Interview: mon petit déjeuner avec…

par · 2 avril 2011

Jean-Christophe Cambadélis a répondu, sans détour, aux questions de Constance Vegara pour France-Soir.

« J’ai découvert très tard, en entrant au PS, la compétition effroyable qui règne au sein d’un parti politique »

FRANCE-SOIR Quel événement historique contemporain vous a le plus marqué ?

JEAN-CHRISTOPHE CAMBADÉLIS. La chute du mur de Berlin. J’étais issu d’une histoire politique qui était celle des trotskistes : la chute du régime de Moscou me parlait donc beaucoup ! En 1989, je venais d’arriver au PS : c’était donc aussi, pour moi, une rupture.

F.-S. Quel événement vous a insufflé l’envie de vous lancer en politique ?

J.-C. C. L’assassinat de John Kennedy. En 1963, j’avais 12 ans. J’habitais Sarcelles. Je me souviens de la tête de mes parents, consternés par les images à la télé. Ces images en boucle d’un président des Etats-Unis assassiné…

F.-S. Comment est apparue votre dyslexie ?

J.-C. C. C’était une dyslexie très lourde, qui a surgi à cause d’un instituteur qui n’a pas accepté que je sois gaucher. Pendant toute l’année scolaire, il m’a attaché la main gauche dans le dos pour me forcer à écrire avec la main droite. J’ai régressé partout. Je ne savais plus écrire une addition ni lire. Il m’a fallu beaucoup d’années pour surmonter ce handicap. Et je suis devenu, du coup, très tchatcheur !

F.-S. La parole comme moyen de défense ?

J.-C. C. Oui. Le théâtre m’a aussi beaucoup aidé. D’ailleurs, pendant longtemps, j’ai voulu faire de la mise en scène. Ma mère me dit souvent que c’est exactement ce que je fais au PS (rire). Je montais des spectacles au collège. J’étais fasciné par Peter Brook.

F.-S. Pourquoi ne pas avoir persévéré ?

J.-C. C. Parce que je suis tombé dans la politique ! J’ai attrapé le virus en 1968. Là, on était les acteurs de l’événement. Je faisais le mur de mon internat, le soir, pour aller à la Sorbonne et y animer des débats. J’ai commencé à fréquenter des groupuscules comme Rouge et Noir. Puis je suis entré à ce qui était à l’époque l’Alliance des jeunes socialistes. A la fac, j’ai rencontré un historien qui est devenu mon meilleur ami : Benjamin Stora. Je suis devenu président de l’Association générale des étudiants de Nanterre, puis président de l’Unef.

F.-S. Quelles étaient alors vos ambitions ?

J.-C. C. je n’ai jamais souhaité faire carrière en politique : je voulais « faire » de la politique. J’ai la chance d’avoir commencé par l’extrême gauche : ça m’a sauvé de tout plan de carrière (rire) ! Pour moi, on pouvait à la fois travailler et faire de la politique, sans problème. J’ai donc été chargé de cours à la fac, chercheur, et j’ai travaillé dans une boîte de com.

F.-S. Vous n’avez pas un parcours classique. En avez-vous souffert ?

J.-C. C. Président de l’Unef, je faisais le tour de France en sillonnant toutes les régions. C’est le terrain qui m’a beaucoup aidé dans ma formation. Puis j’ai soutenu une thèse de doctorat en sociologie politique.

F.-S. En quoi vous sentiez-vous utile en politique ?

J.-C. C. Ce qui me passionnait, et c’est toujours vrai, c’est cette espèce de jeu de stratégie politique : avoir ce regard qui permet de saisir une situation, un moment clé. Et, bien sûr, le plaisir d’être conteur dans une AG. Je me suis aperçu que j’avais cette capacité. C’était plaisant.

F.-S. Et compter au sein du parti ?

J.-C. C. J’ai découvert très tard, en entrant au PS, la compétition effroyable qui règne au sein d’un parti politique, avec ses jalousies extrêmes et ses coups de couteau dans le dos.

F.-S. … et vous êtes devenu vous-même un pro de la « petite phrase » ! Un « sniper », dit-on…

J.-C. C. (Rire) C’est vrai ! Ce que je déteste, c’est la lâcheté. Ces gens qui, dans leur petit coin, sont très violents et qui, en réunion, hochent la tête comme les petits chiens à l’arrière des voitures. J’ai tendance à dire clairement ce que je pense. Ce qui n’est pas une qualité car je me fais beaucoup d’ennemis. C’est ça le mauvais côté de la politique : un monde cruel où les gens assument rarement leurs désaccords.

F.-S. Pour qui avez-vous de la sympathie à droite ?

J.-C. C. Jean-Louis Borloo quand il appelle à ne pas voter pour le FN mais plutôt pour le PS, et qu’il assume ses choix. J’ai aussi de la sympathie pour Bayrou, avec son côté Don Quichotte.

F.-S. A gauche, quel est votre meilleur ennemi ?

J.-C. C. J’en ai tellement (rire) !

F.-S. On sait que vous soutenez DSK. Et si c’était François Hollande qui était élu ?

J.-C. C. François Hollande a beaucoup de talent. Il est un très bon orateur et un très bon analyste, mais il n’a pas que des qualités. Je trouve qu’il intervient trop tôt dans la présidentielle. Ce n’est pas parce qu’on est brillant qu’on est présidentiable. J’ai dit que c’est un talent qui mérite un destin, mais que ce n’est pas le moment.

F.-S. Vous, vous êtes bagarreur mais est-ce que DSK, lui, montera sur le ring ? N’attend-il pas qu’on lui déroule le tapis rouge ?

J.-C. C. Je ne sais pas s’il sera candidat mais ce n’est pas quelqu’un qui, dans le débat, est timide ! Qu’il ne souhaite pas être abîmé avant l’épreuve finale, ça me paraît normal. S’il prend sa décision, il saura l’assumer.

F.-S. Et s’il était élu, peut-être deviendriez-vous enfin ministre ?

J.-C. C. Je préférerais être le premier secrétaire du PS. Le terrain, les militants, la gauche, c’est ce qui me plairait ! Dans mon logiciel, il n’y a pas ministre.

F.-S. C’est la soixantaine qui vous assagit ?

J.-C. C. Peut-être un peu. Mais on m’a souvent traité d’aristocrate car je ne me suis jamais mis en compétition avec les autres. Devant ma glace, je n’ai jamais rêvé d’être ministre ! En revanche, je n’en connais pas beaucoup qui seraient capables d’assumer et de prendre les rênes du parti. Moi, si.

F.-S. Quels sont vos dérivatifs quand la coupe est pleine ?

J.-C. C. La lecture me fait beaucoup de bien, surtout quand j’ai une insomnie à cause d’une déconvenue politique. Je le lis deux heures, et je me rendors. Je m’occupe aussi de mes enfants qui ont 22, 17 et 3 ans. Ça demande quand même pas mal de temps.

F.-S. Vous avez connu des déboires judiciaires, à qui vous confiiez-vous à cette époque ?

J.-C. C. Je me suis fermé comme une coquille et j’ai attendu que ça se passe. C’est de la pudeur.

F.-S. Vous arrivez à vous extraire facilement du ring politique ?

J.-C. C. Quand je décide de suivre le Tour de France ou celui d’Italie, je ne suis plus dans la politique !

F.-S. Quelle est pour vous la meilleure soirée ?

J.-C. C. Une belle table d’amis drôles et cultivés, à qui je prépare un dîner. Je fais de la cuisine grecque, ou un bon poisson. Ce qui compte surtout pour moi, c’est de rire.

F.-S. Le théâtre vous intéresse-t-il toujours ?

J.-C. C. Plus que jamais. La direction d’acteurs plus particulièrement. J’ai d’ailleurs en tête l’écriture d’une pièce. Si la politique me laisse un peu de temps, j’aimerais m’y consacrer.

F.-S. Pourquoi ne pas arrêter tout de suite ?

J.-C. C. Je vais vous faire une confidence : je me suis dit qu’il faudrait que j’accompagne l’élection d’un ou d’une socialiste à la présidence de la République (Dominique ou Martine) – car je pense que je n’y serai pas pour rien – pour dire ensuite : c’est fini, j’arrête !

Par Propos recueillis par Constance Vergara

catégorie Expressions, Interviews

Les commentaires1 Commentaire

  1. topaz dit :

    Intéressant l’envers du décor de Camba … Vous allez devoir réussir la mise en scène du théâtre de la gauche 2012. Les acteurs sont doués mais capricieux, ils ont besoin d’une autorité qui les dirige pour que la pièce soit un succès. Et vous êtes tout désigné. C’est peut-être la morale de ce post !