Interview de la semaine pour jdd.fr

par · 8 juin 2012

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INTERVIEW DE LA SEMAINE – A deux jours du premier tour des élections législatives, Jean-Christophe Cambadélis a répondu aux questions du JDD.fr. Le député de Paris se dit « confiant et déterminé ». Et refuse pour l’heure d’officialiser sa candidature à la succession de Martine Aubry à la tête du Parti socialiste. Même s’il se dit « intéressé ».

Dans quel état d’esprit êtes-vous à 48 heures du premier tour des élections législatives?

Confiant et concentré. Confiant parce que je ne vois pas le pays redonner une majorité à une droite qui n’a pas fait le bilan du sarkozysme. Et concentré parce que la mobilisation à gauche est déterminante et déterminée.

Si vous n’obtenez pas la majorité absolue, le gouvernement socialiste devra composer avec le Front de gauche et les écologistes. Est-ce un handicap?

Un handicap, non. Une entrave, oui. Dans le sens où nous n’avons pas le même projet. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle le Front de gauche se présente de manière autonome, contestant le programme du président François Hollande. Il faudra donc pour chaque sujet, trouver les voix du compromis. Ceci entrave l’action alors qu’elle devrait être déterminée et rapide.

Redoutez-vous le pouvoir de nuisance de Jean-Luc Mélenchon et du Front de gauche à l’Assemblée?

Pas du tout. Le Front de gauche a des convictions mais ils ont balisé le terrain. A savoir, ne rien faire qui permette à la droite de se réinstaller pour défendre leurs idées. Ceci doit nous amener à travailler en bonne intelligence.

Envisagez-vous le scénario d’une cohabitation?

Il ne faut jamais rien exclure en politique. D’autant que les sondages ont démontré que tout n’était pas fiable. Mais ça serait tellement désastreux pour la France que je n’ose y penser.«Mélenchon s’est laissé tirer vers le bas»

Considérez-vous que l’objectif d’une majorité absolue à l’Assemblée est à portée de main?

Elle est possible et souhaitable. Une majorité nette permettrait un changement clair.

Jean-François Copé a recadré un élu UMP qui estimait que FN et UMP seraient amenés à « se côtoyer » pour les législatives. Selon vous, la position de l’UMP sur ce sujet est-elle claire?

Nicolas Sarkozy, dans sa campagne, a fait tomber des barrières psychologiques et politiques alors que jusqu’à présent, le Front national était hors les murs de la République. Je pense que la ligne de Jean-François Copé, celle de mettre sur le même plan le Front national et le Front de gauche, est une préparation à une possible alliance. En disant cela, il induit l’idée suivante : « les socialistes ont fait alliance avec le Front de gauche. Pourquoi ne ferions nous pas alliance avec le Front national? ».

L’affrontement entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen à Hénin-Beaumont donne-t-il une bonne image de la politique, et particulièrement des législatives?

Le combat contre le Front national est toujours une chose bien vue. Mais je regrette que dans son enthousiasme à battre Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon se soit laissé tirer vers le bas dans une campagne qui l’abîme tout autant qu’elle abime la démocratie.

Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault se sont affiché main dans la main durant cette campagne. Peut-on dire qu’il n’y a plus de rancune du côté de la première secrétaire?

Martine Aubry n’avait pas de rancune. Depuis longtemps, elle pressentait le choix de François Hollande. Elle a été totalement loyale et efficace pendant la présidentielle, puis pendant les législatives.

Pensez-vous qu’elle le fait par devoir ou par envie?

Je ne sonde pas les cœurs, je ne peux commenter que les faits. Or, dans les faits, à aucun moment on n’a pu prendre Martine Aubry en défaut de solidarité, de combativité lors de la campagne des élections présidentielle et législatives.

«Aubry aura été tout à la fois»A plusieurs reprises, Martine Aubry a laissé planer le doute sur son départ à la tête du parti. Comment l’interprétez-vous?

Je crois qu’elle veut achever un cycle pour le moins vertueux au Parti socialiste, où elle aura été tout à la fois : celle qui a redressé le PS, gagné les élections régionales, municipales, sénatoriales, permis des primaires magnifiques et fait en sorte que François Hollande ait pu gagner la présidentielle et peut-être les législatives. Quand on se souvient de l’état du Parti socialiste au lendemain du Congrès de Reims, on s’imagine qu’elle a envie de terminer ce cycle positivement par une rénovation de l’équipe de direction.

Vous avez déjà manifesté votre intérêt pour reprendre la tête du parti. En quoi êtes-vous plus légitime qu’un autre cadre du PS?

S’intéresser, ce n’est pas se précipiter. Je suis évidemment intéressé à partir du moment où Martine quittera la direction du Parti socialiste. Je reste concentré sur les élections législatives et on verra tout cela plus tard.

Harlem Désir, numéro deux du parti, a déjà officialisé sa candidature. N’avez-vous pas peur de prendre du retard?

Chacun agit comme il l’entend. Harlem Désir a répondu à une question.

François Hollande aurait exprimé sa préférence pour François Resbamen à la tête du parti….

Je ne suis pas certain que ce choix vienne de la bouche même du président de la République. Il va falloir que l’on prenne l’habitude de ne pas le faire trop parler.

C’est-à-dire?

Quand d’autres disent que François Hollande pense que… Je serai très étonné, non pas par le nom de son choix, mais par le fait qu’il l’ait exprimé.

L’absence de Martine Aubry au gouvernement a-t-elle été pour vous une déception?

Une déception, non. Parce que je trouve que ce gouvernement est équilibré, rajeuni, féminisé. Il donne une place non négligeable aux femmes de la diversité. Tout cela fait souffler le vent du changement au sein même de l’équipe gouvernementale. Martine Aubry a fait son choix. Je le respecte. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit des dirigeants politiques préférer rester au sein leur formation plutôt que d’aller dans un ministère.

Cécile Duflot a créé la polémique sur la question du cannabis. Etait-ce le risque à prendre en choisissant une ministre, la patronne d’Europe Ecologie-Les Verts?

C’est toujours la difficulté, surtout en période d’élections législatives. A partir du moment où les écologistes ont des candidats, le responsable du parti est pris dans une tenaille entre la solidarité gouvernementale et la solidarité à sa formation politique. C’est difficile à tenir. D’ailleurs, Dominique Voynet, sur le même sujet, avait fait la même chose au moment de la gauche plurielle.«La droite a peut-être un bilan caché»

L’un des principaux dossiers du gouvernement Ayrault est celui des retraites. Jean-François Copé a dénoncé les « cadeaux électoraux ». Qu’en pensez-vous?

Venant d’un parti qui a gouverné pendant cinq ans pour les plus riches de notre société, c’est assez amusant de se voir reprocher de faire un effort en direction des plus pauvres. On répare une injustice, on reste fidèle à nos engagements. Et on est budgétairement bordé.

La droite accuse aussi le gouvernement d’avoir un « programme caché », notamment quant à une hausse d’impôts, évoquée cette semaine par Martine Aubry…

La droite a peut être un bilan caché qui lui fait dire que la situation sera difficile. Nous attendons de voir ce que va dire la Cour des comptes mais en tout état de cause, nous aurons à gérer la facture de Sarkozy dans les mois qui viennent. Nous avons construit un équilibre budgétaire qui permet de répondre à la fois au désendettement et à une politique sociale. Mais s’il y a une facture cachée dans les comptes de la Nation, nous allons nous en apercevoir et à ce moment là, nous le dirons.

Avec la crise européenne, peut-on s’attendre à un nouveau plan de rigueur dans les mois à venir?

La clé de l’évolution de la situation est européenne. C’est pour cela, que François Hollande propose à juste titre des discussions qui placent au cœur de la réflexion la question de la croissance. Les marchés assaillent les pays majeurs de la zone euro mais les peuples sont assaillis par les conséquences de la politique d’austérité. Donc il faut faire un choix. Soit on gouverne pour les marchés, soit on gouverne pour les peuples.

Qu’avez-vous pensé des premiers pas de François Hollande sur la scène internationale?

Ce sont des premiers pas encourageants même s’ils ne sont pas encore concluants. On peut avoir une politique autonome et indépendante sur un certain nombre de sujets comme l’Afghanistan ou l’attitude vis-à-vis de certains pays, par exemple avec la Russie, sans pour autant faire la leçon aux autres. Cette attitude, à la fois ferme et respectueuse, redonne une nouvelle image à la France, l’image qu’elle n’aurait jamais du perdre.