Interview dans Marianne: Cambadélis réplique à Buisson

par · 25 mars 2012

Marianne: Le conseiller spécial Patrick Buisson, qui inspire la campagne de Nicolas Sarkozy, a donné une longue interview au Monde où il explique, notamment, que les estimations de second tour sont « fondées sur du sable »…

Jean-Christophe Cambadélis: Parce qu’elles le dérangent et révèlent la faiblesse de sa stratégie. Au second tour, Sarkozy subit un double rejet interclassiste, celui qui frappe sa personne et celui qui réfute sa ligne politique de premier tour. Cette dernière lui permet d’éviter la chute, mais l’empêche de rassembler. Le général de Gaulle parlait aux Français, Nicolas Sarkozy ne parle qu’à la droite ! On ne peut pas tout concentrer contre l’immigration, les chômeurs délinquants, l’Europe de Schengen, et espérer ensuite être applaudi par les centristes !

Marianne: Mais pour Buisson, Hollande n’aurait qu’un seul moteur, l’antisarkozysme, qui commence même à avoir des ratés…

JCC: Hollande est le seul à pouvoir battre le sortant, et il est l’homme du changement tranquille. Il vit du rejet de Sarkozy, d’un côté, et de son projet, de l’autre. Mais ce que ne peut comprendre Buisson, c’est que la France n’est pas à droite, comme il la fantasme: il mythifie le peuple, qui serait celui des années 50, contre des élites cosmopolites. Mais ce peuple a changé, il est devenu métissé et non pas chauvin, voire xénophobe. Il prétend encore qu’en 2007 Nicolas Sarkozy avait gagné sur cette martingale. C’est un non-sens: sa victoire s’était construite sur le « travailler plus pour gagner plus », une promesse de croissance et de redistribution, ainsi qu’un engagement de rupture avec Chirac. Il avait dérobé à la gauche la rupture et le social. Cette fois, le feu sacré, c’est la gauche qui l’a !

Propos recueillis par Nicolas Domenach