Interview dans Le Monde: « Martine Aubry est en dynamique »

Proche de Dominique Strauss-Kahn et allié de Martine Aubry, le député de Paris, Jean-Christophe Cambadélis, défend pied à pied les chances de la maire de Lille à la primaire socialiste.

Martine Aubry peut-elle encore empêcher François Hollande de l’emporter à la primaire ?

Tout est ouvert. D’autant que les Français n’aiment pas qu’on les tire par la manche pour leur dire ce qu’il faut voter ! Ils viennent d’obtenir le droit de désigner le candidat de la gauche au second tour de la présidentielle. Ce n’est pas pour se faire confisquer ce droit par des sondages pour le moins aléatoires.

En 2006, Ségolène Royal était aussi portée par les sondages, et l’avait largement emporté…

Il ne vous a pas échappé que les sondages évoquaient alors une future victoire à la présidentielle. Et qu’une fois Ségolène Royal désignée, les sondages se sont retournés. Il faut plutôt faire confiance au peuple de gauche. Celui-ci désignera celui ou celle qui peut gagner, qui portera ses valeurs et qui gouvernera avec fermeté dans un environnement pour le moins incertain.

Est-il possible de résister à l’argument du vote « utile » ?

Pour l’instant, Martine Aubry et François Hollande écrasent Nicolas Sarkozy au premier tour de la présidentielle. La primaire a permis à François Hollande de se construire en candidat raisonnable et à Martine Aubry de se positionner au cœur de la gauche. C’est le peuple qui va trancher le centre de gravité de cette gauche. Après, ce sera tous derrière. Et lui ou elle devant.

Mme Aubry s’en prend souvent au caractère présumé indécis de M.Hollande. La personnalité de la maire de Lille constitue-t-elle un avantage concurrentiel ?

Quel que soit le candidat issu de la primaire, les socialistes n’auront pas à en rougir. Le problème est moins le prétendu caractère de François Hollande – encore qu’il en faudra pour affronter les crises de toutes sortes auxquelles nous sommes confrontés. Mais j’ai juste un souci politique avec François Hollande.

A force de ne rien promettre, on donne l’impression de ne rien vouloir changer. Je rappelle que la formule de Pierre Mendès France, c’est: « Gouverner c’est choisir ». Et pas : « Refuser de choisir ». François, en préconisant le « zéro déficit » en 2017, mise tout sur la réduction des déficits, ce qui me semble économiquement peu praticable et politiquement dévastateur.

Enfin, une campagne présidentielle tout entière articulée autour du seul rejet de Nicolas Sarkozy, on l’a déjà fait face à Jacques Chirac… en 2002.

A partir de quel écart entre M. Hollande et Mme Aubry au premier tour estimerez-vous que la partie est perdue ?

Lorsque l’un des deux aura fait plus de 50 % au second tour !

Comment peut-elle rattraper son retard ?

Encore faudrait-il qu’elle soit en retard. Et le terrain ne le prouve pas, bien au contraire : les remontées montrent que Martine Aubry est en dynamique.

La « dynamique » des ralliements, justement, n’est-elle pas plutôt en faveur de M. Hollande ?

Vous auriez pu citer, pour Martine Aubry, l’ambassadeur Stéphane Hessel ou l’ancien procureur général Jean-Louis Nadal. Cela dit, malgré tout le respect que j’ai pour ces personnalités, c’est la dynamique d’en bas qui compte.

Si elle n’est pas désignée, Martine Aubry peut-elle rester première secrétaire du parti ?

Tout à fait. Je déconseille, après avoir clos un chapitre de compétition, d’en ouvrir un nouveau. Martine Aubry, si elle gagne, restera première secrétaire. Et si elle perd, elle le redeviendra. Et je ne vois pas – à moins de souhaiter la division – pourquoi il en serait autrement.

La succession de Martine Aubry commence-t-elle à s’organiser ?

Je crois malheureusement que, dans beaucoup de têtes, il y a la perspective quasi mécanique de la victoire, et donc beaucoup de rêves de portefeuilles ministériels. Mais nous sommes peu à penser à la succession de Martine Aubry.

Dominique Strauss-Kahn va-t-il intervenir d’ici au second tour ?

Je pense que DSK ne refusera sûrement pas de donner quelques conseils sur les questions économiques. Mais, à ma connaissance, il n’interviendra pas dans le débat public avant longtemps. La situation fait qu’il n’est plus tout à fait aussi audible qu’auparavant.

Propos recueillis par David Revault d’Allonnes