Interview pour francesoir.fr: « La poussée de Mélenchon, c’est plutôt positif »

par · 28 mars 2012

Jean-Christophe Cambadélis a répondu aux questions de francesoir.fr. Vous trouverez ci-dessous l’interview et un extrait en vidéo en cliquant sur ce lien.

France-Soir Après avoir longtemps fait la course en tête, François Hollande semble à la recherche d’un second souffle…

Jean-Christophe Cambadélis Cela fait des mois qu’on nous annonce qu’on est au creux de la vague, c’était déjà censé être le cas après la fin des primaires…Au contraire, je trouve le score de François Hollande au premier tour (28%, NDLR) plutôt encourageant à trois semaines du scrutin. Même si, évidemment, une élection n’est jamais jouée d’avance. C’est un combat de tous les jours. Il y a les électeurs « solides », qui sont convaincus depuis le début par l’offre socialiste, mais aussi les « fluides », qui hésitent encore et qui se décideront en fonction des événements.

F-S. Pourquoi appelle t-il maintenant au vote utile ?

J-C.C. Pour éviter que les électeurs se disent: c’est bon, il a gagné, donc on peut aider un plus petit candidat.

F-S. Robert Rochefort, vice-président du MoDem, estime que Jean-Luc Mélenchon est « un caillou dans le soulier de Hollande »… Sa montée vous inquiète-t-elle ?

J-C.C. Pas du tout ! Jean-Luc Mélenchon ramène dans l’espace d’une gauche de gouvernement des électeurs qui s’en étaient peut-être éloignés. Donc c’est plutôt positif, d’autant plus qu’ils se reporteront certainement sur Hollande au second tour. D’une part, parce qu’ils ne peuvent pas concevoir 5 ans de plus avec Sarkozy, d’autre part, car les idées radicales de confrontation frontale avec le capitalisme trouvent un écho dans notre programme.

F-S. Nicolas Sarkozy ne met-il pas François Hollande en difficulté en jouant la carte de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme ?

J-C.C. Il tente d’utiliser le thème de la sécurité pour deux raisons : éviter qu’on parle de son bilan et siphonner les voix du FN. Cette orientation est tellement droitière qu’elle fait peur à l’électorat centriste, ce qui le privera des voix de François Bayrou au second tour. Il ne récoltera pas non plus les suffrages des électeurs de Marine Le Pen à cause du rejet très fort autour de sa personne. C’est un peu comme si Philippe de Villiers se retrouvait au second tour : la défiance des Français se porterait à la fois sur l’homme et sur le programme.

F-S. Olivier Besancenot a mis en garde la gauche en affirmant qu’elle perdra si la campagne électorale n’a lieu que sur la question de l’insécurité. Vous prenez cet avertissement au sérieux ?

J-C.C. Il faut traiter le thème de l’insécurité à sa juste place. C’est comme dans un examen : il ne faut pas faire d’impasse. Mais les Français sont d’abord préoccupés par la question du logement, de l’éducation ou du chômage.

F-S. Y aura t-il un avant et un après Toulouse ?

J-C.C. Oui, car les Français ont été choqués par l’assassinat des jeunes militaires et des enfants juifs. Mais je ne crois pas que ce drame aura un impact électoral, bien que Nicolas Sarkozy ait tenté de l’instrumentaliser. Les Français font la part des choses. Ils peuvent juger que Sarkozy et Hollande ont été bons, sans que la campagne se réaxe autour du thème de la sécurité.

F-S. Le gouvernement a t-il négligé le risque terroriste ?

J-C.C. J’espère que non, mais force est de constater qu’il y a des zones d’ombres. On peut se demander pourquoi un jeune homme qui fréquente des islamistes et séjourne en Afghanistan et au Pakistan n’ait pas été suivi de plus près. Cette affaire doit conduire à une réflexion pour comprendre ce qui s’est passé, sinon on prend le risque que ça se reproduise.

F-S. Certains jeunes des cités sensibles semblent vouloir ériger Mohamed Merah en héros…

J-C.C. Ce genre de réactions est inéluctable: il y a des formes d’adhésion à tout. Mais cela reste assez résiduel. En tout cas, ce ne sont pas les débordements qu’on nous avait promis…Il faut faire très attention aux généralisations.

F-S. Marine Le Pen affirme que si elle était au pouvoir, Mohamed Merah n’aurait pas obtenu automatiquement la nationalité française…

J-C.C. Mohamed Merah est né en France. Marine Le Pen propose t-elle un dépistage criminogène de l’embryon ? Tout cela n’a aucun sens.

F-S. La chaîne Al-Jazeera a finalement décidé de ne pas diffuser la vidéo des tueries. C’est un soulagement ?

J-C.C. Absolument. La France ne peut en aucun cas tolérer l’apologie de crimes racistes et antisémites.

F-S. L’homme d’affaires Ziad Takkiedine votera François Hollande pour « nettoyer la saleté de la mafia de la République ». Cela vous surprend ?

J-C.C. Il sait peut-être de quoi il parle (rires). Je crois que c’était un ami de Jean-François Copé (secrétaire général de l’UMP, NDLR). Ils se sont peut-être fâchés…

F-S. François Bayrou affirme être le seul capable de battre François Hollande. Que lui répondez-vous ?

J-C.C. Que cela montre là où il est vraiment, c’est à dire à droite.

F-S. L’élection de Macky Sall au Sénégal marque t-elle le début d’une nouvelle ère en Afrique ?

J-C.C. C’est un soulagement, car des élections qui ont commencé dans le sang se terminent par une attitude positive du président sortant Abdoulaye Wade. Mais presque en même temps, le coup d’Etat de quelques soldats a suffi à renverser le président Touré au Mali…L’Afrique de l’ouest est encore partagée entre les événements positifs et négatifs.

F-S. Serez-vous le prochain patron du PS ?

J-C.C. C’est un peu tôt pour en parler, même si j’ai ma petite idée sur le sujet (sourire).

Les commentaires3 Commentaires

  1. topaz dit :

    Assez d’accord avec Sandrine. La poussée de JL Mélenchon illustre le fait que F. Hollande ne capte pas un certain électorat de gauche, un électorat qui est solide et pas fluide, donc qui compte car susceptible de ne pas changer d’avis, donc possiblement de s’abstenir. On a beaucoup assimilé dans la primaire et le début de campagne F.Hollande à une ligne floue. Dans la finale de cette campagne il n’est pas assez concret, précis. Il doit jouer cette carte de prise de risque, être plus audacieux, plus convainquant, plus percutant. Il est trop dandy. Si Sarkozy joue sur les peurs, lui joue trop sur les mots. Il doit frapper fort pour convaincre qu’il est apte au job et annuler l’image de ce manque d’expérience qui lui colle à la peau.

  2. Bonjour Mr Cambadelis,

    Je comprends tout à fat votre position mais quand vous dites, lorsque vous parlez de la montée dans les sondages de Mr Mélenchon, « c’est plutôt positif, d’autant plus qu’ils se reporteront certainement sur Hollande au second tour », ne pensez-vous pas que ces électeurs du Front de gauche n’aient pas nécessairement l’envie ou les convictions de voter pour Mr Hollande ?

    Et que, par conséquent, ils préfèreraient s’abstenir plutôt que de voter utile… Certaines personnes dans mes relations le pensent en tous les cas bien que cela puisse paraître surprenant à bien des égards.

    Cordialement,

    Sandrine

  3. Patrick P. dit :

    Certes, le candidat Mélenchon fait le job à la gauche de la gauche. Mais la couleur rouge-verte de ses derniers tracts pose question. La « planification écologique » dont il se réclame est davantage une formule à l’emporte-pièce qu’un programme politique sérieux. Héritiers (comme les Socialistes) de la SFIO, les Communistes français méritent mieux que cet amalgame idéologique de circonstance. A trop vouloir couper l’herbe sous les pieds de la candidate écologiste, le Front de Gauche risque bien de se prendre les pieds dans le tapis.