Interview dans Le Monde: « Le socialiste ne se résume pas à la lutte contre les déficits »

par · 25 octobre 2012

Jean-Christophe Cambadélis répond aux questions du Monde. L’interview ci-dessous ou sur le site du Monde.

Avant le congrès socialiste de Toulouse (du 26 au 28 octobre), le député parisien et vice-président du Parti socialiste européen, Jean-Christophe Cambadélis, publie La Troisième Gauche (Ed. du Moment, 258 p., 17,95 euros). Il y plaide pour « un socialisme nouveau, juste et durable » contre la simple gestion d' »une gauche « pépère » ».

Le score de la motion majoritaire (68 %) n’est-il pas décevant vu le nombre de poids lourds du PS qui l’ont signée ?

C’est évidemment décevant. Mais la responsabilité n’en incombe pas à Harlem Désir, plutôt à la manière dont nous organisons nos congrès depuis soixante ans ! Il faut tout changer. Je préconise qu’à l’avenir, nous ayons un congrès ordinaire au lendemain de la présidentielle, où les militants voteraient sur les trois ou quatre questions qui sont à trancher. Et un congrès extraordinaire à la veille de celle-ci, qui fixerait la stratégie et le programme.

Le congrès de Toulouse serait-il un congrès pour rien ?

Un congrès sert toujours à quelque chose, notamment à désigner des instances. Mais il va un peu perdre en dramaturgie puisque tout est connu à l’avance.

Vous estimez n’avoir pas été désigné premier secrétaire parce qu' »encombrant ». C’est-à-dire ?

Harlem Désir a été choisi car il est plus consensuel que moi. J’avoue avoir une haute exigence pour le PS. Il doit être au coeur du dispositif présidentiel et pas se subordonner au gouvernement ou aux groupes parlementaires. Tout ceci dérangeait peut-être le dispositif mis en place.

Des ministres en font-ils trop dans ce congrès ?

Il n’était pas anormal que plusieurs ministres s’allient pour me faire obstruction. Ce qui l’est moins, c’était de faire croire qu’ils ont pour cela tordu le bras du président ou ont fait barrage au premier ministre. Ce type d’alliance sans contenu nous fait courir le risque d’un bureau politique clandestin face au premier ministre et au bureau national du PS.

Comment jugez-vous le débat sur les couacs gouvernementaux ?

Je ne connais aucun gouvernement sans couacs ! Il y en a toujours eu, il y en aura toujours. Le premier ministre a de l’autorité, du doigté, de la combativité et de l’imagination. Il fallait juste un peu de temps pour que l’on s’en aperçoive. Je suis très heureux de voir le président de la République le soutenir pleinement.

Etes-vous favorable aux préconisations du rapport Gallois sur la compétitivité ?

C’est le soixantième rapport sur le sujet, dont trente d’inspiration gouvernementale… Il me semble paradoxal de présenter un rapport préconisant l’augmentation, même limitée, de la TVA tout en sachant que le président a été élu contre cette idée. Que veut-on ? Que le président mange son chapeau au nom d’un rapport ?

L’objectif de réduction des déficits publics à 3 % du PIB en 2013 est-il souhaitable ?

La tendance à l’assainissement de nos finances est juste. En revanche, je m’interroge sur le rythme. Le PS doit exercer son droit d’inventaire. Il ne faudrait pas que l’objectif intermédiaire des 3 % ruine l’objectif stratégique de 0 % en 2017.

Que faire face à la chute du couple exécutif dans les sondages ?

Il y a l’urgence et il y a le sens. L’urgence, c’est la lutte contre les déficits, le retour à la croissance, le redressement de notre école… Tout ceci est très bien fait. Mais il y a aussi le sens. Le socialisme ne se réduit pas à la lutte contre les déficits : il doit se fixer une perspective. Notre action ne saurait se résumer à une succession de mesures technocratiques. On ne peut pas redresser la France que sur des normes comptables.

Ne craignez-vous pas un parti godillot ?

Je ne crois pas que ce soit l’état d’esprit d’Harlem Désir, mais c’est dans la pratique qu’on le saura. Il ne s’agit pas de créer sans cesse des bisbilles avec le gouvernement, mais d’éclairer l’avenir.

Le PS doit-il discuter avec Jean-Luc Mélenchon et Jean-Louis Borloo ou choisir ?

A titre personnel, je souhaiterais que l’on s’entende avec Jean-Luc Mélenchon et le PCF. Mais je doute qu’ils aient fait ce choix. Quant à l’UDI de Jean-Louis Borloo, je note le petit « i » de « indépendant ». Soit c’est l’indépendance vis-à-vis de l’UMP. Soit la subordination, comme toujours, du centre vis-à-vis de la droite. La question est posée à Jean-Louis Borloo.

Votre livre est-il une manière d’exister malgré votre insuccès face à Harlem Désir ?

Moi, je veux être utile au PS pour réussir le quinquennat. Je pense qu’il est possible de gouverner sur dix ans, mais pour cela, il faut bien gérer et ne pas désespérer. Tous les jours, on semble s’excuser de ce que l’on décide ! Il faut un socialisme qui s’assume. Le temps de la contre-offensive a sonné. Je serai le propagandiste de cette nouvelle gauche.

Les commentaires1 Commentaire

  1. Patrick P. dit :

    Un socialisme qui s’assume, cela devrait être une évidence pour tous les Socialistes. En France et en Europe…