DSK a vécu une « humiliation planétaire »

par · 22 mai 2011

Jean-Christophe Cambadélis a répondu aux questions de MATTHIEU CROISSANDEAU et ÉRIC HACQUEMAND pour le Parisien. Retrouvez l’interview ci-dessous:

Sept jours après l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, avez-vous une idée plus précise de ce qui s’est passé au Sofitel de New York ?

JEAN-CHRISTOPHE CAMBADÉLIS. Je ne sais pas ce qui s’est passé et je souhaite le savoir. Je n’exclus rien a priori, mais je me garderai bien à l’étape actuelle de défendre telle ou telle thèse. La seule chose que je constate, c’est que pendant cinq jours la part belle a été faite à l’accusation. Et à aucun moment à la défense.

Croyez-vous à la possibilité d’un complot ?

Je n’ai aucun élément pour parler de complot et mon expérience me fait dire que, généralement, on découvre ces choses-là beaucoup plus tard. Mais je ne sais pas ce qui s’est passé, donc je laisse tout ouvert.

DSK a-t-il été traité à vos yeux comme un justiciable ordinaire ?

Lorsque le manageur général de l’hôtel a appelé la police, DSK était condamné. Lorsqu’à 23 heures, heure française, l’officier l’a accusé de viol, DSK était médiatiquement foudroyé. Lorsque le site Atlantico a diffusé le rapport de police sur Internet, DSK était à terre. La mise au pilori mondial pouvait commencer, et nous, on ne pouvait rien faire. L’accusation et la défense vont être maintenant à égalité, ce qui va permettre de connaître enfin les faits. Mais la manifestation de la vérité ne nécessitait pas une humiliation planétaire.

L’humiliée, en l’occurrence, n’est-elle pas plutôt la femme que DSK aurait agressée ?

Je l’ai écrit sur mon blog cette semaine : il y a dans cette affaire une victime. Une femme, et c’est intolérable, ou un homme, et ça l’est tout autant. Je n’éprouve aucune complaisance pour le viol ni pour toute forme d’agression sexuelle. Et si les accusations de la plaignante étaient vérifiées, je serais le premier à dire que ces faits sont inacceptables. Mais si ce n’est pas la vérité, alors c’est un destin qui aura été brisé sur la base d’une seule allégation. La lutte contre le viol et les agressions sexuelles est une cause juste qui s’égare aujourd’hui dans de faux débats. Je ne vois pas pourquoi on en oublierait la présomption d’innocence. Il faut l’une et l’autre.

DSK est-il politiquement mort ?

A partir d’aujourd’hui, tout est possible, y compris un rétablissement spectaculaire. Je vous rappelle que François Mitterrand était jugé comme politiquement mort après l’attentat de l’Observatoire en 1959 (NDLR : Mitterrand fut soupçonné de l’avoir lui-même organisé pour faire parler de lui). Maintenant, est-ce que le temps judiciaire laissera la possibilité à Dominique Strauss-Kahn de retourner l’accusation? Et si c’était le cas, souhaiterait-il, après une telle épreuve, concourir à la présidentielle? Je n’en sais rien.

Comment avez-vous jugé les réactions de la classe politique ?

Martine Aubry a été impressionnante d’humanité et de concentration sur l’intérêt général. La gauche a fait bloc tout en respectant la plaignante, c’est tout à fait remarquable. Les déclarations de M. Bernard Debré m’ont laissé perplexe (NDLR : le député UMP de Paris a qualifié DSK de « délinquant sexuel » et a déclaré connaître d’autres affaires). Pour le reste, la droite n’a pas voulu jubiler et a préféré se taire. Quant à Nicolas Sarkozy, je pense qu’il n’a pas compris qu’il y avait à travers l’émotion française quelque chose d’extrêmement fort qui touche à la mise en cause d’une espèce de gloire nationale.

La gauche a perdu son favori, a-t-elle déjà perdu aussi l’élection présidentielle ?

Le Parti socialiste n’est pas impliqué dans cette affaire, mais son dispositif présidentiel s’en trouve chamboulé, voire bouleversé. Les Français sont encore sous le choc. Ne nous précipitons pas, car encore une fois tout est ouvert, mais réfléchissons à 2012 calmement. Dominique était en situation d’être candidat et de l’emporter. Ses concurrents se déterminaient par rapport à cette évidence. Aujourd’hui, c’est à eux de se mettre en situation et nous devons les y aider, les soutenir. Faisons en sorte qu’à ce choc ne s’ajoute pas le désordre.

Faut-il mettre les primaires entre parenthèses ?

Si DSK a besoin de silence, si les strauss-kahniens ont besoin de patience, le Parti socialiste a besoin de constance. Nous avons un calendrier, nous devons le respecter. C’est d’abord la convention du PS sur le projet où nous devrons être plus unis que jamais. Et ensuite des primaires maîtrisées qui doivent se dérouler aux dates prévues. Peut-être pourrions-nous toutefois décider à l’unanimité de réduire la phase de la confrontation, afin d’éviter tout dérapage? Je proposerai qu’on en discute lors du conseil politique mercredi prochain.

DSK était-il candidat à la présidentielle ?

Oui, je le pense. Il m’avait laissé entendre qu’il s’y préparait. Vous savez, quand vous passez à Paris et que vous voyez la motié de l’état-major du Parti socialiste, c’est quand même pas pour dire qu’après, vous allez renoncer.

Du coup si Martine Aubry se lance à sa place, ne risque-t-elle pas d’apparaître comme un plan B ou une candidature de second choix ?

Il n’y a pas au PS de plan B, il n’y a que des plans A. Dominique avait des atouts par rapport à ses concurrents; mais par rapport à Nicolas Sarkozy, ils n’ont que des atouts.

François Hollande est en tête dans les sondages. Cela en fait-il le mieux placé pour l’emporter en 2012 ?

Il est encore trop tôt pour le dire. François est un atout comme Martine, Ségolène ou d’autres candidats pourraient l’être. Aujourd’hui il est en tête dans les sondages sur les primaires internes du PS. Mais moi je me détermine à partir des intentions de vote pour le premier tour. Sur cette base, il ne fait la différence que d’un, deux ou trois points avec Martine Aubry. Rien à voir avec les scores qu’on promettait à DSK.

Qu’est ce qui vous distingue sur le fond de François Hollande ?

Rien de plus, rien de moins que ce qui me distingue de Martine ou Ségolène. Nous avons défendu les mêmes thèses et nous avons, si j’ai bien compris, adopté le même projet.

Ne serait-il pas logique, alors, que le PS se rassemble derrière sa première secrétaire ?

Il serait politiquement faux et humainement inconvenant que je lance à cette étape un appel pour qui que ce soit.

Hollande et Aubry doivent-ils s’entendre ?

Moi, je plaiderai fortement pour l’unité.

Les commentaires10 Commentaires

  1. je rappelle a tous l article 11 de la declaration universelle des droits de l homme que l assemblee generale de l organisation des nations unies a adoptee a l unanimite le 10 decembre 1948:

    1) toute personne accusee d un acte delictueux est presumee innocente jusqu a ce que sa culpabilite ait ete legalement etablie au cours d un proces public ou toutes les garanties necessaires a sa defense lui auront ete assurees

    2) nul ne sera condamne pour des actions ou omissions qui, au moment ou elles ont ete commises, ne constituaient pas un acte delictueux d apres le droit national et international.
    de meme, il ne sera inflige aucune peine plus forte que celle qui etait applicable au moment ou la acte delictueux a ete commis.

    pour le moment nous sommes tous dans l attente des suites d un evenement surmediatise ,(se deroulant au pays du puritanisme et du farwest),a un moment strategique ou dsk represente ou representait l image d un personnage qu il faut ou qu il fallait a tous prix abattre sur le plan national et international.

    je demande a tous ceux ,qui ont foi en l avenir, a beaucoup de retenue et surtout a un soutien sans faille a dsk :

    y-a-t il un comite de soutien a dominique?

    docteur georges gauthey

    – francais resident en colombie
    – ancien secretaire de section du ps en 74 (frangy) : j avais fait la campagne de reelection de francois mitterand avec dominique en 1988
    – ce courrier peut etre transmis avec mon accord a la presse et (ou ) ps si necessaire

  2. olyvier dit :

    Nous avons mal.

  3. topaz dit :

    Depuis 2002 je soutiens la valeur politique de DSK. Depuis 2008 et pour cette raison, je réagis dans les commentaires sur ce blog. J’ai dû écrire beaucoup de bêtises, parfois des choses justes en souscrivant ou en critiquant. Aujourd’hui l’avenir du parti socialiste m’est devenu un peu indifférent. L’affrontement probable Aubry -qui n’en a pas envie mais contrainte par le devoir- Hollande ne m’intéresse pas. Le parti socialiste vient de perdre une bataille par surprise qui risque de lui faire perdre la guerre. Après le 6 juin et quelqu’en soit la résultante, je livrerai à la lecture ou à la censure, sur ce site, mon analyse sujectve de simple observateur déçu du politique brillant et de son double destructeur.

  4. topaz dit :

    Anne Sinclair a temporairement suspendu son blog. « Deux ou trois choses vues d’Amérique » qu’elle doit régler en privé.

  5. topaz dit :

    On lit … tout et son contraire. On ne sait pas pourquoi DSK était à New-York, à titre privé, ce vendredi 13 mai (il n’y en avait qu’un dans l’année !). Il a quitté la prison et clame, par deux fois, son innocence auprès du FMI et de ses collaborateurs mais il ne nous donne pas sa version … alors qu’il a mis le monde en émoi et le PS et tous les strauss-kahniens en premier chef dans une situation telle, qu’il n’existe pas de mots pour la qualifier. Est-ce Dallas Strauss-Kahn ? Un JR plus machiavélique que dans la série télévisée ? L’un de ses avocats évoque l’acquittement … en Israël !
    Je croyais en DSK le politique, je ne crois pas en l’innocence de l’homme dans l’accusation grave portée à son encontre. Je ne suis ni avocat, ni psy, tout au plus un observateur attentif qui déplore que le politique brillant ait un double destructeur.

  6. Duquesnoy dit :

    Autour de moi, si DSK se présentait, 70% de mes connaissances voterait toujours pour lui. Sa popularité reste très haute, nombreux sont ceux qui croit à une manipulation et le soutiendraient si il revenait.

  7. topaz dit :

    Nous aurions tous aimé occulté un certain 11 septembre. De la même manière nous aimerions qu’il n’y ait jamais eu de dimanche 15 mai en 2011. Combien de boue et de détails sordides va-t-on encore remuer dans la vie d’Ophélia, dans celle de DSK ? Ils sont deux à connaître la vérité vraie. Nous ne la saurons probablement jamais. Elle sera arrangée, déguisée, maquillée et actée après être passée dans la moulinette des avocats américains.

  8. topaz dit :

    Dans notre affaire, l’avenir politique de DSK est bien secondaire. Le plus important c’est le devenir de l’homme. Quelle que soit l’issue de la procédure, peut-on se relever d’un tel séisme ? Existe-t-il un baume magique qui panse les plaies ?

  9. patf dit :

    pourquoi donc exclure une candidature DSK ?
    la présomption d’innocence ne serait-elle valable que juridiquement mais pas au PS ??
    c’est dingue cette position qui ménage la chèvre et le chou. DSK peut très bien, s’il le déclare avant le 28 mai, être présent aux présidentielles 2012, non ?
    cordialement,

  10. Patrick P. dit :

    C’est, sans aucun doute, la sérénité avec laquelle lui sera accordée l’investiture, quelqu’en soit finalement la modalité, que le ou la candidat-e socialiste aura dorénavant les meilleures chances de gagner l’élection présidentielle.