«La thèse d’un retour à la manière du comte de Monte-Cristo est un peu romanesque»

par · 24 août 2011

Jean-Christophe Cambadélis, principal lieutenant de Dominique Strauss-Kahn en France, se réjouit de l’abandon des charges par la justice américaine -«nous savions que tout allait s’effondrer» -, mais enjoint socialistes et commentateurs politiques à ne pas brûler les étapes.

Que ressentez-vous à l’issue de ces cent jours de tourmente politico-médiatique ?

Une très grande joie teintée d’un peu d’amertume. Je suis heureux pour Dominique, pour Anne [Sinclair], pour leurs enfants, pour nos copains mais aussi un peu furieux : on a jeté à terre un destin sur la base d’une seule allégation contestable et qui aurait pu être contestée. Ces cent jours ont un côté terrifiant.

Quel avenir pensez-vous que Dominique Strauss-Kahn va se choisir ?

Depuis trois mois, il ne pense qu’à une chose : le coup de maillet du juge. Pas le coup d’après.

Peut-il, veut-il revenir dans le jeu politique français ?

La thèse d’un retour à la manière du comte de Monte-Cristo est un peu romanesque. DSK, quoique sa mémoire soit exceptionnelle, n’a jamais été un homme qui se précipite. C’est un garçon qui réfléchit beaucoup. Aujourd’hui, on entre dans le temps de la reconstruction. Après le temps judiciaire, c’est le temps humain. Précipiter les étapes, ce serait faire fi de ce qui lui est arrivé. Dominique Strauss-Kahn a vécu une injustice planétaire, il a été cloué au pilori médiatique mondial. Il a été la cible des qualificatifs les plus violents, des analyses psychologiques les plus douteuses. Tout cela a été d’une violence inouïe. En tant qu’ami, je lui dis : prends d’abord soin de toi.

La primaire socialiste, dont il était un des favoris, a commencé sans lui. Pensez-vous qu’il puisse y participer, en soutenant l’un ou l’autre des candidats ?

Le précipiter dans le chaudron politique français après ce qu’il a subi, est-ce un conseil d’ami ?

Peut-il intervenir plutôt sur la scène financière internationale, qui connaît une très grave crise en ce moment ?

Intégrons ce fait: Dominique Strauss-Kahn retrouve un avenir, car il ne risque plus la prison. Il est totalement libre. Judiciairement évidemment, mais aussi parce qu’il n’a plus aucune contrainte… Il n’est plus directeur du FMI – il le regrette – et n’est pas candidat à la primaire du Parti socialiste. Il reste un homme d’Etat, une fantastique machine intellectuelle avec une expertise économique mondialement reconnue, dans une crise systémique non résolue. Ce qu’il fera personne ne peut le décider à sa place.

Par LAURE BRETTON

Les commentaires2 Commentaires

  1. Eva-Lou dit :

    Je suis très soulagée aussi qu’il soit enfin totalement libre. Je n’ai pas douté un seul instant à son innocence et à un coup monté. Mais je ne comprends pas une chose : pourquoi tous ces amis socialistes lui font comprendre qu’il est cuit. Cet épisode est une honte. il est évident que DSK est vicitme d’un harcèlement et d’un acharnement organisé, trop d’indices, trop de zones d’ombre. Vous avez été le premier à le dire (le feu nucléaire) et maintenant qu’il est innocenté, après avoir vécu l’enfer, tout le monde semble faire comme si, dans une espère d’indifférence voire de scepticisme insuuportable, il restait présumé coupable. Mais il n’ pas à renoncer à quoi que ce soit de ce qu’il voulait faire avant. C’est lui la victime. J’ai de la peine pour ce qu’il ressemble à un lâchage alors qu’il est le meilleur. Tous les gens sensés le savent, vu la conjoncture. Cette forme de discours raisonnable : il faut qu’il se reconstruise, il doit prendre son temps … n’est-ce pas une façon de donner prise à une autre injustice : lui confirmer que son destin lui a été dérobé, comme vous le dites ?

  2. topaz dit :

    On a beaucoup glosé sur la rentrée dans l’atmosphère, dans la politique de la France et dans celle, politicienne du PS, de DSK … C’était dans une autre vie, sur un autre chemin. Dans la vie d’un homme il est des évènements qui, comme après un coma profond, en modifient le cours. DSK ne sera plus le même homme lorsqu’il traversera l’Atlantique. Peut-être choisira-t-il de quitter l’arêne politique … d’écrire … de conseiller dans l’ombre. Ce qui lui est arrivé, sans être encore clos, change un homme, même de la race des gagneurs …