Cinquantième anniversaire des accords d’Evian: le vrai faux cessez le feu

par · 19 mars 2012

Nous célébrons ou nous nous souvenons, c’est selon, de ce mois de mars 1962 où prit fin la Guerre d’Algérie. Une guerre que la France eut longtemps du mal à nommer.

Les « événements » qui justifièrent d’abord une « opération de maintien de l’ordre » à une guerre quasi totale : guerre civile entre militants algériens du MNA et du FLN, rébellion dans l’armée, crise de régime puisque que la Quatrième république céda la place à la Cinquième dans des conditions qui s’apparentèrent à un coup d’Etat. Jusque dans le parti socialiste qui fut lui-même disloqué dans la tourmente.

Cette violence qui engloutit des milliers de vies : appelés du contingent, civils innocents, paysans des montagnes ou des plaines, était aussi la dernière ruade de cette puissance coloniale qu’était alors la France et qui devait se résigner à céder devant d’autres forces nouvelles.

Toute une génération politique connut son baptême du feu au rythme des bombes de l’OAS et des initiatives de soutien aux Algériens. Nostalgiques de l’Algérie française et partisans de l’indépendance, formeraient, dans l’Unef et ailleurs, des camps irréconciliables, s’affrontant dans les rues ou dans la presse.

Cette histoire douloureuse s’invite symboliquement dans le subconscient de la présidentielle. Les dossiers dans les magazines et les documentaires sont l’occasion d’une réflexion et si les candidats s’expriment peu, l’identité politique de la droite et de la gauche se révèlent. S’il n’y a aucune cérémonie officielle à échelle nationale, chacun se souvient à sa manière. Si la gauche entretient une mémoire tranquille, on sait qu’à droite, on entretient toujours un rapport ambigu à cette douloureuse période et que « ça ne va pas de soi ».

Il y a ainsi toujours une controverse sur la date de commémoration de la fin de cette guerre. Si les discours de Sarkozy contre la « repentance » n’aident pas, le travail d’historiens comme Benjamin Stora qui restituent une mémoire blessée sans procès posthumes ni tabous est admirable.

C’est peu de dire que les accords d’Evian sont un vrai faux cessez le feu ou, que la guerre qui a touché le pays entre Sétif en 1945 et l’indépendance en 1962, bien qu’elle soit terminée, il reste encore, pour reprendre le titre du film de Serge Moati, « des feux mal éteints ».

Depuis, la relation entre la France et l’Algérie a su trouver des points d’appui sur le plan commercial et énergétique. Quand il s’agit de faire des affaires, on trouve toujours moyen de s’entendre !

L’Algérie d’aujourd’hui a tourné la page même si le pouvoir politique puise parfois dans cette histoire pour sa propagande, la réinvention d’une relation franco algérienne est à l’ordre du jour. Le prochain président devra en être l’artisan. Deux peuples proches que même la mer ne sépare pas, doivent vivre cette fraternité. C’est un des éléments d’une politique euro méditerranéenne au service du développement solidaire et de la démocratie.