Lettre aux amis de Dominique Strauss-Kahn: Unissons-nous !

Paris, le 3 juin 2011

Cher(e) ami(e),

J’imagine la tristesse qui est la tienne, la partageant. Nous avons tous été bousculés par le « dimanche noir de New York ». Nous avons assisté sidérés à la mise à terre de Dominique Strauss-Kahn. Nous avons été atterrés par les accusations graves portées à son encontre. Nous n’avons pas supporté de le voir, seul et loin, entravé, livré au pilori médiatique du monde. Un sentiment de gâchis, voire de colère nous a envahi. Chacun s’apprêtait à se lancer dans le combat présidentiel décisif pour la France et l’Europe. Chacun imaginait le succès et la part qu’il y prenait. Chacun doit aujourd’hui se rendre à l’évidence : Dominique Strauss-Kahn combat maintenant pour prouver son innocence. Son temps n’est plus le nôtre, sans que nous puissions à cette étape dire de quoi l’avenir sera fait.

Beaucoup n’ont pas voulu et ne veulent pas encore se précipiter. Tourner la page est encore pour nombre d’entre nous difficile voir douloureux. Nous n’avons pas envie de passer en quelques jours à une autre équation.

Mais nous n’ignorons pas que le temps politique reprend ses droits. Et pourtant ! Confusément nous pressentons que tout cela n’a pas été vain. Nous avons bâti au cours de ces années un périmètre politique qui fut certes porté par DSK mais qui reste notre patrimoine.

Nous partageons tous les termes du rappel public cosigné par Alain Bergounioux, Michel Destot, Alain Richard et Catherine Tasca : cette révolution silencieuse défendue par DSK qui veut domestiquer, par la norme écologique et sociale, la mondialisation. Ne l’avait-il pas – et avec quel brio – engagée au FMI ? Nous partageons toujours l’idée force que l’espace pertinent pour mener ce combat est l’Europe. Et nul n’ignore que pour ce faire elle doit être réorientée. Nous partageons tous le combat contre les inégalités et la nécessité de les attaquer à la racine. La volonté de porter le socialisme au cœur de la production et de l’entreprise. Ou encore que l’on ne peut redistribuer que ce que l’on a produit. Enfin, nous défendons tous cette pensée : la gauche est l’ennemie de la dette et de la rente.

Tout cela sera encore au cœur de la présidentielle et du socialisme moderne que nous porterons.

Tout le monde partage la revendication de Pierre Moscovici et Marisol Touraine : les Strauss-Kahniens doivent peser dans la présidentielle pour la gagner !

Tout le monde fait sienne l’interpellation de Jean-Marie Le Guen sur la nécessité de préserver notre indépendance. Alors si nous partageons tout cela ensemble, rien ne s’oppose à notre rassemblement. Si ce ne sont les querelles subalternes et honnêtement, tranchées par la vie.

La présidentielle n’est pas un congrès du PS. Et il faut être vraiment naïf pour croire que le candidat DSK n’aurait pas embrassé toutes les cultures de la gauche. Mais précisément, pour que le ou la présidentiable puisse le faire, il faut qu’elles soient toutes en capacité de peser.

A quoi sert-il de pester devant la trop grande présence de certains courants – pour moi incontournables mais c’est un autre débat – si nous sommes éparpillés en mini chapelles, s’annulant les unes les autres ? Et puis, mon expérience, ou la connaissance des ressorts de chacun me dit qu’au-delà des postures du moment que je comprends, il n’est pas impossible qu’une immense majorité d’entre nous se retrouve au bout.

Il faudra, après les primaires, rassembler et sûrement mener d’autres combats.

Nous savons que l’état d’esprit a changé, le respect, l’union, sont une demande, que dis-je, une exigence du peuple de gauche ! La soif de changement, le changement qui semblait aller de soit avec DSK s’imposera de nouveau. Le traumatisme sera surmonté parce que la volonté de justice, de changement et d’alternative va trouver un nouveau viatique. Pour autant nous mesurons les risques du premier tour de la présidentielle et c’est pour cela que nous serons observés. Et nous serons durement jugés si nos attitudes, nos errements voire nos egos nous conduisent à l’échec.

Alors, pour ce qui concerne les amis de Dominique Strauss-Kahn je forme le vœu que nous puissions, sous une forme à définir, et qui ne préjuge pas de nos choix présidentiels, que nous puissions donc nous rassembler, avec la volonté de faire vivre un espace politique qui s’ouvrira nécessairement à d’autres.

En espérant que tu auras compris le sens de cette démarche que je sais très partagée, reçois cher(e) ami(e), mes amitiés,

Jean-Christophe Cambadélis
Député de Paris

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