Interview sur le site du JDD.fr

par · 16 février 2011

Le JDD.fr publie sur son site une interview accordée par Jean-Christophe Cambadélis. Vous pouvez lire l’article en cliquant ici et la retrouver ci-dessous.

Cambadélis: « Quel intérêt aurait DSK à se déclarer aujourd’hui? »

Trois jours avant l’intervention de Dominique Strauss-Kahn au JT de France 2, dimanche, à 20h, l’un de ses plus proches lieutenants donne le coup d’envoi sur leJDD.fr de cette fin de semaine cruciale pour l’actuel directeur du FMI. Jean-Christophe Cambadélis entrouvre les portes de la stratégie DSK.

On a la sensation que les strauss-kahniens ont décidé de passer à l’offensive sur le terrain médiatique. Pourquoi maintenant?

Votre impression est essentiellement fondée sur une petite phrase d’Anne Sinclair soit deux lignes dans un article de six ou sept pages… Le côté positif, c’est que cette déclaration semble détruire un argument développé par l’Elysée assurant et rassurant « Dominique Strauss-Kahn ne reviendra pas pour préserver son confort etc… » Et d’un seul coup, ceux qui n’y croyaient pas -ou faisaient semblant de ne pas y croire- se sont dit que la possibilité existait vraiment. Le dispositif a changé à droite. Désormais, c’est plutôt: « mais comment on fait pour qu’il ne vienne pas? »

Il n’y a pas que cela. François Pupponi signe une tribune dans Le Point, Pierre Moscovici et d’autres entretiennent la flamme, Manuel Valls se dit prêt à se retirer…

Vous cherchez toujours à trouver le grand architecte du retour de DSK, mais nous ne réfléchissons pas comme ça. Tout le monde interprète et sur-interprète la moindre petite phrase pour finir pas en faire une certitude. Or, à l’heure où je vous parle, Dominique est toujours en train de réfléchir et se pose la question de savoir où il serait le plus utile. Il n’a pas pris de décision définitive, je vous l’affirme. Le monde ne tourne pas autour de la présidentielle française et DSK travaille à réguler le monde devenu fou.

Il lui reste tout de même un peu de temps le soir pour penser à la France, non?

Il travaille énormément. Il n’ouvre pas tous les matins fébrilement la revue de presse française, mais prépare, entre autres, avec précision des sommets avec des chefs d’état ou des sommets économiques. L’élection présidentielle française n’est pas le centre du monde.

Pour le monde politico-médiatique français, si…

(Rires) Le désir de changement en France crée de l’impatience, je le comprends très bien.

Est-ce en raison de cette impatience grandissante que vous avez décidé d’occuper le terrain médiatique?

Honnêtement non. Ce que je ressens dans l’opinion, c’est une amicale pression. Les gens se projettent, se mettent à sa place. J’ai connu des critiques plus acerbes, et Sarkozy aimerait certainement qu’il y ait ce genre de désir à son égard… Et puis quel intérêt aurait Dominique Strauss-Kahn à se déclarer aujourd’hui -alors qu’il y a un calendrier fixé par le Parti socialiste- face à un Nicolas Sarkozy qui ne se déclarera pas avant janvier 2012 ? Prendre des coups pour tout le monde?

La droite est certaine que DSK ne gagnera pas en 2012 car il serait trop déconnecté des réalités des Français…

Forfanterie! La France d’aujourd’hui ce n’est pas compliqué, c’est celle de Chirac en pire! Cela fait partie du personnage Nicolas Sarkozy. Il a peur des Français. Jamais dans l’histoire de la Ve République un président n’a été aussi bas en terme de popularité. Et ce que l’on oublie à mon sens de signaler, c’est que Nicolas Sarkozy décroche dans les sondages dès le premier tour! Au lendemain des élections cantonales, où la gauche va continuer à progresser, chez les élus de droite va se poser la question de la responsabilité de Nicolas Sarkozy dans cette défaite.

On vous sent optimiste quant aux chances du Parti socialiste de réussir là où il échoue depuis presque 20 ans.

Une bataille électorale n’est jamais gagnée à l’avance. Mais on a connu des départs plus compliqués, je ne peux pas le nier. Il y a un terrain fertile, mais il ne faut surtout pas tomber dans l’anti-sarkozysme primaire, compter sur notre projet et avant tout rester unis.

Un projet qui va plaire à DSK?

Je vois où vous voulez m’emmener mais c’est une fable inventée par la droite. Les socialistes gèrent la quasi totalité des régions, les plus grandes villes de ce pays, et ils ne gèrent pas en révolutionnaires ! Ils n’ont pas décrété la fin de l’impôt, non? La vraie question c’est « comment sortir de la crise? » Et TOUS les socialistes vous répondront que cela passe par des réformes fiscales, Strauss Kahn y compris. Il n’y a donc rien d’insurmontable. Je ne vois rien dans ce qui a été annoncé par le PS qui ne puisse être porté par DSK. Martine Aubry a fait un énorme de travail de réorganisation du PS et de réarmement politique de ce dernier. Quand on aura désigné notre candidat, le parti sera en ordre de bataille.

Les strauss-kahniens ont donc misé sur le bon cheval lors du congrès de Reims…

Ça nous arrive d’avoir de bonnes idées… Et le sens de l’intérêt général (rires).

Lors du débat sur BFM avec Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon semble avoir tempéré ses ardeurs concernant DSK. Vous l’avez senti également?

Oui. Mélenchon est un bon politique. Tant que le NPA ne se sera pas prononcé, il sera dans la radicalité de la radicalité de la radicalité (sourire). Il fera du Marchais tant qu’il ne sera pas désigné, et du Robert Hue quand il le sera. Il fallait le mettre en garde. Quand vous vous engagez dans une logique d’une telle violence, vous êtes prisonnier de cette dynamique. Il devait donner des gages à la gauche contestataire qu’il souhaite représenter voilà tout. Mais il commençait à s’y enfermer. Il sera intraitable à l’égard du PS en général et de DSK en particulier tant qu’il ne sera pas officiellement candidat. Mais ensuite, la nécessité de battre Sarkozy va faire son retour.

Donc aucun doute sur son appel à voter DSK au second tour?

Je n’en suis pas certain. Ses électeurs, à 99%, se tourneront vers le candidat socialiste, quel qu’il soit, ça j’en suis convaincu. Mais son juge de paix à lui est autre part. Il veut reconstruire une gauche autour de lui donc il ne pourra pas se retrouver pieds et poings liés avec nous. Mais je sais quel bulletin il mettra dans l’urne, même si lui ne l’avouera pas…

Qui sera président de la République en 2012?

Nicolas Sarkozy va s’élancer avec toute son énergie dans un 5.000 mètres, avec un boulet au pied, qui est l’ensemble des promesses non tenues et l’ensemble des erreurs et fautes gouvernementales. Quelqu’un de pas trop maladroit pourrait en tirer profit. Mais ce n’est pas fait, la droite est forte en France, et elle sera soudée derrière son candidat, là où la gauche arrivera une nouvelle fois émiettée. Le problème n’est pas le second tour. Le plus important est d’être qualifié à la fin du premier tour! Pour gagner, il faudra faire au moins 25%.

Les commentaires2 Commentaires

  1. topaz dit :

    La presse nous dit que ce week-end sera à l’heure de DSK, d’une diatribe G20 sur France 2, rien de plus. Et si elle se trompait ? Et si DSK décidait de se mettre à l’heure de la France, la rurale et la bobo, et de mettre fin au suspence ?

  2. topaz dit :

    Nicolas Sarkozy, lui, est connecté.Pourtant une majorité de Français veut le débrancher. DSK n’a jamais été déconnecté des problèmes de son pays. Son souci sera de trouver les bonnes prises pour brancher son équipe. Il ne tolérera aucun court-circuit.