La gauche adopte une politique de l’offre

par · 6 novembre 2012

« La France est mal placée dans la compétition mondiale ». Ce n’est pas le MEDEF qui le dit mais deux tiers des français, selon un sondage de l’IFOP publié ce week-end par Ouest-France.

Comme pour la dette, une prise de conscience s’est opérée dans l’opinion. La compétitivité est désormais considérée comme un sujet majeur par une large majorité de l’opinion qui n’aurait pas compris que François Hollande et Jean-Marc Ayrault restent dans l’ambiguïté.

Le constat fait consensus. L’industrie française atteint aujourd’hui un seuil critique au-delà duquel elle est, selon Louis Gallois, « menacée de destruction ». Elle est « prise en étau » avec d’un côté des pays « haut de gamme » comme l’Allemagne, qui « ont su se différencier par l’innovation, la qualité, le service, la marque » et, de l’autre côté, « des pays émergents mais aussi certains pays d’Europe du sud ou de l’est qui bénéficient de coûts de production plus faibles ». L’analyse est juste et ne souffre d’aucune contestation.

L’exécutif devait donner un cap. Il le fait avec courage et détermination.

Au-delà des mesures saluées par tous comme un « small business act » à la française pour les PME, le doublement des contrats en alternance, le renforcement des filières, les nouvelles priorités industrielles centrées sur les technologies génériques, la santé et la transition énergétique ou l’aide à l’export, il propose :

– D’une part une nouvelle réduction de 10 milliards d’euros des dépenses publiques à étaler sur 2013 et 2014 qui s’ajoute à celles déjà programmées sur la législature, à laquelle les collectivités locales seront appelées à concourir,

– d’autre part, de financer 20 milliards d’euros de baisse des prélèvements sur les entreprises sous forme de crédits d’impôts par une augmentation modérée du taux normal de TVA qui passerait de 19.6 à 20 %, un relèvement plus conséquent du taux intermédiaire qui passerait de 7 à 10 ou 12 %, mais une diminution de 5,5 à 5 % pour les produits de première nécessité

Exit donc une augmentation de la CSG. La gauche a satisfaction sur ce point.

Comme le disent les organisations internationales, tel le FMI, ou la droite allemande épaulée par l’ancien chancelier Schröder, « c’est au tour de la France d’agir ».

La France n’a-t-elle donc d’autre choix que de s’engager dans la stratégie allemande d’une course-poursuite à la compétitivité, sachant que celle-ci n’a guère produit d’effets positifs au niveau de la zone euro ?

Faut-il réduire encore la dépense publique, alors que de nombreux économistes tels J. Stiglitz ou Paul Krugman, prix Nobel, mais aussi Daniel Cohen ou Philippe Aghion, peu suspects de laxisme, considèrent que la faiblesse des économies occidentales et la stagnation en Europe sont largement dues à la rétractation de la demande ?

Pourquoi les entreprises appelées à investir davantage le feraient-elles si le marché intérieur est atone et que le marché européen n’offre pas suffisamment de débouchés ?

Est-il bien certain que la baisse des prélèvements sur les entreprises sera bien orientée vers la relance de l’investissement productif et la création d’emplois plutôt que sur une augmentation, même partielle, des dividendes des actionnaires ?

Doit-on imposer une cure d’amaigrissement aux collectivités locales par des réductions de dotations d’Etat alors que ces dernières tirent l’investissement national et contribuent ainsi à éviter la récession qui guette ?

Notre pays est-il condamné et pour combien d’années à la modération salariale dans le privé et au gel des rémunérations dans la fonction publique ?

Gageons que ces hypothèques seront progressivement levées pour retrouver le chemin de la compétitivité, de la croissance et de l’emploi.

Pour l’instant le gouvernement refuse la voie préconisée par le grand patronat, mais accepte d’aider les entreprises tout en repoussant à 2014 une hausse de la TVA sous une forme lissée et réformée. C’est équilibré et astucieux. Mais évidemment cela provoque des réactions qui ne sont que des postures. La feuille de route est trop déséquilibrée vis-à-vis des salariés et pas assez boostant pour les entreprises pour d’autres. Pour autant c’est ce chemin de crête qui permet d’avancer de façon équilibrée. L’économie doit être traitée dans des conditions telles que le consensus social ne soit pas ébranlé. Il y a là des mesures transitoires qui, sans faire consensus, sont praticables et marquent un tournant.

Les commentaires1 Commentaire

  1. Patrick P. dit :

    Reconnaître le tournant et le changement en cours, tout en appréciant la pertinence (et la pédagogie) de la démarche gouvernementale, sans aucun doute. Mais ne pas oublier que le revenu de beaucoup de ménages a besoin d’être sensiblement amélioré sans pouvoir attendre trop longtemps, ce à quoi les premières mesures déjà adoptées ne sauraient suffire.