Tribune publiée dans TE NEA (presse Grecque) -14 juin 2012

par · 15 juin 2012

Par Jean-Christophe Cambadélis
Député, Secrétaire national du Parti socialiste à l’International

et

Henri Weber
Député européen
Secrétaire national-adjoint du Pati socialiste, en charge de la mondialisation

A Paris comme à Athènes, plus d’Europe pour sortir de la crise

Le 17 juin prochain, les Français et les Grecs choisiront leurs députés. Cette date majeure pour les deux pays le sera également pour l’Europe entière. De ces élections législatives, nous pouvons attendre un tournant de la politique économique de notre continent.

L’échec des conservateurs dans nos deux pays nous permettrait d’abord d’espérer la fin de la logique d’austérité coercitive imposée depuis 2008 à tous les Etats européens. Seul un nouveau paradigme, juste et solidaire peut mettre terme aux crises qui frappent l’Europe. La politique menée par les conservateurs n’a fait qu’aggraver l’ampleur de la crise économique. Les pays riches qui se sentaient à l’abri ne le sont plus. Un Espagnol sur quatre est au chômage, un Grec sur cinq, un Français sur dix… En Allemagne, l’emploi précaire et l’appauvrissement des classes moyennes sont des réalités que l’on peine de plus en plus à masquer. Poursuivre la logique ultralibérale qui a prévalu jusqu’ici, nous conduirait à enterrer définitivement nos modèles sociaux; nous mènerait à la guerre de tous contre tous au nom de la compétitivité, et finalement à la ruine.

Déjà, la victoire de François Hollande en France et ses premiers pas en Europe ont montré qu’une autre voie était possible et que la sortie de crise passera par la relance d’une croissance équitablement partagée. Conscients de l’impasse dans laquelle se trouve l’Union européenne, certains conservateurs se rallient progressivement à la volonté de progrès et de solidarité européenne des socialistes français.

Comme nos amis Grecs, nous espérons que le 17 juin marquera le début d’un nouveau souffle européen. Nous avons pleinement conscience des enjeux auxquels nous serons, ensemble, confrontés. Nous savons que seule une approche coordonnée entre les Etats, une Europe politique unie et puissante auront raison des égoïsmes nationaux. La logique de directoire instaurée par le tandem Merkel-Sarkozy touche à sa fin. Les socialistes français veulent rompre avec une gouvernance placée sous le signe du mépris à l’égard du peuple hellène, et de mesures punitives qui n’ont fait qu’ajouter l’humiliation à la résignation.

Nous savons que l’avenir de l’Europe ne passe ni par l’asservissement ou ni par l’éviction de la Grèce, mais par son relèvement progressif et sa pleine intégration à l’Union. Pour cela, la Grèce et son futur gouvernement ont besoin de temps et de soutien.

Pour affirmer cette logique nouvelle, une victoire des progressistes en Grèce est indispensable. Date d’espoir, le 17 juin peut aussi devenir une date de désastre, si nous ne barrons pas la route aux extrémistes. En France, le Front national est en passe de devenir la troisième force politique et nous nous battons pour que ses représentants n’entrent pas à l’Assemblée Nationale. Nous savons que la progression de ce souverainisme haineux ne ferait qu’enterrer un peu plus nos espoirs européens

En Grèce, le LAOS et Aube Dorée sont devenus une menace immédiate. Leur succès entérinerait le renoncement à l’Europe et la dislocation de l’Etat.

Le 17 juin, l’avenir de l’Europe se jouera en France et en Grèce. Pour concrétiser nos espoirs, nous comptons sur une victoire des forces de progrès partout en Europe. Socialistes français, nous sommes, de longue date, les compagnons de route du Pasok qui a joué un rôle déterminant dans la modernisation de la Grèce et qui saura faire preuve de l’énergie nécessaire à la sortie de crise. La France, l’Europe, ont besoin de la Grèce.

Les commentaires1 Commentaire

  1. Bobditlane dit :

    Jean-Christophe Cambadélis, je partage l’ensemble de ce que vous écrivez, à un détail près : À Athènes comme à Paris, encore plus d’Europe c’est encore plus de ruine sociale et économique s’il s’agit de cette Europe des « replâtrages » en urgence – à l’euro si fort qu’il sert bien l’Allemagne et bien mal les autres pays européens ; L’Allemagne nous en est redevable – sans visée sérieuse à long terme. Le coup de pouce de 100 milliards d’euros prêtés aux banques espagnoles renfloue leurs « dettes de jeux », mais reste socialement impalpable. Encore une fois, c’est de l’argent public qui glisse vers le privé, inefficace en terme de croissance ! Aussi, peut-on imaginer une autre Europe ? Les négociations attendues avec Mme Merkel (sur les Eurobonds notamment) n’appelleraient-elles pas à céder en contre partie une part décisive de notre souveraineté au sein du parlement français ? « Surveillance accrue et intrusive de l’élaboration et la mise en place des politiques fiscales nationales » : Il n’y aurait pas mieux pour faire entrer le loup dans la bergerie !

    On peut comprendre le désarroi du peuple grec : Bien qu’ils affichent le souhait de rester dans la zone euro les grecs ne veulent pas devenir, à l’exemple de l’Irlande, le deuxième dindon de la farce. De fait, sans perspective acceptable proposée par les actuels dirigeants européens, il est à craindre en effet, et cela ne pouvait être que prévisible, qu’une majorité de grecs concentre dimanche 17 juin son vote vers les extrêmes…et l’actuelle Europe a un gros problème!

    Ce n’est pas faire injure de rappeler qu’en Mai 2005 le peuple français s’est exprimé à 54,87% contre le traité constitutionnel européen : Il semble qu’il n’ait pas été entendu. Vox populi, vox Dei ou déni de démocratie ? Depuis, le Front National s’engouffre dans la brèche, et il en va de la France comme de la Grèce, de l’Espagne ou de l’Italie : Quand la voix des peuples n’est plus respectée, c’est le rejet et la rébellion qui s’expriment !