Interview publiée dans Libération

par · 26 avril 2011

Jean-Christophe Cambadélis a répondu aux questions du journal Libération publié le mardi 26 février:

«Nicolas Sarkozy vient d’entrer en campagne sur la ligne du FN»

Par CHRISTOPHE FORCARI

Secrétaire national du PS à l’Europe et aux relations internationales, Jean-Christophe Cambadélis dénonce le débat lancé par le chef de l’Etat sur une possible suspension des accords de Schengen. Une polémique qui s’inscrit dans la stratégie électorale du chef de l’Etat, selon le député socialiste de Paris, de braconnage sur les terres du FN.

Faut-il procéder aujourd’hui à «un contrôle technique» des accords de Schengen comme le souhaite le gouvernement après avoir demandé leurs suspensions ?

Nicolas Sarkozy vient d’entrer en campagne électorale sur la ligne du Front national, c’est-à-dire immigration, insécurité, identité nationale. Pendant un an, il y aura donc une provocation de tous les jours. Sur ce sujet des accords de Schengen comme sur d’autres. Le problème qui est posé aujourd’hui porte moins sur Schengen que sur la possibilité d’un accord à dimension européenne mettant en œuvre un véritable plan Marshall pour le Maghreb.

La coopération internationale peut-elle permettre, selon vous, de réduire les flux d’immigrés en provenance des pays arabes ?

Je crois qu’on ne peut pas bombarder la Libye et ensuite s’étonner que les gens fuient. On ne peut pas refuser de soutenir financièrement le Maghreb et s’étonner des flux migratoires. Un plan d’urgence aujourd’hui, s’il devait voir le jour, est assez simple. Il doit s’articuler autour de trois points. Premièrement, comme je l’ai déjà dit, un plan Marshall d’intervention pour cette région du monde. Deuxièmement, la mise en place d’un statut provisoire pour les migrants. Et enfin, dernier point, un plan d’urgence pour les camps en Tunisie et en Egypte. L’Europe a déjà absorbé, sans problème, plus de 100 000 migrants à la chute du mur de Berlin. Elle ne peut pas aujourd’hui se dire incapable d’assumer seulement 20 000 migrants venus du Maghreb.

Ce débat sur les accords de Schengen et la libre circulation des personnes en Europe a-t-il juste été lancé, selon vous, pour couper l’herbe sous le pied du FN et de sa présidente, Marine Le Pen ?

En tout cas, il s’inscrit dans le début de la campagne électorale nationale pour la présidence de la République. Nicolas Sarkozy a en tête la constitution d’un bloc des droites avec une proximité des thèmes et une convergence idéologique pour gagner cette élection. Donc il utilisera tous les événements quels qu’ils soient, à partir du moment où il a déclaré devant les parlementaires qu’il serait candidat. C’était le début de sa campagne et il subordonnera tous les faits de l’actualité à cette stratégie.

Etes-vous d’accord avec ceux qui, au sein même du PS, comme Manuel Valls, n’excluent pas la possibilité de suspendre ces accords dans certaines circonstances bien précises ?

Manuel Valls a pris soin de préciser également qu’aujourd’hui, suspendre ces accords constituerait une réponse disproportionnée aux problèmes de l’arrivée des migrants en provenance de Tunisie. Que l’on s’interroge sur la meilleure manière possible de répondre à des flux migratoires temporaires et extraordinaires me semble digne d’un homme d’Etat. Mais que l’on utilise ces événements à des fins électorales me paraît à la fois totalement à côté de la plaque et «agitatoire», plutôt que de permettre d’apporter une réponse viable aux véritables raisons de ce problème.

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