Lettre à Nicolas Sarkozy – Monsieur le Président, ne vous engagez pas dans un nouveau traité…

par · 24 novembre 2011

Monsieur le Président,

Chaque jour, sans que la représentation nationale en soit totalement informée, se multiplient les annonces. Vous prépareriez un nouveau traité. Les informations qui nous parviennent nous inquiètent. En effet, il s’agirait d’un dispositif portant atteinte à notre souveraineté budgétaire. Selon des modalités qui conduiraient à des sanctions automatiques. Les critères de l’équilibre budgétaire requis sembleraient faire la part belle à l’orientation économique de Madame Merkel.

Cette dernière, en refusant par aveuglement dogmatique d’étendre le rôle de la Banque centrale européenne au-delà du seul contrôle de l’inflation, mets ainsi en péril l’ensemble de l’Europe, même votre ministre des affaires étrangères vient de s’en inquiéter.

Vous avez accompagné la chancelière dans sa politique et vous n’avez pas su apporter de solution à une crise qui est sur le point de devenir incontrôlable. Comme vous le savez, Madame Merkel imprime à l’Europe un cours qui l’a conduit à sa perte. Cette politique ne rassure ni les marchés ni les peuples et fragilise la France voire même l’Allemagne. Elle provoque un chômage de masse.

Mais là n’est pas notre seule source d’inquiétude.

Madame Merkel propose de modifier les traités. Le contenu de ces modifications nous semble inacceptable. En particulier la possibilité de poursuivre devant la Cour européenne un état qui violerait le pacte européen de stabilité et de croissance. C’est instaurer un corset d’austérité à toute politique budgétaire.

Mais ma réprobation va au-delà du contenu dudit traité.

Il n’est pas possible d’engager la parole de la France – surtout lorsqu’il s’agit de sa souveraineté – à moins de six mois d’une élection présidentielle.

Il n’est pas souhaitable de négocier un traité dans la position de faiblesse où vous vous trouvez, au regard de l’échéance électorale et de vos déficits publics. Il n’est pas acceptable que vous entraîniez la France dans ce carcan. Vous mettriez les Français dans un piège: respecter ce traité et nier ainsi toute alternative au nom de la parole de la France, ou s’en désolidariser et ajouter la crise à la crise.

Au-delà du désaccord il y a là une question d’éthique politique, il y a là une question d’éthique tout court. C’est la raison pour laquelle, je vous appelle, Monsieur le Président, à surseoir à l’agrément de la France à tout nouveau traité.

Veuillez recevoir, Monsieur le Président, mes salutations respectueuses,

Jean-Christophe Cambadélis
Député de Paris

catégorie Ecrits, Europe, Expressions

Les commentaires1 Commentaire

  1. prestant dit :

    Personnellement je n’ai que faire de l’indépendance budgétaire de la France d’aujourd’hui, si l’indépendance budgétaire et la hauteur de vue de l’Europe de demain sont celles de la France d’hier.