Interview dans le JDD.fr: « Il faut sortir du traumatisme »

par · 10 juin 2011

La droite s’est réunie mercredi pour parler justice sociale. Que pensez-vous de sa proposition  sur le RSA?

Cela résume bien la philosophie de l’UMP : Punir les pauvres! C’est toujours à cette catégorie de la population que la droite s’en prend. Vous n’entendez jamais le gouvernement dire que la priorité c’est la redistribution ou les salaires. Le discours est toujours le même : ceux qui sont en difficulté ont trop davantages.

Que proposez-vous?

Nous proposons un vaste plan pour relancer la croissance. Sans la croissance, pas d’emplois et donc des déficits sociaux. Nous proposons également une vraie réforme fiscale pour soutenir cette croissance et un modèle de société. Une société écologique, sociale et juste. Nous mettrons en place une politique ciblant les catégories de population les plus en difficulté, comme les jeunes –avec 300.000 emplois créés. Nous nous attaquerons également à la question du logement qui pèse sur le pouvoir d’achat des ménages. Notre stratégie est celle des trois tiers :  un tiers pour la justice sociale, un tiers pour l’avenir, un tiers pour réduire nos déficits. C’est le cercle vertueux du redressement.

François Hollande a avancé des chiffres très ambitieux : un million de logements nouveaux. Est-ce la proposition du PS?

Nous sommes radicaux non? (rires) C’est en effet dans la ligne du PS, même si notre priorité reste le blocage des loyers. Mais oui, nous nous lancerons dans un vaste plan de construction de logements neufs.

Le PS n’a cependant pas été audible sur la question du RSA. C’est pourtant un sujet où vous êtes attendus.

Nous n’avions pas besoin de parler, puisque la droite elle-même se déchire sur le sujet! Un ministre est recadré par le Premier ministre, mais le secrétaire général de l’UMP soutient le dit ministre. Ça ressemble à une belle cacophonie, non? Pourquoi voulez-vous que le PS mette son grain de sel? On les laisse faire car de toute façon, nous aurions été inaudibles. Nous ferons des propositions concrètes en temps et en heure.

Pour améliorer l’exécution des peines,  Eric Ciotti a repris à son compte l’idée d’un encadrement militaire proposée par Ségolène Royal en 2007. Est-ce envisageable?

Là encore, on peut souligner les différences radicales entre le discours de Claude Guéant à Sevran et celui d’Eric Ciotti ! Je propose que l’on se calme dans la surenchère sécuritaire. L’insécurité, c’est aussi un problème d’aménagement du territoire. Quant à la police, on a concentré les forces de police dans les centres ville. En banlieue, on a mis en place, avec la Brigade anti-criminalité (BAC), une politique du coup de poing. Cette politique, qui tourne le dos au maillage policier, a échoué. Il faut donc revoir tout cela et mettre en place une politique de sécurité qui mixe la police locale et une présence de la gendarmerie, mais uniquement quand cela est nécessaire. L’UMP ayant échoué, le ministère de l’Intérieur pousse la surenchère des mots, alors qu’il faut l’efficacité des fait.

François Hollande a  annoncé qu’il souhaiterait augmenter les impôts. Etes-vous sur la même ligne?

« Il faut une réforme fiscale ». Conduira-t-elle pour une certaine frange de la population à une hausse des impôts? Très certainement, car on supprimera des niches fiscales. Mais d’autres se trouveront dans une situation beaucoup plus favorable, avec un impôt progressif. Nous devons être transparents avec les Français et leur dire que nous ne pourrons pas faire face à notre déficit et à nos dépenses d’avenir avec une politique fiscale qui est un gruyère. Il faut chercher l’efficacité, pour la puissance publique. Mieux, la réforme fiscale est indispensable pour retrouver une souveraineté budgétaire.

François Hollande n’est-il pas, idéologiquement, le candidat le plus proche de votre famille social-démocrate?

Il en est tellement proche qu’il se proposait d’être candidat jusqu’au bout contre Dominique Strauss-Kahn ! (rires) C’est donc qu’il se pense différent, non ? Et Martine Aubry est tellement éloignée qu’elle se proposait de le soutenir ! Aubry et Hollande sont-ils si différents ? Comparons : Aubry et Hollande sont tous les deux énarques, ont tous les deux fondés le Club Témoins, ont tous les deux soutenu la candidature de Jacques Delors en 1995, puis celle de Jospin en 2002, avant de participer tous les deux à l’aventure de la gauche plurielle. Aubry et Hollande ont tous les deux voté oui au Traité constitutionnel, et adopté ensemble le programme de la prochaine élection présidentielle. Avec, certes, des caractères différents, ils ont tous les deux dirigé le PS de la même façon, avec des idées réformistes et européennes très ancrées. Donc, si je m’en tiens au cheminement de l’un et de l’autre, ils sont quand même très proches. Et si Hollande se réclame de la social-démocratie, il se préparait à affronter DSK en disant qu’il était plus à gauche que lui (rires). Il est donc, dans ce domaine difficile, de les départager. Si les strauss-kahniens parviennent à se rassembler, nous prendrons d’autres critères pour faire notre choix.

Comment se porte votre courant aujourd’hui?

Il est bousculé, humainement et politiquement. Il était pluriel, il le reste. Mais tous nous voulons faire vivre, dans un cadre nécessairement nouveau, les idées de DSK. Chacun l’affiche au travers de tribunes, d’appels ou de pétitions.  J’ai parlé de convergences parallèles. Elles se rejoignent normalement à l’infini, mais l’infini ici doit être la fin du mois.

Avez-vous choisi votre camp?

Je ne vais pas dire maintenant où je me situe pour ne pas être un obstacle à notre rassemblement. Je pense qu’il faut sortir de ce traumatisme en arrêtant de penser à nous et en pensant aux autres. Il faut mettre à l’ordre du jour une réflexion moins sur ce que nous avons perdu que sur ce que nous voulons gagner, c’est à dire la défaite de Nicolas Sarkozy. Réfléchissons en termes d’efficacité, et pas en termes de témoignage.

Vous visez Pierre Moscovici qui entretient le doute sur sa candidature?

Je ne vais pas critiquer une initiative. Je dis qu’il ne faut pas être sectaire vis-à-vis de tout ce qui provient de la strauss-kahnie. On discutera, je ne suis pas sûr que ce soit la seule option que Pierre Moscovici a en tête.

Et Manuel Valls, qui lui est déjà candidat?

Il a posé sa candidature sur deux plans. D’abord il a 48 ans et ça personne ne peut le nier. Ensuite, il se dit capable d’entraîner l’ensemble de la gauche, ce qui est possible, mais est-il le seul ? J’attends qu’il définisse un peu plus son objectif. Quelles sont ses perspectives? Que propose-t-il au pays?

N’y-t-il pas un risque d’éparpillement des candidatures strauss-kahniennes, comme ce fut le cas au Congrès de Reims, en 2008?

A l’impossible nul n’est tenu. J’appelle au rassemblement,  car rien ne justifie l’éparpillement. Il  y aura d’autres moments pour faire entendre sa singularité.

Avez-vous eu l’occasion de parler à Dominique Strauss-Kahn?

Oui. Mais il ne passe pas son temps au téléphone à appeler Paris comme on peut le lire dans les gazettes. D’abord, parce qu’il ne peut pas le faire. Ensuite, je ne crois pas qu’il en a vraiment envie.  Je l’ai trouvé combatif, mais triste.

Pouvez-vous nous dire où il en est aujourd’hui ? Concentré sur le procès à venir, se repassant le film des événements… ?

Il ne s’exprime pas trop sur ce sujet. Vous comprenez aisément pourquoi. Si ses avocats ne communiquent pas sur les éléments de sa défense, ce n’est pas lui qui va le faire, même à ses amis.

Avez-vous parlé politique avec lui ?

Non. Il n’est pas en train de piloter depuis New York l’avenir de la strauss-kahnie. Ce n’est plus sa préoccupation.

Pensez-vous qu’il puisse, un jour, peser à nouveau sur le débat politique français?

S’il est reconnu, comme je le pense, innocent des faits qui lui sont reprochés, le regard que lui porteront les Français sera plutôt sympathique. S’il est condamné, la question de son retour ne se posera plus.

Vous avez travaillé pendant des années dans son ombre, avec un but : la présidentielle. Lui en voulez-vous?

L’issue du procès  le dira. Si un « not guilty » est prononcé, on sera malheureux car on sera passé à côté de quelque chose. Il faudra alors s’interroger sur les raisons pour lesquelles on en est arrivé là. S’il est condamné pour viol ou agression sexuelle, je ne placerais  pas l’amitié au-dessus de ça. Mais je ne le crois pas coupable. Je ne suis donc pas à l’heure actuelle dans le ressentiment. Je fais simplement le constat d’un immense gâchis si j’en juge la sympathie de l’opinion publique pour DSK. Les gens m’arrêtent dans la rue pour me faire passer des messages pour lui. Les Français l’attendaient. Ce qui revient le plus souvent dans leur bouche : « il était trop haut, donc ils l’ont descendu ». Je ne sais pas qui est ce « Ils » (rires).

Si les Français, d’après vous, soutiennent DSK, ce n’est pas le cas d’Arnaud Montebourg qui a explicitement pris ses distances.

Je suis étonné qu’un avocat soit dans le préjugé coupable. Il fait partie du courant justicialiste de la société française, je crois ? Il devrait savoir ce qu’est la présomption d’innocence. Je pense qu’il est parfois aveuglé par la présomption de reconnaissance.

Une boite de Pandore a été ouverte. On ne compte plus les élues se plaignant de l’attitude de leurs collègues masculins.

L’Assemblée est sexiste mais pas plus, pas moins, que ne l’est notre société. Des propos déplacés, des vannes entre mecs, du sexisme courant, cela existe oui, mais pas plus qu’ailleurs. Il faut arrêter de faire de l’Assemblée le lieu du machisme incarné. Ce n’est pas vrai. Les groupes politiques commencent d’ailleurs à s’imposer une parité, ce qu’il n’y a pas, par exemple, dans les médias.

On est encore très loin de la parité à l’Assemblée. Que faire pour y parvenir?

Vous avez raison, il n’y a pas assez de femmes. Mais il n’y a pas non plus assez de représentants des minorités visibles, de salariés, de gens issus des couches populaires. La représentation est déformée par rapport à la société, elle n’est pas simplement sexuée. Les partis doivent  promouvoir des hommes et des femmes issus de la diversité. Pour les législatives, le PS va faire un gros effort en ce sens. C’est une préoccupation constante de la première secrétaire.

Martine Aubry, comme François Hollande, sont vivement attaqués par Arnaud Montebourg et Manuel Valls, qui leur reprochent d’être là depuis trop longtemps. Comprenez-vous ces critiques?

Je suis un archaïque : je ne pose pas les problèmes en termes de génération, mais en termes d’orientation politique. Ils sont presque jeunes, certes, mais ça fait très longtemps qu’ils font de la politique. On peut être jeune et avoir presque 30 ans de politique dans les jambes. Je ne pense pas qu’il soit bon de poser les problèmes comme cela, sinon il n’aurait pas fallu que Mitterrand soit candidat, lui qui avait déjà été ministre de la IVe République. Je me rappelle d’une phrase qu’il adressait souvent à Laurent Fabius, qui était jeune et conquérant : « Prenez votre place dans la file, là, un peu plus loin, votre tour viendra… « 

Un appel vient d’être lancé pour un retour de Lionel Jospin. Qu’est-ce que cela vous inspire?

Je ne le crois pas dans cet état d’esprit. Mais cela montre que les socialistes avaient un candidat qui était en situation de l’emporter et qu’ils cherchent à reconstituer une offre politique. D’autres réclamaient également le retour de Laurent Fabius. Cela ne veut pas dire que les candidats en piste sont moins bons, cela veut juste dire qu’ils sont autrement bons.

Que conseillez-vous à Martine Aubry quant à l’annonce de sa probable candidature?

Il y a un temps de décence. Et puis peut-être le temps de la présence. Et elle a toujours dit qu’elle respecterait le calendrier. Elle était d’ailleurs en désaccord avec François Hollande, qui s’est déclaré candidat juste après les cantonales. Lui continue sur son offensive, Martine respecte ce qu’elle a dit avant. Si elle se précipitait, on lui reprocherait, c’est une évidence.

Et vous, quand allez-vous annoncer votre soutien à Martine Aubry?

Je vous le répète, il faut d’abord rassembler les strauss-kahniens et  nous aurons, je l’espère, une décision collective.

La primaire est-elle toujours le bon outil pour fédérer les socialistes?

Plus que jamais. Elle va booster notre candidat, le mettre en scelle et clore le doute et la comparaison. Je pense que l’un des candidats se détachera à la fin et ainsi, il sera hors de toutes critiques. Les sondages l’avaient fait pour DSK, mais là, c’est la primaire qui va le faire pour celui ou celle qui sera désigné.

Cela n’avait pas bien marché en 2007.

Non, car on avait raté la séquence suivante : comment se réunir. On avait fait une toute petite convention à la Mutualité. Ségolène n’avait pas fait venir à la tribune Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn. Au niveau du conseil politique, nous sommes en train d’y travailler. Nous ferons une grande convention du Parti socialiste qui permettrait un moment de rassemblement entre novembre et les vacances de Noël.

Sous cape, le parti présidentiel revendiquerait presque déjà la victoire.

On peut dire trois choses. D’abord, nous avons connu un rebondissement, il n’est pas impossible qu’il y en ait d’autres. Il ne faut jamais omettre l’aléa en politique. Deuxièmement, le rapport de Nicolas Sarkozy avec la France est détestable et pour l’instant il ne l’a pas inversé. Il n’y a pas de désir sarkozyste dans le pays. Il y a un rejet. A leur place, ce point me ferait douter. Le troisième est qu’il n’y a pas de projet sarkozyste, il n’y a que le bilan, et il est ô combien calamiteux. On sait ce que Sarkozy proposera à la France, la continuité de ce qu’il a fait. Ce qui le met dans une situation de campagne extrêmement difficile. Il va devoir défendre son bilan quand nous défendrons un projet alternatif. Il est donc en position de faiblesse. J’observe que Nicolas Sarkozy rassemble moins son camp aujourd’hui que le 14 janvier 2007 où il s’était lancé dans la course. L’UMP est divisé sur tous les sujets et les radicaux s’en sont allés. Tout ceci va peser sur la campagne. Nos adversaires devraient être beaucoup plus prudents qu’ils n’ont l’air de l’être.

Quels sont les thèmes de campagne sur lesquels il faut absolument appuyer pour l’emporter en 2012?

Il y en a énormément. Mais, d’abord, je crois, la question que portait DSK reste : la sortie de crise économique et sociale. C’est le grand échec de Sarkozy. La deuxième grande question, c’est l’intérêt général, la question républicaine. Le président n’a jamais porté l’intérêt général, il porte l’intérêt des plus riches et son intérêt particulier. Il peut dire qu’il est actif, mais c’est une action désordonnée. Ce n’est pas un homme de rassemblement. Il y a beaucoup d’interrogations sur le devenir des Français. Ils veulent savoir avec qui ils vont remonter et avec qui ils vont dévaler la pente. Le problème de Sarkozy, c’est qu’il est au bout de la chaîne d’une longue séquence où la droite est au pouvoir. Ça fait 12 ans que l’UMP gouverne la France et 12 ans c’est long. Souvenons-nous des « dix ans ça suffit » contre le Général de Gaulle. Et il n’est pas le Général de Gaulle.

Que pensez-vous de la « démondialisation » prônée par Arnaud Montebourg?

Elle a des aspects intéressants : en termes d’agriculture il vaut mieux produire là où on habite. Mais, je crois – dans un débat avec Arnaud j’ai employé cette image -, c’est un peu comme de faire brûler des pneus face à un nuage de sauterelles, ça ne règle pas le problème. Ça donne l’impression que l’on va se retirer du monde. On ne combat pas la mondialisation comme cela. On donne l’impression de la fuir, alors qu’il faut l’affronter en faisant la « révolution silencieuse », celle des normes. Il faut définir quel est l’espace efficace pour le faire. Et ça, c’est l’Europe. La « démondialisation » peut sembler sympathique, mais c’est un couteau sans lame.

Et le protectionnisme à la Le Pen?

C’est la ligne Maginot. On sort de l’euro, de nos accords internationaux, du commerce mondial et puis on dit « on commerce entre Français ». C’est la Corée du Nord, avec l’énergie nucléaire. Personne n’y croit, même pas Marine Le Pen.

Vous craignez qu’elle soit au second tour?

C’est tout à fait envisageable. La France est dans le doute par rapport au président de la République, à la façon de sortir du marasme dans lequel nous sommes. Et le doute produit de l’abstention et quand il y en a beaucoup, le FN est fort. Et là, personne n’est à l’abri, ni Nicolas Sarkozy, qui a perdu Jean-Louis Borloo, ni le PS qui doit recomposer son offre. Par contre, le FN recule quand il y a de l’espoir. Et celui-ci viendra de la gauche.

Ce ne serait pas une bonne nouvelle d’être au second tour face à Marine Le Pen?

On ne peut pas souhaiter ça. Après le 2ème tour Chirac – Le Pen en 2002, la France a été amputée du vrai débat et les cinq ans qui ont suivi ont été calamiteux.

 

Les commentaires6 Commentaires

  1. topaz dit :

    Je me suis longtemps interrogée sur cette phrase de DSK « il y a deux sortes de défis à éviter : ceux qu’on ne peut pas réussir, et ceux qu’on ne doit pas rater » … Dans l’amalgame de gâchis politique et de drame humain que nous vivons en direct, la fatalité est-elle aussi un défi ? La réponse est peut-être dans ces paroles de Gaëtan Roussel « Parfois, on regarde les choses telles qu’elles sont, en se demandant pourquoi. Parfois on les regarde, telles qu’elles pourraient être, en se disant pourquoi pas ? » …

  2. topaz dit :

    Vous répétez à l’envi que DSK est triste mais combatif … Un océan, un ressenti vous sépare de votre Ami, de votre lien ou liant politique. Triste il le sera toujours, combatif vous allez devoir l’aider à le rester. C’est pas gagné. Même si le parti socialiste poursuit sa route sans lui, c’est maintenant plus que jamais qu’il a besoin du soutien des ses amis. Quoiqu’il est fait ou pas fait, la pression est trop forte et seul il ne tiendra pas. Il est encore rescapé de ce crash. Ne l’abandonnez pas. Vous lui devez assistance sous le feu des canons. Après sera un autre jour, ou la nuit pour toujours.Le meilleur avocat du monde est une béquille, pas un ami.

  3. topaz dit :

    @ Camba – Je crains que DSK ait maintenu son « plaider non coupable » dans un grand désarroi, pour préserver Anne et ses proches, son honneur au FMI, en jouant gagnant sur l’échiquier la plaidoirie de ses avocats. Je ne suis pas du tout certaine qu’il gagnera cette partie à l’aveugle. C’est un pari très risqué, mais il a -toute sa vie- été un homme de défi, et il a gagné souvent …

  4. topaz dit :

    Camba, lorsque dans je ne sais plus quelle interview de la semaine, vous avez dit ou écrit « un homme seul face à lui » -que j’ai volontairement repris dans mon texte- vous avez avec ces quelques mots résumé toute l’affaire DSK … Ce n’est ni la vie privée, ni la vie publique, ni le destin du parti socialiste, c’est l’histoire d’un homme dans les méandres de sa vie, d’un jardin secret qui ne l’est plus.

  5. topaz dit :

    Le verdict est tombé, dans toute sa gravité et la vindicte dans sa cruauté. Il y aura procès … dans un affrontement impitoyable entre lawyers. Une bataille judiciaire féroce, un homme seul face à lui, en lieu et place de la joute électorale attendue.

    Je livre, ci-après, mon analyse des circonstances qui ont conduit au crash du vol en approche, balise 28-06, dans le ciel de New-York. Je ne crois pas être loin de la vérité, de la triste réalité. Camba l’Ami, lira. Camba le politique, censurera peut-être. Lui qui a tant donné, il est seul à décider sur son site. Mais tous ceux qui ont cru en DSK ont droit en cette version intuitive, profane dans son appréciation, qui n’excuse en rien l’acte répréhensible dont est accusé Dominique Strauss-Kahn, mais qui apporte une petite lumière fragile, fugitive et voilée, invisible et indicible … dans le noir tango de cet épilogue.

    DSK et Dominique,
    Le politique brillant et son double destructeur

    A quelques semaines d’intervalle, Dominique Strauss-Kahn, Directeur du FMI, aurait dû être devant les Français, candidat à une échéance capitale pour la gauche. Il est aujourd’hui jeté en pâture à la face du monde, élu à la prison à vie.

    C’est le même Dominique et c’est un autre à la fois. Lorsqu’il est l’un, il n’est plus l’autre. Lorsqu’il est l’autre, dans une pulsion éphémère incontrôlée, l’un est refoulé mais en ressort paradoxalement renforcé. L’un et l’autre sont complémentaires, jumeaux, indissociables, en perpétuelle opposition, qui se juxtaposent dans la raison et dans l’action, dans le réfléchi et dans l’instinct, dans la réalité et dans l’amnésie de l’instant, dans le fantasme du flag. Séduire et charmer sont le propre du mâle. Le rapport de force dans la séduction et dans l’interdit, dans le viol des principes de l’un pour assouvir les exigences de l’autre, relève de la psychiatrie. Au fil de sa vie, Dominique n’a jamais voulu sacrifié l’un à l’autre, l’autre à l’un. Le destin a choisi pour lui.

    Dominique Strauss-Kahn, le politique, aurait pu et aurait dû être un grand Président de la République. L’homme et son double – exigeant et destructeur- n’étaient pas dignes de la fonction. Nous étions nombreux à croire qu’il avait intégré ce paramètre à l’équation. Nenni, il aura été la victime de ses démons dans le huis clos explosif d’une chambre d’hôtel. Il n’a aucune excuse, si ce n’est la pseudo-circonstance atténuante d’une déviance sexuelle, latente et patente, téléguidée par l’inconscient et exacerbée par le stress. Son entourage proche est complice, et comptable de ne pas l’avoir aidé à gagner ce combat de l’ombre qui était, au-dessus de sa tête, comme une terrible épée de Damoclès et en même temps un stimulus vital. A-t-il essayé en vain ? A-t-il fait l’autruche ? Quelle vérité est-on capable d’entendre ? Celle de la raison ou celle du cœur ? Les remords se joignent aux regrets et l’Histoire s’écrit … par une porte dérobée.

    Nous sommes nombreux à le regretter, pour l’homme qui s’est perdu et pour le politique que nous avons perdu. Le renoncement -qu’il a si souvent combattu- s’impose à lui, s’impose à nous … dans la douleur et dans la noirceur.

    Un double suicide non prémédité mais programmé. Avec ce genre d’addiction en liberté, Dominique était inévitablement condamné au faux-pas et DSK à l’enfer. On ne construit pas impunément une machine à gagner. On aide un homme -que l’on sait fragilisé et dans l’impossibilité de neutraliser seul cette fragilité- à se construire, ou à se re-construire … pour son salut et pour la cause. Pourquoi cela n’a-t-il pas été la priorité de la communication pointue de DSK, qui a toujours entretenu la théorie du déminage gagnant, le confortant ainsi dans ses dérives compulsives ? Il a été le pompier du monde. Elle aurait dû être, avant qu’il ne s’embrase, le pompier du feu … qui couvait, sous la cendre de la flamme.

    Sur le foyer calciné du présent, sur le foyer des aïeux cher à Jaurès, la marche vers un idéal nouveau a perdu son commandeur, pas son chemin, parce que des hommes et des femmes vont continuer à marcher dans ses pas. Le strauss-kahnisme n’est pas un héritage, il est une ligne politique d’avenir, une lumière dans la nuit socialiste, leur but et leur objectif, leur devoir de soldat.

  6. Dardillat Anne dit :

    C’est drôle,léger,et plutôt agréable en ces temps si sérieux! Jean-Christophe Cambadélis s’est bien prêté au jeu(au rêve?) .On le comprend.