Congrès de Toulouse – 26 octobre 2012 – Discours de Jean-Christophe Cambadélis

par · 26 octobre 2012

Seul le prononcé fait foi

Chers amis, chers Camarades,

Comme le veut la tradition de nos congrès, il me revient de dire un mot d’accueil pour les délégations des partis frères et organisations progressistes présents à notre congrès.

Chers amis,

Le monde est écrasé par la crise financière et économique qui est aussi « LA » crise du modèle de développement. Nous vivons une crise conjointe, économique, écologique, géopolitique. Et le socialisme doit embrasser tous ces sujets. Il doit offrir une réponse globale comme il doit repenser son rapport au progressisme qui ne peut plus être la religion de la technique mais la moralité des hommes et la justice entre les hommes. C’est ce que le colloque international réuni hier à Toulouse a conclu.

Chers amis,

Ils sont venus de toutes les parties du monde et ils représentent toutes les facettes du mouvement ouvrier international et des courants progressistes de par le monde. Et je vous remercie de saluer nos partis frères dans l’Internationale socialiste ou du Parti socialiste européen.

Nous construisons ensemble un avenir plus fiable, plus durable, plus juste. Ce qui fait que notre succès électoral n’est pas uniquement français.

A ce congrès, nous accueillons des camarades qui représentent la gauche dans un monde qui a changé depuis notre dernier congrès. La social-démocratie européenne a engagé sa reconquête par les territoires. Nos camarades tchèques ou hongrois gagnent les élections locales. Au pays de Victor Orban, le plus réactionnaire des chefs de gouvernement d’Europe, membre du même parti que Merkel, Copé et Fillon. C’est l’amorce du renouveau des socialistes face au régime le plus antidémocratique depuis l’effondrement du Bloc de l’Est. Le populisme nationaliste de droite, autoritaire et réactionnaire est aussi à l’œuvre ailleurs de manières diverses. Mais au Danemark, aux Pays-Bas, en Flandre il est combattu par les socialistes ou la social-démocratie.

En Allemagne, la quasi totalité des Länder sont dirigés par le SPD qui est maintenant majoritaire à la chambre haute. Cela nous rappelle quelque chose ! Le PS attend beaucoup d’une victoire du parti dirigé par Sigmar Gabriel qui vient de s’exprimer. Nous savons que Peer Steinbrück, le candidat des socialistes allemands, sera un bon chancelier. Le temps est venu ! Merkel doit partir. Nous avons battu le « Merkozy » en France. Il doit être battu en Allemagne. Les peuples d’Europe ne veulent pas une Europe allemande, ils veulent une Allemagne européenne celle de Brandt, Schmitt voir de Schröder. Avec le SPD, nous avons travaillé ensemble depuis 3 ans. Nos relations se sont resserrées, nous nous comprenons mieux. Nous avons fait avancer le débat sur la taxation des mouvements de capitaux ou la gouvernance de la zone euro.

Chers amis,

Il ne faut plus laisser Elio, François, Jean-Marc, Robert Fico (Fitso), Helle Thorning Schmidt ou Werner Faymann – vous le voyez, la liste s’allonge – seuls comme chefs d’Etat ou de gouvernement de gauche en Europe. En 2013, on votera aussi en Italie, et l’Italie aurait fière allure avec notre ami Bersani. La dynamique de renouveau social-démocrate en Europe est à l’œuvre. Elle devra s’affirmer dans le Manifeste du PSE pour la réorientation de l’Europe.

L’Europe en a besoin, car le PPE, les conservateurs, ont ajouté la crise à la crise, fragilisé l’Europe et jeter les peuples dans la récession.

L’euro, une des plus belles réalisations de notre époque, a dix ans, mais la fête est gâchée par une crise sans précédent qui ébranle jusqu’à l’idée même d’Europe. Pendant quatre ans, on a cherché à résoudre la crise par une série de mesures économiques. Mais comme nous le disait récemment notre camarade du PASOK Evangelos Venizelos, il faut aussi des mesures politiques. On a vu comment, face à la crise, des pays ont été au bord de la dislocation. La droite non seulement n’y est pas pour rien. Pour elle, les marchés décident et l’Europe applique… Angela Merkel a même déclaré « la démocratie doit être conforme aux marchés ». Nous disons, « non, ce sont les marchés qui doivent être conformes à la démocratie ».

L’austérité comme idéologie a atteint ses limites. L’austérité comme pratique a atteint le point de récession. Aujourd’hui, chacun comprend, même chez les conservateurs que la sortie de crise passe par un choc de croissance…

Ne nous y trompons pas, les peuples ont atteint eux depuis longtemps la cote d’alerte. La résignation a fait place à l’humiliation, maintenant à la colère. Les manifestations à Athènes, Rome, Madrid ou Lisbonne sont de plus en plus fortes. L’extrême droite fait la loi dans certains quartiers d’Athènes, elle parade dans les rues de Budapest, elle inspire les courants séparatistes dans plusieurs pays d’Europe où dans certaines régions où on ne veut plus payer pour les autres. Sans parler d’une porosité sans précédent de la droite « classique » avec le national populisme. Comme le disait le philosophe Habermas : « la démocratie européenne est malade ».

Il est temps que la sociale démocratie soit aux commandes au Parlement Européen et à la Commission Européenne. Il faut un nouveau cours à l’Europe et les 27 partis de l’Union Européenne présents que je salue partagent ce dessein de renouveau européen.

Chers amis, chers Camarades,

Le monde arabe a connu sa révolution la plus importante depuis la fin de la 2e guerre mondiale quand les peuples tunisien, égyptien, libyen se sont soulevés et qu’ils ont chassé les despotes qui les gouvernaient depuis trop longtemps. Ce vent de liberté, dont nous savons qu’il résiste peu aux frontières, a aussi soufflé sur le Bahreïn et aujourd’hui, il ébranle la Syrie dont le régime s’accroche au pouvoir en plantant ce qui lui reste de crocs dans les entrailles de son peuple. Entre les survivances des anciens régimes, la mainmise de l’armée ou l’emprise du fondamentalisme religieux, il existe une voie progressiste, démocratique et laïque qui se développe et que nous soutenons. C’est le cas de notre parti frère Ettakatol ici présent et représenté par Mustapha Benjaafar.

Nous saluons nos amis venus clandestinement de Syrie et d’Iran où le souffle de la démocratie ne s’interrompt pas, mais où la dureté de la tâche doit nous inciter à un soutien plus grand encore. Nous saluons votre courage et vos morts pour la liberté.

Un salut à nos camarades du Fatah qui, comme ceux d’Ettakatol, ont rejoins nos camarades israéliens comme observateurs au PSE, renforçant la coordination des progressistes autour de la Méditerranée. Dans quelques jours se tiendra en Jordanie une conférence des partis sociaux démocrates du monde arabe où je vous représenterais.

Les travaillistes israéliens et le Meretz ont aussi un rendez-vous avec l’Histoire en janvier avec l’occasion de mettre un terme à la chape de plomb des droites au pouvoir en Israël. Avec un leadership renouvelé et leur capacité à incarner le débouché politique aux mouvements sociaux sans précédents qu’a connu ce pays, nous les soutenons dans leur combat.

Nos camarades haïtiens sont là. Leur tâche est immense. Ils doivent poursuivre la reconstruction d’un pays et ils doivent aussi contribuer au renforcement d’une démocratie encore fragile dans une zone, la Caraïbe et les Amériques où la gauche demeure en ébullition. Le progressisme là bas se porte bien si on regarde nos camarades du NPD devenus la deuxième force politique au Canada, nos amis du PQ arrivés au pouvoir au Québec avec Pauline Marois que nous connaissons bien ici.

Les conservateurs ont été chassé du pouvoir au Mexique et dans le cône sud, en Argentine, au Brésil, au Pérou, en Bolivie ou en Uruguay, ils mènent depuis, maintenant une politique animée par l’obsession de la quête de la justice sociale.

Le Vénézuéla n’est pas en reste. Ce pays a besoin d’un projet réformiste qui propose un modèle progressiste apaisé dans lequel le développement permet que l’eau ne coûte pas plus cher que le pétrole. Je salue les représentants de l’Amérique latine.

Chers amis, chers Camarades,

En Afrique, la nouvelle zone des tempêtes s’appelle le Sahara et le Sahel. De la Mauritanie au Soudan, de l’Atlantique à la Mer Rouge. A la crise économique, la crise alimentaire et les effets immédiats du dérèglement climatique, se sont ajoutés des crises politiques et humanitaires. La corne de l’Afrique a été durement frappée par la famine une fois encore avec une réaction tardive ce qu’on appelle « la communauté internationale ». La fin de Kadhafi a augmenté la prolifération des bandes armées qui donnent dans le trafic d’armes, de drogue et d’otages. Groupes islamistes menacent la stabilité de pays comme le Nigéria ou le Mali dont nous accueillons des dirigeants de gauche que nous saluons.

La France ne peut laisser le Mali face à ses ennemis. Car ce serait un funeste précédent.

Il s’agit non pas de se substituer aux Etats de la région, mais de les aider s’ils le souhaitent. La coopération régionale se développe dans cette partie de l’Afrique et c’est un élément fondamental pour la poursuite de l’émergence de ce continent.

Le Conseil de sécurité a voté une résolution autorisant la CDAO à utiliser la force pour repousser les groupes fondamentalistes du nord du Mali.

Permettez moi de dénoncer la petitesse de l’ancien ministre de la défense de Nicolas Sarkozy, éphémère candidat à l’élection présidentielle. Cet homme qui se prétend d’Etat, ose opposer les otages français à la libération du Mali.

Un peu de décence Monsieur Hervé Morin ! Faut-il vous rappeler que lorsque vous étiez Ministre de la défense, l’opération de libération menée sur le Tanit avait entrainé malheureusement la mort d’un français, Florent Lemaçon, et qu’aucun socialiste n’avait utilisé ce drame. Nous avions nous fait preuve de responsabilité. Mais chez vous Monsieur Morin le style c’est l’homme.

L’Afrique est un continent auquel notre pays est attaché et auquel notre parti est intimement lié.

Souvent, dans la gauche française, des générations sont entrées en politique par un combat de politique internationaliste. La décolonisation, la lutte contre l’apartheid etc.

François Hollande, le Président français, a su le rappeler dans son discours à Dakar qui a gommé l’affront fait à l’Afrique et la honte faite à la France. Nous allons continuer le combat contre les biens mal acquis en Guinée Bissau, mais surtout au Gabon où nous prendrons des initiatives.

Chers amis,

Depuis 2008, le Parti socialiste s’était préparé à la reconquête et pour cela, il devait proposer une nouvelle doctrine internationale et européenne. C’est ce que nous avons fait tout au long de la période. Nous avons contribué à l’élaboration d’une Déclaration de principes du Parti socialiste européenne pour réaffirmer ce que veut dire être socialiste en Europe. Nous avons doté le PS d’une position nette et claire sur le Proche-Orient qui rappellent comme le demandent nos camarades du Fatah de Palestine et de la gauche israélienne un Etat palestinien viable, l’arrêt de la colonisation et la levée du blocus sur Gaza.

Nous avons contribué aux travaux pour la réforme de l’Internationale socialiste, initiés par son président George Papandreou – ce travail n’est pas terminé, mais nous le conduirons à son terme. Ségolène Royal, la Vice Présidente, est aujourd’hui plus qu’une voix reconnue dans l’Internationale Socialiste. Elle cherche à unir rénovation nécessaire et union indispensable. Et je la salue. Nous dialoguons avec nos amis chinois, le courant social-démocrate russe, indien, japonais, nous poursuivons notre idée, partagée avec d’autres qu’il faut que les think-tanks progressistes soient en réseau et que les progressistes du monde entier s’unissent car face à la mondialisation, le progressisme ne doit pas se résigner aux contraintes du multilatéralisme.

Le projet international du PS été jugé crédible, surtout parce que contrairement aux conservateurs nous croyons que le temps où la France faisait la leçon au reste du monde est révolu et que cette posture n’a jamais produit de résultats positifs durables.

Aujourd’hui, une nouvelle relation au monde existe. Un nouveau chemin est ouvert par le président François Hollande. Ce n’est pas qu’une question de style. C’est une pratique.

Il ne s’agit pas de sermonner mais d’inciter. Comme le dit notre remarquable ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius « la France est une puissance d’influence », nous nous disons que le Parti socialiste doit lui aussi être un parti puissant et influent qui sache écouter et proposer des compromis acceptables grâce auxquels le mouvement socialiste international sache avancer.

En conclusion, notre feuille de route est claire. L’ennemi a plusieurs visages. La finance folle ici, les régimes autoritaires ailleurs, le nationalisme partout, tout cela porte en lui la misère et la guerre comme la nuée annonce l’orage, pour paraphraser Jean Jaurès dans sa ville de Toulouse.

Précisément mes amis, il y a cent ans, à l’instigation de Jaurès, un congrès de l’Internationale s’était tenu contre la guerre à Bâle. On sait que l’union sacrée des socialistes contre l’impérialisme et la guerre échoua, mais ce congrès avait indiqué la menace que le capitalisme faisait courir à la paix. Nous serons le 24 novembre avec nos camarades suisses à Bâle pour fêter dignement l’anniversaire de l’appel de Jaurès. La succession de crises que j’évoquais tout à l’heure montre, avec des mots différents, l’actualité de ce combat.

Cher Harlem ! Il y a 170 représentants étrangers au congrès du Parti socialiste.

Je crois que notre parti devrait être à l’initiative, en collaboration avec l’internationale Socialiste et le PSE d’un sommet des progressistes à Paris. Mais je sais que je prêche un convaincu.

Car, mes amis, il y a une solution progressiste à la crise. Elle mature dans chaque peuple. Elle ne demande qu’à s’affirmer. Ce que nous disent les partis qui viennent à notre congrès, c’est qu’il existe un autre chemin, une autre voie, un autre monde à construire et qu’il compte sur la France pour l’affirmer. Et hier je leur répondais en notre nom « nous ne vous décevrons pas ! ». La France telle que vous l’aimez est de retour !

La droite qui se refuse à tout inventaire. La droite qui a miné notre pays et miné notre économie ne nous passe rien. Nous allons rendre coup pour coup. Car ensemble nous ne nous résignons pas à l’injustice du monde ! Ensemble nous voulons toujours qu’il change de base !

Les commentaires2 Commentaires

  1. ELOPIA dit :

    Bonjour,

    Grand discour que voila mais la continuité dans le changement tout de même. Il reste une résonance creuse avec comme cible habituelle l’Afrique, encore l’Afrique et toujours l’Afrique. Pourquoi pas, mais puisque l’auteur semble décidé avec ses paires à assainir le monde (Hors France car parlons en des nombreux scandales passés étouffés) serait-il envisageable de prouver la réelle motivation en analysant et en « prenant des initiatives » sur le Qatar qui achète par tranche de Milliards de $ la France et ses joyaux à travers son fond souverain dont la seule signature est celle du cheik Al-Thani lui-même ? Pouvez-vous officiellement demander des comptes au Présidents Chinois qui à amassé avec sa famille prés de 3 Milliards de $ (je doute que cela provienne de son salaire) ? Parlons de Poutine dont la fortune personnelle est estimée à prés de 1,5 Milliards de $ et nombreux sont les exemples et les opportunité de réellement rendre votre discours crédible et non critiquable ce qui est loin d’être le cas pour le moment permettez moi de vous le dire.

    Pour finir petite leçon de géographie, je sais bien que pour vous l’Afrique est un grand pays mais en fait c’est un Continent à part entière avec des pays souverains. La Guinée dont vous parlez doit être Equatoriale (affaire BMA) et non Bissau qui se trouve à plusieurs milliers de km de là et dont la problématique n’est pas le détournement étant donné que c’est un des pays les plus pauvre au monde mais plutôt les coups d’état et je ne pense pas que ce sois l’objet des BMA.

    Soyez plus intéressé et passionné dans vos analyses cela ne fera que renforcer votre crédibilité plutôt que de parler de pays dont je doute sincèrement qu’au moment du discours il vous ai été possible de les situer très précisément sur une carte et de nommer au moins le nom des Chefs d’Etats, Présidents de la République.

    Vous souhaitant bonne continuation

    Cordialement

  2. Je tiens a l’occasion de votre discours a vous saluer et a nourrir le fervent espoir que votre parti et le gouvernement issu de vos rangs aideront a l’avenement de nombreux pays africains ou democratie et bonne gouvernance seront le leitmotiv de tous,en gommant par tous les moyens le sentiment de fierte chez ceux qui prennent pour eux ce qui appartient a tous. Et merci encore pour avoir insister sur les biens mal acquis.

    Pc maganga moussavou