Entretien dans le Journal du Dimanche

par · 18 novembre 2012

C.A: Une partie de la gauche dans la rue contre l’aéroport de Notre Dame des Landes, la majorité est-elle en train de se fissurer ?

JCC: Nul n’ignorait le nom du Premier Ministre et ses engagements sur ce dossier. Il n’y a pas de surprise. Mais Notre dame des Landes est un symptôme, il y a une faiblesse du point de vue du dialogue à gauche. Dans l’urgence du redressement de la France, nous n’avons pas pu, comme il aurait fallu, associer ni discuter avec les partis de la majorité gouvernementale et même de la gauche. Maintenant que le Président de la République s’est exprimé, que le cap est fixé, l’unité de la majorité est nécessaire. Il y a urgence à mettre en place un comité de liaison de la gauche et des écologistes. Pour dialoguer entre nous et répondre à une droite qui se radicalise.

C.A: Ce comité de liaison doit-il inclure le Front de gauche ?

JCC: Il doit aller au-delà de ceux qui soutiennent la politique gouvernementale. Il faut s’ouvrir aux citoyens dans les ateliers du changement et aux partis politiques qui ne sont pas dans la majorité gouvernementale mais qui étaient dans la majorité présidentielle.

C.A: Le pacte de compétitivité signe-t-il le tournant social-libéral de François Hollande ?

JCC: Ne théorisons pas trop tôt. Il s’agit d’un ajustement, de s’adapter sans se renier. On pourrait plaider la thése sociale-libérale avec les cadeaux aux entreprises et en même temps plaider celle de la régulation avec la création de la Banque Publique d’Investissement et l’entrée des salariés dans les Conseils d’Administration. On va trop vite en besogne.

C.A: François Hollande a amené avec lui, vendredi, en Pologne des grands patrons dont Henri Proglio, proche de Nicolas Sarkozy, surprenant ?

JCC: François Hollande est le président de la France, pas de la gauche. Dans mon livre, La Troisiéme Gauche, je préconise l’alliance des productifs et des progressistes. La France si elle veut construire la République des égaux doit refaire démarrer l’appareil productif. Je suis partisan du compromis historique avec le capital industriel, là où le capital financier reste l’adversaire.

C.A: Le changement, c’est maintenu ?

JCC: Non seulement maintenu mais accru. Il repose sur trois piliers : d’abord la réorientation de l’Europe, ensuite l’assainissement de nos finances et enfin la réindustrialisation de la France. Ils sont tous nécessaires. On ne peut pas faire une politique redistributive dans une situation de quasi récession et de déficits colossaux.

C.A: Le droit de vote des étrangers aux élections locales a semblé être enterré par le Président de la République….

JCC: Pour moi, ce n’est pas une promesse enterrée, c’est un rapport de force différé. Je partage l’idée du président de la république selon laquelle si on n’a pas la majorité des trois cinquiémes, il ne sert à rien de faire battre cette belle idée. Mais je suis satisfait qu’Harlem Désir ait repris dans son discours, hier au conseil national, mon idée d’une campagne pour le droit de vote. Ce combat ne doit pas cesser, l’élection ne peut pas tout, il faut convaincre.

C.A: Que pensez-vous de la Une de The Economist ?

JCC: L’Angleterre n’est pas dans une situation telle qu’elle puisse nous faire la leçon, elle a perdu l’ensemble de son industrie, sauf celle de la finance. Le pays est au bord de l’explosion, avec une fracture communautariste. Mais surtout, à partir du moment où un Président français socialiste avance à petit pas vers une réorientation de l’Europe, les anglosaxons mènent la guerre idéologique à cette France-là.

C.A: Et les Allemands ?

JCC: Je ne suis pas du tout étonné de voir Angela Merkel critiquer à petite touche la France. Elle a symbolisé avec Nicolas Sarkozy une certaine Europe. Le Parti Socialiste Européen va faire le bilan de l’hégémonie de Madame Merkel sur la construction européenne : une récession dans de nombreux pays, des millions de gens jetés dans les rues, des centaines d’entreprises fermées, une situation épouvantable du moral des européens. Bref, il n’y a pas de quoi là aussi faire la leçon à la France. Un grand pays comme l’Allemagne doit respecter les choix français.