Intervention de Jean-Christophe Cambadélis au Bureau National du PS sur la Grèce

par · 15 février 2012

« Nous allons vivre la 3ème phase de la crise. Après la crise financière, la crise des dettes souveraines, la nuit d’émeutes à Athènes annonce la crise sociale, tant il est vrai que le chômage de masse et la récession, en France nous y sommes, va tenailler maintenant l’Europe.

26% de chômeurs en Espagne, 18% en Grèce, plus de 10% en France, c’est dans toute l’Europe la même litanie. Si l’Allemagne voit son nombre de chômeurs régresser, le nombre de chômeurs pauvres a augmenté, 70% et la classe moyenne est passée de 64% en 1999 à 59% aujourd’hui. (…) La potion Merkel affaiblit l’économie et anémie le social. Et pourtant la droite Allemande continue et continue encore, agitant l’épouvantail de la sortie de l’euro pour la Grèce.

Comme une menace à peine voilée à qui refuserait de voter le nouveau traité européen. Philipp Rösler, ministre de l’économie, ou Guido Westerwelle des affaires étrangères ont sonné la charge contre les demi-mesures Grecques. Même le pro-européen Wolfgang Schäuble a déclaré « la Grèce c’est plus compliqué que la réunification allemande ». La droite allemande veut ramener la Grèce aux années 1950.(…) Mais il y a derrière, ou sous couvert d’équilibre des comptes publics une libéralisation, sous contrainte, des économies européennes. La rigueur est aussi le paravent rhétorique d’une offensive dérégulatrice. Et ceci sous l’égide des ministres des finances dans l’euro-groupe, en dehors de tout contrôle voir débat parlementaire.(…)

Dans quelques jours nous allons avoir nous mêmes à voter la première partie du traité Européen portant sur l’instauration du mécanisme européen de stabilité. Piège juridique puisque ce fond ne donnera droit de tirage qu’a ceux qui auront voté le deuxième volet, dont nous disons que nous voulons le renégocier. Tout du moins le compléter, parce que nous le croyons insuffisant en terme de croissance, peu applicable en terme de contrainte, et vraiment pas démocratique en terme de contrôle. Nicolas Sarkozy n’engage pas la France car le Conseil constitutionnel le dira sûrement: il faudra modifier la Constitution. Et de toute façon il faudra une ratification. Mais c’est un piège politique parce que Nicolas Sarkozy, s’appuyant sur l’intransigeance actuelle de Mme Merkel, veut un faire un argument dans l’élection présidentielle. Il me semble peu conforme à nos engagements de voter pour. Il faudra adopter une position qui réaffirme nos principes et qui permette une renégociation. Nous serons observés, bien-sûr en France, mais dans toute l’Europe et particulièrement en Grèce. »

Les commentaires6 Commentaires

  1. Olivier Nimal dit :

    Monsieur le Député,

    Vous avez raison, ce texte est un piège :

    Un piège politique, pour les motifs que vous évoquez dans votre intervention, mais aussi parce qu’il soumettra les gouvernements aux décisions d’une institution extra-communautaire, le FMI.

    Le MES coopérera très étroitement avec le Fonds monétaire international (« FMI ») dans le cadre de l’octroi d’un soutien à la stabilité. Une participation active du FMI sera recherchée, sur le plan tant technique que financier. Il est attendu d’un État membre de la zone euro demandant l’assistance financière du MES qu’il adresse, lorsque cela est possible, une demande similaire au FMI.

    Un piège démocratique, car il donne naissance à une institution qui échappe à tout contrôle citoyen.

    Au sein du MES, les décisions seront prises par le Conseil des gouverneurs composé exclusivement des ministres des finances de la zone euro.
    Aucun veto n’est prévu, ni aucun contrôle des parlements nationaux ni du Parlement Européen sur ces ministres lorsqu’ils agissent au titre de gouverneurs.
    De plus, ils jouiront en cette qualité d’une immunité totale leur permettant d’échapper à toute poursuite judiciaire.
    Pourtant, ils disposeront alors librement des caisses de l’État qui devra accéder de façon irrévocable et inconditionnelle à leurs demandes.

    Un piège économique, parce qu’il conditionne la solidarité européène à des politiques d’austérité et de libéralisation, dont on voit aujourd’hui les échecs, notamment en Grèce, et qu’il a pour but affiché la prise en charge de pertes privées par des fonds publics.

    Le conseil des gouverneurs peut décider d’octroyer une assistance financière sous forme de prêts à un membre du MES, dans le but spécifique de recapitaliser des institutions financières
de ce membre.

    Les temps difficiles que nous traversons et les prochaines échéances électorales vous appelent à une prise de position claire, qui doit renforcer votre crédibilité dans votre combat pour le changement, le rassemblement et la justice.

    L’abstention n’est pas une prise de position.

    Aussi, je vous demande de voter NON à ce texte, et de convaincre vos collègues d’en faire de même, au nom des valeurs républicaines qui nous rassemblent.

  2. Catherine Leclerc dit :

    Cher député,

    C’est comme administrée de votre circonscription que je souligne cette phrase dans votre analyse : « Piège juridique puisque ce fond ne donnera droit de tirage qu’a ceux qui auront voté le deuxième volet, dont nous disons que nous voulons le renégocier ». Je suis entièrement d’accord avec vous. Non seulement, c’est un piège juridique, mais je porte aussi votre attention sur la privation à venir de notre « souveraineté en matière budgétaire et fiscale », comme le souligne Marie-Caroline Porteu dont je partage l’analyse. J’ose espérer que vous voterez contre et que votre statut de secrétaire national du ps à l’Europe incitera vos collègues à suivre votre exemple. Bien à vous. Catherine Leclerc

  3. Christian Normand dit :

    Il y a besoin de clarté ! Renégocier le traité Merkozy, c’est voter Non au mécanisme européen de stabilité ! Sinon on ne sera pas compris. Voter non c’est voter pour de vrais mécanismes européens de soclidarité.

  4. Sophie dit :

    Oui Mr Cambadelis, vous serez observés le 21 février : une abstention lors du vote sur l’adoption du MES reviendrait à laisser la droite décider pour tous ; Nous vous demandons aujourd’hui de ne pas capituler devant ce que veut instaurer cette droite libérale dont nous sommes trés éloignés.
    Il ne suffira pas d’une abstention cette fois, c’est un vote « Non » que le peuple de gauche vous demande.

    cordialement. Sophie HERVE.

  5. Marie Caroline Porteu dit :

    D’une manière générale et synthétique ..

    Ce texte est mortifère pour notre démocratie .. il s’agit donc simplement de le rejeter en l’état actuel pour se donner le temps de trouver des solutions qui soient conformes à nos principes :

    Séparation des pouvoirs
    Egalité du citoyen devant la justice
    Souveraineté en matière budgétaire et fiscale .
    Indépendance Européenne .. (le texte soumet les octrois à l’accord du FMI ) ..

    La précipitation n’est en aucun cas de mise … et l’abstention non plus .. puisqu’elle consiste à accepter que l’omerta et le secret prennent le pas sur la transparence , indispensables dans ce genre de débats .

    La révolution Française a donné naissance à des textes qui ont inspiré toutes les démocraties du Monde occidental . Ce texte ne fait rien d’autre que de rétablir des privilèges qui avaient été abolis par cette Révolution ..

    Gardons au moins la mémoire de qui nous sommes !!!! …

    L’abstention ne peut être une solution car les députés qui représentent ces principes sont là grâce à eux … C’est aussi de leur avenir dont il s’agit . Si les décisions se prennent dans d’autres cénacles non élus , ils n’ont plus aucune justification .

    Et sur le sujet , on ne peut que reprendre le commentaire de Jacques Généreux ..

    Pourquoi Jean-Luc Mélenchon dénonce-t-il une ratification «en catimini» ?

    La procédure retenue permet à ce mécanisme d’échapper au débat public. Le peuple n’est pas consulté alors que l’on s’apprête à constitutionnaliser – puisque les traités sont supérieurs au droit national – un traité qui oblige à pratiquer un type particulier de politique comme condition à la solidarité financière.

  6. topaz dit :

    Nicolas Sarkozy est candidat. Ce n’est pas un scoop. Ce qui étonne, mais leur positionnement les rend probablement moins objectifs, c’est la réaction orientée et sélective des journalistes politologues dans les commentaires. Se superpose-t-elle au ressenti des Français ? On ne peut pas comparer 10 minutes de TF1 à 1h30 du Bourget.
    Dès la première phrase le décor est planté en plaçant le curseur au bon endroit : une France forte dans l’Europe et dans le monde du XXIe siècle. Une France-bouclier aux problèmes quotidiens des Français, une France qui ne renonce pas dans la nouvelle donne mondiale, le devoir d’un langage de vérité difficile à entendre mais facile à comprendre. Une thématique à la DSK. Nous ne regretterons jamais assez dans l’histoire de Ve République ce duel manqué de deux personnalités de valeur qui veulent, chacune à leur manière, le meilleur pour leur pays.