Cambadélis: « est-on obligé de se faire hara-kiri » face à Merkel ?

par · 29 novembre 2011

Vous trouverez ci-dessous une interview que j’ai donné ce jour à Renaud Pila pour TF1 News.

INTERVIEW – Le député PS de Paris chargé des relations internationales plaide pour la fermeté face à l’Allemagne, jugeant que « Nicolas Sarkozy s’est piégé lui-même ». Quant aux attaques contre François Hollande, il met en garde la gauche : « vous jouez le mauvais remake de 2002 ».

TF1 News – François Hollande va tenir un discours au congrès du SPD à Berlin la semaine prochaine. Que peut-il dire ?

Ce n’est pas à moi de parler à la place de notre candidat François Hollande. Mais je constate que beaucoup de chemin a été fait depuis des mois entre le PS et le SPD. Je n’ai pas une grande habitude des congrès des partis politiques (sourires…) mais lorsque l’on donne la parole à François Hollande juste avant Sigmar Gabriel (chef du parti) pour la 1ere fois dans l’histoire du SDP, c’est que pour le moins on estime intéressante la parole d’un socialiste français dans un congrès du SPD. C’est plus qu’un signe. Il y a au SPD des gens qui ne trouvent pas irréalistes ce que nous proposons.

TF1 News – France et Allemagne travaillent à une nouvelle gouvernance pour sauver l’euro. Vous critiquez la stratégie Sarkozy. Mais que proposez-vous comme alternative ?

Permettez-moi de revenir sur ma critique. Il ne me semble pas possible de négocier un traité portant atteinte à notre souveraineté budgétaire sans contrepartie des Allemands sur une modification des statuts de la BCE, à six mois d’une présidentielle. C’est à la fois négocier en situation de faiblesse et c’est faire de Madame Merkel le juge de paix du débat national français. Il faut développer une orientation que Nicolas Sarkozy avait lui-même esquissée avant de renoncer. A savoir une politique qui soit complémentaire et pas fédérale sur le terrain budgétaire. A un moment donné, des pays pourraient faire des déficits pendant que d’autres pourraient faire des excédents.

Pour cela, il faut un gouvernement économique de l’Europe et pas un ministre de l’Economie d’un « Schengen budgétaire » de 4 ou 5 pays. Ensuite, il faut une BCE qui soit capable de racheter les dettes souveraines. Enfin, il faut travailler à des euros bonds, mais cela prendra plus de temps. Et tout ceci doit s’articuler autour d’une stratégie de croissance pour la zone euro et l’Europe.

Or de cela, on n’a rien. On a seulement Nicolas Sarkozy qui fait mine d’organiser ce qui lui est imposé par Madame Merkel, c’est-à-dire l’austérité continentale.

TF1 News – Mais il y a aujourd’hui une grande urgence à trouver une solution…

C’est Nicolas Sarkozy qui s’est mis dans ce piège, c’est lui qui a construit ce calendrier, c’est lui qui se faite le porte-voix de Madame Meckel dans ce domaine. Cela fait dix-huit mois qu’on est dans une stratégie de dérapage incontrôlé et que le directoire Sarkozy-Merkel a pris le pouvoir en Europe et développé une politique d’austérité qui rend la crise aujourd’hui ingérable. Et il faudrait maintenant que nous acceptions la comptine : « c’est la faute à pas de chance et alignez vous » ?

Est-on obligé de se faire hara-kiri parce que Merkel est dans le dogmatisme ? Si vous allez à la négociation avec un couteau sans lame en vous disant à la fin, c’est Merkel qui gagne, c’est la catastrophe annoncée… Il est incompréhensible que la France n’ait pas dans le même temps soutenu le dialogue avec l’Allemagne et appelé, discuté, rencontré les autres pays d’Europe qui n’acceptent pas la politique telle qu’est menée.

TF1 News – L’ancien ministre Hubert Védrine a jugé « troublante » l’attitude de Berlin face à la crise de l’euro, partagez-vous son sentiment ?

Hubert Védrine est un vrai diplomate. Je dirai que comme Monsieur Kohl, je ne comprends pas où va l’Allemagne et je ne sais pas où elle va. Je ne comprends pas ce que veut Merkel. Mais les Allemands soient tous pour cette politique. Il y a des grandes voix qui s’élèvent pour dire : « nous courons à la catastrophe ». Angela Merkel perd des élections régionales, le monde salarial ne supporte plus la politique de déflation salariale et les marchés commencent à attaquer l’Allemagne.

TF1 News – Mais Angela Merkel est au pouvoir au moins jusqu’en 2013… Comment la gauche peut-elle rétablir la confiance entre la France et l’Allemagne si elle arrivait au pouvoir ?

Angela Merkel se méfie de Nicolas Sarkozy car la première phase de son quinquennat fut « sans l’Allemagne » : l’Union Européenne pour la Méditerranée, les banques sauvées par la France et la Grande-Bretagne ou encore la politique vis-à-vis de la Géorgie… Donc pour surmonter cette méfiance, Nicolas Sarkozy a mis depuis plusieurs mois Angela Merkel à toutes les sauces sur le mode : « sauvez-moi »

Il faut rétablir la confiance en disant clairement ce que l’on veut, pour que l’Allemagne dise ce qu’elle veut. Et que nous arrivions à un véritable compromis. D’autre part, il faut respecter la parole donnée. Les Allemands sont sourcilleux sur car ils ont l’impression que les Français ne respectent pas leur parole. Donc il faut être très clair sur ses engagements. Montrer du sérieux sur les moyens et de la fermeté pour le but

TF1 News – Passons à la politique intérieure… L’accord Verts-PS ne plombe-t-il pas la campagne de François Hollande ?

Non. Dans une période de crise, par rapport à un président sortant, il faut montrer qu’il y a une majorité alternative possible. Sinon, les Français hésiteront à faire le pas. Au-delà des aléas qui sont pour moi secondaires, cet accord montre que les socialistes et les Verts pourront gouverner ensemble. Ils ont des désaccords, ils en auront, la belle affaire ! Ce n’est pas la première fois, ça nous est arrivés pendant la gauche plurielle. Ca nous a pas empêché d’avoir un gouvernement avec Jospin plus qu’honorable.

Maintenant sous la Ve République, le président va au-delà de son propre camp. Donc il ne peut pas être prisonnier d’un accord politique. Evidemment, cette question ne se pose pas à l’UMP puisqu’ils n’ont pas de programme ni à Bayrou puisqu’il s’accorde avec personne.

TF1 News – Mais François Hollande se fait pilonner à cause de cet accord…

La droite nous aurait pilonnés de toutes façons. Pour éviter que l’on parle de leur bilan, ils sont prêts à tout.

TF1 News – Et comment réagissez-vous aux attaques de Jean-Vincent Placé et de Jean-Luc Mélenchon contre François Hollande ?

Jean-Vincent Placé ne peut pas être plus sévère avec François Hollande qui exerce sa présidentialité qu’avec Eva Joly qui cherche à l’exercer. Mais je voudrais dire aux Verts et au Partie de Gauche : vous jouez le mauvais remake de 2002. Arrêtons la cour de récréation et hissons-nous à la hauteur des défis de l’Histoire. Je suis confiant, nous allons le faire ensemble !

TF1 News – François Hollande n’est-il pas un peu seul face aux attaques de la droite ? Que dites-vous aux socialistes ?

C’est le propre des vieilles troupes. Elles ne tremblent pas sous la mitraille et se mettent à marcher quand le général l’a décidé (rires).

TF1 News – Mais les élus sont peu mobilisés…

On est en ce moment dans une phase un peu particulière de désignation des candidats aux législatives, c’est un grand classique au PS. Mais ca n’empêche pas de monter au front, comme je le fais.

TF1 News – La bataille de 2012 va être dure, selon vous ?

J’ai toujours pensé que le combat serait difficile. Car le rejet est grand dans le pays mais le trouble aussi. Et les Français sont perplexes à la possibilité de faire autrement. Il faut être clair, il existe un autrre chemin que l’impasse Sarkozy. Ne nous trompons pas, au delà des mots sur le chômage, la crise ou la sécurité, Nicolas Sarkozy est dépassé : la gauche va s’imposer pour redresser le pays.

Par Renaud Pila le 29 novembre 2011

Les commentaires1 Commentaire

  1. topaz dit :

    « Le rejet est grand dans le pays mais le trouble aussi ». Ces quelques mots résument la situation. Il n’existe pas de stage de formation au métier de président de la République. Dommage pour François Hollande.