Sarkozy: l’homme que la France aime détester

par · 24 avril 2012

Nicolas Sarkozy s’est imposé contre un Chirac vieillissant, forçant le destin, en faisant du ministre de l’Intérieur un homme médiatiquement à poigne. Sa popularité, il va la construire contre Chirac/Villepin… Mais il est déjà détesté pour ses shows, ses coups de poing médiatiques, ses phrases a l’emporte-pièce. Personnage changeant qui déroute, caricature qui semble constamment contenir une agitation intérieure donnant à sa silhouette une oscillation de la tête aux pieds, celle-ci faisant d’ailleurs le délice des imitateurs.

Joueur de poker qui sait bluffer, il semble capable de défendre toutes les thèses, et en endosser aucune. Il se construit une nouvelle réputation en dérobant à la gauche la rupture avec Jacques Chirac. Elu Président, il ruinera celle-ci en une semaine, fêtant son succès au Fouquet’s, se reposant sur le yacht d’un milliardaire, décrétant l’ouverture à gauche, tout en imposant un bouclier fiscal pour les riches. Il conclura la séquence par une romance avec un top modèle. Il se rêvait le Kennedy français, le voilà Nixon. Il va fermer la porte à chaque segment de l’électorat qui l’a fait élire. C’est le retour du désamour, du rejet, de la colère, voire parfois de la haine. Il fit l’école buissonnière, qui lui vaudra un renvoi.

Puis ce fut un errement, un naufrage économique et social. Il se voulait le porteur de la valeur travail, il symbolisera, il incarnera le chômage. C’est l’homme du chômage. Il se jettera dans les bras d’Angela Merkel pour éviter la banqueroute. Il deviendra « Merkozy » l’image même de l’austérité et de la récession, pour tout dire de la désolation en Europe. Il ratera les révolutions du monde arabe, tout en gommant cette bévue par l’intervention en Libye. La France ne se reconnaît déjà plus en lui. Elle a même parfois honte de ses outrances. Arrogance, violence verbale, incohérence et la crise va tout accentuer, tout cristalliser. Il a attendu l’élection présidentielle comme une délivrance, comme un renouveau, comme un moyen de renouer dans la comparaison avec un autre qu’il sous-estime. Mais la France n’en veut plus. Alors il s’est pris à rêver de renverser le cour de l’Histoire, de construire la légende du retour. Il en appelle au peuple, à la France profonde.

Il va chercher à l’extrême droite des accents populistes, la banalisation frontiste. Aussi inconséquent que méprisant pour la démocratie, il ruine son avantage: avoir réduit le Front National… Petit à petit et très tôt, celui qui devait faire dix ans a construit l’idée qu’il fallait qu’il s’en aille. La droite est majoritaire bien que divisée. Mais le sentiment dominant dans toutes les couches de la société, c’est que cela ne peut plus, ne doit plus durer. Il voulait être admiré pour son esprit de conquête, son quinquennat sera l’histoire d’un rejet. Il n’a pas compris que par ses fautes et ses turpitudes, il a depuis des années noué une étrange relation avec les français: la France aime le détester.

Les commentaires3 Commentaires

  1. Goarant dit :

    Il y a tout de même un point que je n’ai entendu personne souligner: le score de Marine Le Pen est lié directement à la stratégie de N. Sarkozy de « faire le plein » dès le 1er tour. En 2002 et en 2007, des partis « parasites » du FN (Chasseurs, B. Mégret, Boutin, de Villiers), plus ou moins encouragés par l’UMP avait servi de « réceptacle » à des électeurs aux frontières de l’UMP et du FN.

    Imaginons que C. Boutin ait eu ses 500 signatures, et/ou que le CPNT ait présenté un candidat. Nicolas Sarkozy y aurait sans doute laissé quelques plumes, mais le FN aussi, et surement dans des proportions non négligeables! 3 ou 4 points pour le FN, et il aurait pu descendre sous les 15%. Les « commentateurs » se seraient alors exclamés « Marine ne fait pas mieux que Jean-Marie ».

    L’offre électorale « restreinte » de la Droite au 1er tour entraine, à mes yeux, un effet déformant du vote FN. Souligné par peu de monde visiblement.

  2. JEAN dit :

    Le nouvel obs nous apprend les raisons de l’énervement qui bouffe NS: le troisième tour judiciaire qui l’attend sitôt son immunité pénale levée dans 2 affaires très risquées pour lui bettencourt et karachi.C’est sur qu’il va être entendu par les juges et sans immunité il devra s’expliquer.depuis la condamnation de chirac les juges agissent et le fait que de maistre ultime fusible avant d’arriver à NS soit tjs en détention sème une grosse panique à l’ump et chez NS.Cela explique grandement son visage plongé dans la peur, car il sait qui s’est passé durant ces 5 ans et comment les investigations ont été freinées.
    on comprend et je vous le dis depuis longtemps dans cet espace pourquoi NS est aussi nerveux et stressé, ses soucis sont à des années lumière de la farnce qui souffre, des sans grades et autres foutaises…mais lorsqu’il dit aidez-moi c’est un cri de désespoir, un appel au secours il devrait dire aux électeurs de france immunisez-moi, je vous en supplie..NS a très peur car il pense que les juges maltraités pdt 5 ans vont se venger dès qu’il deviendra un justiciable comme les autres.Les électeurs le 06 mai doivent aussi penser à ne pas entraver par leur vote le cours de la justice en octroyant une immunité pénale de 5 années supplémentaires à personne surtout dans karachi avec ses 15 morts dont 11 français.
    Donc ceux qui souffrent, les sans grade et consorts resteront longtemps ainsi en cas de victoire de NS, car pour lui l’enjeu est bien ailleurs.

  3. Indiana dit :

    « La France aime le détester ». L’antonymie devenait inévitable : on commence par vouloir nettoyer au karcher, et on se prend la vague en pleine face ! Sans consentement mutuel, le divorce devrait être prononcé le 6 Mai 2012 !