2012 : l’année de tous les dangers

par · 3 janvier 2012

Lorsque l’on observe les conflits, défis et périls de 2012, on est un peu interloqué.
D’abord, en cette date anniversaire, il y a l’avenir de l’euro. Non que celui-ci soit, à court terme, menacé d’explosion mais faute de croissance, l’implosion est en marche. Par ailleurs il est peu probable que la Chine et les USA acceptent sans réagir un euro sous évalué puisque, pour les anglo-saxons, l’euro est la monnaie de trop.
De même, les chinois ne peuvent tout à la fois accepter les hausses douanières et la baisse monétaire. A la veille du changement d’équipe post-congrès du PCC, ceci ne peut-être sans conséquence.
Mais l’Europe n’est pas au bout de ses peines. L’entêtement de la droite allemande à ne pas vouloir transformer la BCE en banque centrale, l’hystérie « austéritaire » de cette dernière conduit l’Europe à la ruine et l’axe franco-allemand à la réorientation ou à la confrontation. La tendance – pour complaire aux opinions – à la désolidarité européenne, nationale voire régionale, annonce les risques de la désintégration. La croissance émolliente, le chômage de masse, les poches de pauvreté au sud et l’accroissement des inégalités au nord vont être le vecteur du retour du social. Il est peu probable que nous assistions à une explosion continentale.
Mais, nous sommes arrivés à la limite de l’acceptation sociale qui va sans nul doute entraîner grèves à répétition, mouvements sociaux rampants, désobéissances. Une crise des ciseaux qui facilitera la montée des nationaux populistes et la droitisation des droites. D’autant que l’automne islamiste dans le Maghreb et au Machrek a de quoi affoler les opinions publiques occidentales.
La peur que la révolution démocratique se transforme en succès des barbus avant une hypothétique révolution des foulards est une faute politique, mais elle demeure une réalité de l’imaginaire européen. L’Egypte semble le maillon faible de la confrontation tripartite que nous annoncions aux premiers jours de la révolution : la rue, les frères musulmans et l’armée. Et il est peu probable que ce pays clé retrouve de la stabilité dans l’immédiat. Ceci sous le regard discret mais courroucé de l’Arabie Saoudite qui voit d’un mauvais oeil la montée des frères et soutient des salafistes. Ce qui provoque surenchère et compétition sous la loupe de la télévision du Qatar qui joue les trouble – fêtes. Alors que la Turquie hésite entre sa stratégie « zéro problème de voisinage ou puissance régionale », ce qui ne peut qu’engendrer des soubresauts.
La France de Sarkozy a bêtement coupé les ponts avec l’affaire arménienne, mais c’est l’escalade israélo-iranienne qui va structurer la tension. Alors que l’Irak post -américaine n’est toujours pas stabilisée. La guerre nucléaire est improbable mais le statu quo, impossible. Nous allons donc flirter avec le risque suprême. La menace de fermer le détroit d’Ormuz par l’Iran, déclaration de guerre et l’envol du prix du pétrole n’est pas certaine mais demeure une menace réaliste.
La dissémination du nucléaire militaire au Pakistan, en Corée, etc. pour des pays comme l’Iran mais aussi le Brésil, le Venezuela de Chavez à la veille d’élections sera, avec le terrorisme, de toute nature fusionnant ainsi avec la grande criminalité (drogue, arme, piraterie), un facteur de tension invisible. Ceci, en pleine campagne électorale américaine, où les surenchères des républicains contre les palestiniens et l’Iran transformeraient les néo conservateurs américains en colombes. Que ceci fasse oublier l’échec économique de Barack Obama et facilite sa remontée dans les sondages ne change rien à l’affaire. Les Etats-unis sont à l’aune du monde occidental contestés, relativisés, et incapables de faire face aux défis de la décennie : économiques, écologiques, et géostratégiques (les émergents placent 2 pays dans les 6 premières puissances : la Chine et le Brésil).
Déstabilisation et tension donc au Moyen Orient alors que la Syrie vit une guerre civile qui ne dit pas son nom et que son principal allié, la Russie, va vivre une présidentielle chaotique. Le régime de Poutine ne sortira pas indemne de la confrontation avec une opposition disparate. Mais on sait que la contradiction principale se situe – comme le redoutait Poutine – au sein de l’oligarchie russe. Une nouvelle époque russe commence avec de brusques ruptures, ce qui aura des conséquences sur les marches sud orientales de l’empire et à l’ouest en Biélorussie, en Ukraine entre ouverture européenne et fermeture.
L’arme du gaz pour Poutine ? Cela, en prend le chemin.
Il est peu probable que l’Iran, coincée, la Russie, secouée, la Chine, prudente, préside à la stabilité de l’Afghanistan. D’autant que le Pakistan va vivre des présidentielles où, pour la première fois, le complexe militaro-islamiste pakistanais est mis en cause sous le regard soupçonneux de l’Inde où le Parti du Congrès au pouvoir est déchiré par les affaires et où le pro – occidental Rahul Gandhi tarde à s’imposer.
Le Japon, hyper endetté, n’arrive pas à se remettre de ses catastrophes climatiques et hésite entre son alliance pacifique et son tropisme asiatique. D’autant que la militarisation de la Corée du nord de Kim Jung, il a peine tenu en laisse par la Chine, pousse l’empire du soleil levant à se rapprocher de celui du milieu. Mais ce qui écrasera tout, c’est la crise économique et financière. Longtemps, l’Asie, le moyen-orient et les émergents ont cru qu’il s’agissait d’une crise du seul monde occidental. Les conséquences se font sentir tant du point de vue du ralentissement économique des échanges que du protectionnisme rampant qui ne dit pas son nom.
L’OMC est définitivement en panne. Les égoïsmes nationaux font leur retour. La communauté internationale n’a plus de communauté que le nom. Il suffit de voir son inaction dans la Corne de l’Afrique à l’occasion de l’épouvantable famine ou encore de l’échec du dernier sommet climatique de Durban. Même désintérêt pour les tensions de plus en plus violentes inter-ethniques en Afrique où les élections ne sont qu’un « moment de ces combats ». Le tout étant arbitré par d’anciennes colonies, en fonction de leurs intérêts économiques.
Si la communauté internationale a sauvé l’honneur en Libye, détournant les yeux lors de l’assassinat du tyran Kadhafi, elle fait toujours mine de ne pas voir que des milliers d’armes ont filé vers le Sahel où Al Qaida au Maghreb islamique prospère à coût d’enlèvements et monte une petite armée conséquente. L’année sera donc tout sauf un fleuve tranquille. Elle nécessite hauteur de vue, discernement, patience et surtout, une vision pour un nouvel équilibre mondial. Car, c’est l’année de tous les dangers.

 

Les commentaires2 Commentaires

  1. topaz dit :

    Dans un précédent temps socialiste, le tempo était limpide. Là, nous avons du mal à comprendre les temps de la mise en mouvement de François Hollande. Figure libre ou imposée (par qui ?), il a fait du chemin pour être candidat, certes, mais le candidat ne convainc toujours pas. Lever l’espérance, réconcilier les Français, faire mieux vivre la nouvelle génération … ce sont des gé-né-ra-li-tés, une ponctuation ou une conclusion, mais ce n’est ni la vision ni le langage d’un chef d’Etat. Il réfute la présidence de la parole, mais qu’il la prenne … la parole, avant le 22 avril, jour de tous les dangers.

  2. topaz dit :

    Sans en saisir toutes les finesses, votre synthèse du tour du monde des dangers est remarquablement écrite Camba. Vous devriez la publier à une plus large échelle et faire en sorte que votre candidat s’en fasse l’écho …

    (chaotique – les tensions – point de vue)