Interview dans Le Parisien: « On ne peut pas laisser Sarkozy en tête au premier tour »

par · 31 mars 2012

Quelle attitude le PS doit-il tenir face à Mélenchon, qui monte dans les sondages au détriment de François Hollande ?

Le problème du moment, c’est moins la progression de Jean-Luc Mélenchon que celle de Nicolas Sarkozy. Je lance donc un appel à l’ensemble de la gauche: on ne peut pas laisser Sarkozy en tête au premier tour, c’est prendre trop de risques pour le second. La remontée du président sortant, qui grappille des voix à Marine Le Pen est une donnée nouvelle que chacun doit analyser. Je pose la question aux Français: l’important dans cette élection est-ce de pousser un cri ou de pousser Sarkozy dehors ? Voter pour Jean-Luc, c’est manifester une radicalité, un enthousiasme, une combativité, mais malgré tout son talent, il n’est pas en situation ni d’être au second tour, ni de battre Sarkozy.

Pourquoi ?

Parce que tout n’est pas possible ! On ne peut pas, comme il le fait dans son programme, nier la crise et la facture que nous laisse Sarkozy. Il faut hiérarchiser les priorités. C’est ce que propose François Hollande: d’abord, redresser le pays pour pouvoir redistribuer dans la justice, ensuite.

Hollande pourrait-il reprendre une partie des propositions de Mélenchon ?

Contrairement aux écologistes, les communistes n’ont jamais voulu signer de programme commun depuis 1974. Il n’y en aura donc pas.

Pour Mélenchon, cela revient à une « capitulation sans conditions »…

Le problème n’est pas de dire, c’est à prendre ou à laisser. Si Mélenchon voulait un programme commun, il fallait le proposer comme les écologistes avant la campagne. Les communistes n’ont jamais posé de préalable, ni souhaité que les socialistes en posent pour se désister.

Le candidat du Front de gauche n’épargne pas les socialistes. Faut-il lui répondre ?

Il a des formules abruptes, inutilement blessantes. Mais à aucun moment Hollande, ne suivra Mélenchon, pas plus que Sarkozy, Fillon ou Le Pen dans la surenchère et la polémique. Avec Jean-Luc, nous avons des débats, mais nous partageons le même combat: battre Sarkozy, car aucune revendication de gauche ne pourra être satisfaite s’il reste au pouvoir.

Mélenchon fait le plein dans ses meetings, on sent moins de ferveur chez François Hollande, comment l’expliquez-vous ?

Il y a autant de monde si ce n’est plus dans les meetings de François Hollande que ceux de Jean-Luc Mélenchon. Le rassemblement de la Bastille a fait son petit effet dans la campagne, tant mieux. Mais François Hollande, lui, fait une campagne de rassemblement, pas de rupture. Il la mène avec un très grand sang froid en restant sur sa ligne. Il ne fait donc pas de tournant sécuritaire, parce qu’il y a eu des événements dramatiques dans le pays. Pas plus qu’il n’avait fait de tournant pro-Bayrou, quand celui-ci était en dynamique dans les sondages. Il ne fera donc pas de tournant parce que Mélenchon est à 13%.

Hollande est-il encore le favori ?

Evidemment. En face de nous, il y a président sortant, incohérent, vindicatif et brutal, qui se dérobe à son bilan, comme à son programme. François Hollande, lui, a fait ses propositions et veut incarner le changement tranquille. Il reste le mieux placé au second tour. Mais il n’est pas à l’abri d’une combinaison politique qui verrait Sarkozy virer en tête au premier tour et accueillir le ralliement de Bayrou ou d’autres…

Propos recueillis par Mathieu Croissandeau

Les commentaires3 Commentaires

  1. Bobditlane dit :

    Le résultat des élections sera ce que les citoyens auront voulu qu’il soit: si le message est clean, Hollande à ses chances…et M. Sarkozy, au vue des casseroles que lui et son clan trainent, fera ses valises sans bruit! L’omniprésence de celui-ci dans les médias (Que fait le CSA? En RTT?!), assourdissante pour les autres candidats, témoigne d’une inquiétude quant à ses chances de réussite! Si, par contre, le soir du 6 mai on en prend encore pour 5 ans, notre douce France, proie des argentiers, ne sera plus que l’ombre historique d’elle même: Voulus et organisés dans les couloirs de l’Europe des marchés à fin de créer des conditions de dépendance des peuples, la dette et le chômage augmenteront…et notre modèle social volera en éclat! Ainsi, à moins d’une révolution (mais ça c’est une autre histoire), nous rejoindrions les peuples de Grèce et bientôt d’Espagne, otages des puissances financières, à taux pleins et sans rachat possible! D’ailleurs, on peut affirmer ceci: si en 2012 le nouveau président français, de droite ou de gauche, ne met pas un frein aux dictats de la mondialisation, sera venu le temps d’une autre « occupation », cette fois sans zone libre!

    Bobditlane

  2. topaz dit :

    Hélas, « le changement tranquille » ne colle pas vraiment avec la France en ébullition de 2012. C’est bien là tout le problème.

  3. topaz dit :

    A si brève échéance du 22 avril 2012, on ne comprend toujours pas comment DSK a pu décevoir tant de Français qui l’attendaient, qui l’espéraient, qui avaient confiance en lui. Il avait envoyé des signaux, il leur devait de privilégier la vie publique et d’être vigilant sur sa vie privée, d’anticiper (c’est un mot qu’il aime bien) et de corriger ses faiblesses. Il aimait à dire « en politique quand on perd, on perd tout ». Il a perdu sans que la politique en soit la cause. C’est rageant, et lui doit enrager de tout ce gachis.
    Camba, vous pouvez censurer, mais DSK existe, on ne peut pas le gommer d’un trait de plume, et nombre de Français pensent à lui, à gauche, à droite, au centre, au président qu’il aurait pu être, qu’il aurait dû être. Après le retrait brutal de Lionel Jospin en 2002, ils ont un peu l’impression qu’on les a abandonnés une seconde fois.