Aux rencontres du PSE et des leaders des révolutions arabes

Discours de Jean-Christophe Cambadélis

Je vous propose de nous rassembler pour faire de Mohamed Bouazizi le prochain prix Nobel de la paix.

Chers amis,

On ne peut pas dire que l’Europe et les partis progressistes doivent accompagner les révolutions arabo- musulmanes sans crever un abcès. L’Europe, après le 11 septembre 2001, a privilégié la stabilité sur la démocratie. Funeste erreur, ce sont les dictatures qui créent la radicalité, l’intégrisme, les mouvements migratoires (…). Nous vous devons de reconnaître que le camp progressiste a trop tardé à rompre totalement avec des partis au pouvoir qui ne partageaient pas nos valeurs (…). Dans ce mouvement qui ressemble comme un frère à la révolution de 1848 en Europe et qui a commencé en Iran contre Mahmoud Ahmadinejad volant l’élection au peuple iranien. Dans ce formidable mouvement, une figure se détache, résumant la liberté, le respect, la démocratie. C’est celle de Mohamed Bouazizi.

Je voudrais vous proposer que nous défendions ensemble sa candidature piour le prix Nobel de la paix, saluant ainsi à travers lui, la jeunesse qui a gagné la démocratie (…). Je crois nécessaire que l’Europe comprenne que son intérêt, au delà de ses valeurs, passe par la défense de la démocratie et que celle-ci ne peut s’épanouir dans la précarité, la pauvreté, le chômage. Voilà, il faut un plan du type Marchal avec comme but une monnaie commune, un marché commun, la libre circulation des hommes et des marchandises. On ne peut pas plaider pour l’Europe au nord et dire vouloir rester dans vos états nations dans la mondialisation (…). Il ne faudrait oublier aussi que l’argent des dictateurs retourne au peuple (…) Nous devons aussi tordre le cou à la nouvelle peur européenne : l’invasion du Magreb.(…) Surfant sur l’islamophobie. (…)

Allons, pour l’instant, le fantasme est au nord, la réalité est ici. C’est en Tunisie et en Egypte que sont les flux. Ils sont des centaines de milliers. Alors battons nous au nord pour accueillir transitoirement, avec dignité, et aidons ceux qui le font déjà (…). Il faut ensemble protester contre l’assassinat du peuple syrien (…). Il faut mobiliser nos parlementaires pour agir en direction des ambassades (…). Il ne peut y avoir deux poids, deux mesures. On ne peut pas bombarder tout le monde. Mais on peut isoler les dictateurs pour les faire plier. (…) Nous devons être attentifs à ce que les acteurs de la révolution n’en soient pas les exclus. (…) Toutes les révolutions ont leur Thermidor. Le premier moyen pour l’éviter, c’est de donner les moyens à celles-ci de se développer. (…)

Encore un mot. Notre ami, Nabil Shâath, négociateur pour le peuple palestinien nous disait : « On ne vous reproche pas votre soutien à Israël. Mais le fait qu’au nom de cela vous ne défendiez pas vos valeurs. (…) Reconnaissez nous aussi. (…)

Nous leur répondons : « Faites votre union ». C’est aujourd’hui chose faite.