France, Otan, ONU… Quelles nouvelles relations ?

par · 22 mai 2012

Face-à-face entre Jacques Fath, responsable des relations internationales du PCF, et Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national du PS à l’Europe et aux relations internationales.

Le retour de la France dans 
le commandement intégré 
de l’Otan a entériné la rupture atlantiste voulue par Nicolas Sarkozy. Faut-il, aujourd’hui, en sortir ?

Jacques Fath. Oui. C’est un engagement du Front de gauche et une exigence de longue date pour notre parti. On voit bien à quoi sert l’Otan aujourd’hui, quand on se souvient que cette « normalisation atlantiste » choisie par
 Nicolas Sarkozy s’est accompagnée d’une insertion de la France dans les zones de guerre américaines : renforcement des troupes françaises en Afghanistan en 2008, installation d’une base militaire dans le Golfe arabo-persique, en face de l’Iran, guerre en Libye… Le nouveau concept stratégique de l’Alliance atlantique, c’est la logique de guerre sous domination américaine, érigée en pratique systématique de la politique internationale. Sortir de l’Otan et de son organisation militaire intégrée est d’autant plus nécessaire que toutes les guerres, conduites ou non dans ce cadre, sans rien régler des problèmes posés, ont eu pour conséquences des tensions nouvelles et de graves déstabilisations.

Jean-Christophe Cambadélis. L’urgence, c’est la sortie de l’Afghanistan, pas de l’Otan. Aujourd’hui, notre mission est terminée, il faut l’indiquer à Barack Obama. Cette autonomie de retour démontrerait une autre pratique au sein même de l’Otan. Il n’en reste pas moins que notre présence au sein de l’Alliance atlantique doit être mise sous surveillance. Nous avions contesté le retour dans le commandement intégré de l’Otan, jusqu’au dépôt d’une motion de censure défendue par Laurent Fabius. Nous plaidions alors pour un inventaire de notre place au sein de l’Otan. En 2009, Nicolas Sarkozy avait assorti ce retour dans le commandement intégré de promesses d’avancées sur « le pilier européen » de l’Otan. Il faudra voir comment les choses avancent sur ce sujet, comment les Américains conçoivent l’Otan. Il faudra aussi évaluer la capacité de cette structure à se réformer, car elle a aujourd’hui tendance à s’occuper de tout. Pour nous, le pilier des relations internationales reste l’ONU. Bien sûr, le Conseil de sécurité doit être réformé, les blocages relatifs à la Syrie le confirment. Mais l’Otan ne peut pas être cette structure occidentale venant se substituer aux Nations unies.

Le retrait des troupes françaises d’Afghanistan peut-il être effectif d’ici à la fin de l’année, comme 
l’a promis François Hollande, 
malgré les pressions américaines et
 les difficultés logistiques posées par 
le rapatriement du matériel militaire ?

Jacques Fath. Attention à ne pas jouer avec le calendrier. Les exigences
 logistiques ne doivent pas entamer la volonté d’un retrait rapide affichée par François Hollande. D’ailleurs, tout le monde est favorable à ce 
retrait. Le débat porte sur son rythme, pas sur sa nécessité, ce qui confirme l’échec patent de l’Otan dans ce pays. La guerre de l’Otan en Afghanistan n’est pas la solution. Elle est devenue le problème. Ce qui compte, c’est que la décision politique soit tenue, que la France refuse le maintien de troupes non combattantes à long terme. Elle doit faire des propositions pour que l’avenir de l’Afghanistan, sa reconstruction, y compris sur les plans institutionnel et politique, passent par un engagement multilatéral sous l’égide de l’ONU. Par exemple, dans le cadre d’une conférence internationale, avec une implication des pays de la région pour contribuer aux conditions de la sécurité et de la paix civile.

Jean-Christophe Cambadélis. Les troupes françaises seront retirées d’Afghanistan, même si des conditions logistiques particulières doivent être réunies pour ramener l’ensemble du matériel. La décision politique doit être prise. Les forces armées devront trouver la configuration adéquate. S’il faut quinze jours ou trois semaines de plus, ce ne sera pas un obstacle. Quant aux Américains, ils ont leurs arguments, nous avons les nôtres. Nous avons toujours dit que nous nous retirerions en bonne intelligence avec nos amis américains. Mais il ne leur a pas échappé que ce retrait figurait dans le programme de François Hollande. Celui-ci a été élu par les Français. Donc, ses propositions seront appliquées.

Un quart de siècle après la chute 
du mur de Berlin, l’Otan, organisation héritée de la guerre froide, 
a-t-elle encore un sens ?

Jean-Christophe Cambadélis. Nous sommes liés aux Américains et à l’ensemble du monde occidental dans le cadre de la charte atlantique. Souvent, l’Otan est perçue, à tort ou à raison, comme une structure à domination américaine. Au regard des problèmes qui se posent
 aujourd’hui au monde, il faudra vraisemblablement réformer cette organisation. Mais prenons les problèmes un par un. Dans l’immédiat, ce qui compte, c’est notre capacité à rapatrier nos troupes d’Afghanistan.

Jacques Fath. L’Otan, c’est la structure politico-militaire collective des politiques de puissance et de domination. Même George Bush qui, au début, voulait relativiser son rôle, a finalement admis tout l’intérêt stratégique d’une organisation qui offre un cadre de contraintes, d’organisations opérationnelles et de consensus politiques et financiers sans pareils au service des principales puissances occidentales et de leurs intérêts. Mais la puissance n’est pas synonyme de sécurité. La guerre ne se conclut jamais par la paix. Ce qui est en cause, ce sont les problèmes inhérents à un capitalisme globalisé, en crise profonde. Les problèmes du monde n’ont pas de solutions dans la guerre et dans les politiques de force. De ce point de vue, la conception néoimpérialiste qui fonde l’Otan n’a effectivement plus de sens.

Entretiens réalisés par Rosa Moussaoui