela, il lui sera beaucoup pardonné.

Ces querelles de famille ne risquent-elles pas de tirer toute la gauche vers le bas ?

Jean-Luc Mélenchon est un vrai politique. Il a parfaitement intégré que Marine Le Pen était en dynamique sur une orientation nationale populiste. Et il ne lui a pas échappé qu’Olivier Besancenot, dans la plupart des sondages, le devançait de deux points, en général à 7% contre 5% d’intentions de vote. Alors il a décidé de précipiter sa candidature pour forcer la main à ses alliés communistes. Jean-Luc Mélenchon a fait une OPA amicale sur le PCF, et tente une OPA inamicale sur le NPA.

N’a-t-on pas une inversion des rôles quand les communistes jouent l’union de la gauche, et qu’un ancien socialiste joue contre le PS ?

Evidemment. Jean-Luc Mélenchon a produit quand il était au PS des textes définitifs sur l’union nécessaire, dit tout le mal que la division avait fait à la gauche. Maintenant, il embrasse la révolution, une «révolution citoyenne»,avec des arguments que l’on entendait dans les années 30.

N’est-ce pas le dernier avatar de la division des socialistes en 2005 sur le traité constitutionnel européen?

Il reprend en effet tout ce qu’il avait dit à l’époque devant les comités pour le non. Il y ajoute une posture tribunitienne qui est un renoncement à la transformation pratique du pays.

La machine à perdre n’est-elle pas enclenchée, comme en 2002 ?

Nous avons en gestation le syndrome de 2002, combiné à l’émiettement des candidatures. La division de la gauche est la dernière carte de Nicolas Sarkozy. Je respecte la colère devant l’injustice ou le mépris d’une nouvelle aristocratie, mais il est dangereux et contraire à la tradition républicaine de chercher à opposer, comme le fait Jean-Luc Mélenchon, le peuple et les élites.

catégorie Expressions, Interviews

Les commentaires1 Commentaire

  1. Aimé Koessler dit :

    Personnellement,je ne crois pas que Mélenchon tiendra dans la durée pour arriver « entier » en pleine capacité de ses moyens. Certes, c’est un véritable tribun, mais il surfe sur l’écume des choses.
    Il dénonce les patrons, vilipende ses ex-camarades et entretient l’illusion dans les médias.

    Je subodore que le PC n’a pas encore dit son dernier mot. Et puis, au rythme actuel de ses apparitions dans les médias, il sera totalement à genoux et sans nouveaux arguments d’ici la date fatale des élections. En revanche,je suis de ceux qui pensent que ses propos(totalement excessifs) sur la scène politique actuelle, comble un vide et une pauvreté des idées assez affligeantes.

    Allez Mélenchon, continuez à nous faire marrer sans trop nous culpabiliser.Retenez toufeois, que  » Rira bien, qui rira le dernier. »