Lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon

par · 25 janvier 2013

melenchon

Mon cher Jean-Luc,

Vous vous demandez publiquement comment les socialistes appréhendent les relations avec les autres formations de gauche en général, et Jean-Luc Mélenchon en particulier. Permets-moi d’apporter ma pierre à ce débat car il commence à m’inquiéter.

La gauche est plurielle mais elle partage les mêmes valeurs. La gauche désunie ne peut les faire triompher. Tu estimes à juste raison être partie prenante de la victoire de la gauche aux présidentielles. Mais tu as d’emblée avant même le premier pas gouvernemental, décliné toute participation, à l’action de redressement de la France. Tu aurais pu être déçu dans le soutien, tu es parti sur un préjugé : je n’en serai pas. Voilà pourquoi les critiques qui sont, tu en conviendras, systématiques ont moins de force. Car d’emblée, avant toute décision, tu as estimé déjà la victoire trahie.

Dans ta rhétorique, il n’y a jamais de place au bilan des droites depuis dix ans, jamais de critique du PPE qui conduit l’Europe à la récession.

Il ne s’agit pas de te demander un accord avec les socialistes, les écologistes, les républicains, les radicaux au pouvoir, mais dans un souci d’éducation du peuple, comme tu le souhaites, de distinguer les responsabilités. Ce ne serait au passage que justice.

Car rien ne trouve grâce à tes yeux, ni la revalorisation de 25 % de l’Allocation de rentrée scolaire (ARS), ni la hausse du SMIC, dès l’été 2012, ni le relèvement de 20 à 25 % du seuil minimal de logements sociaux dans les communes de plus de 3 500 habitants, ni l’encadrement des loyers, pour éviter les augmentations abusives, ni la construction de 500 000 logements par an, dont 150 000 logements sociaux, ni le déblocage de 50 millions d’euros pour l’hébergement d’urgence, ni la création des emplois d’avenir, dont le lancement est intervenu dès novembre 2012, ni la création des contrats de génération, ni la suppression de la franchise médicale de 30 euros en vigueur depuis 2011 pour les personnes sans-papiers, ni le rattrapage du RSA socle (+10 % d’ici 2017) et la réforme du RSA activité (contre le non-recours), ni la « Garantie » jeunes pour les 18-25 ans qui ne sont ni en emploi, ni en formation, en situation d’isolement et de grande précarité ; Il s’agit d’un contrat annuel, passé avec le service public de l’emploi, comportant des engagements réciproques ; ni l’augmentation du montant de l’Allocation de soutien familial (ASF) et la majoration du complément familial (CF), ni la baisse du plafond de la CMU complémentaire pour permettre à 500 000 personnes d’accéder à une prestation complémentaire, ou les investissements pour l’hébergement (8 000 places supplémentaires) et l’accès au logement (prévention des expulsions, intermédiation locative, etc.), voire le renforcement de l’accès aux crèches et aux cantines scolaires pour les enfants de famille en situation de pauvreté, la création d’un registre national des crédits aux particuliers – « fichier positif » – pour participer à la lutte contre le surendettement, le plafonnement des frais bancaires pour les plus fragiles, à la faveur de la réforme bancaire.

Et tout ceci dans le cadre budgétaire contraint que tu balayes d’un revers de manche mais qui pèse sur les décisions publiques.

Tu peux ne pas dire bravo, mais au moins un « ça je prends », pour te paraphraser. Rien ! Même chuchoter.

Nous attendons un satisfecit qui ne vient jamais, comme si tu étanchais ta soif d’absolu à l’eau salée de ton amertume. Comme si dans notre défaite, il y aurait une secrète victoire contre le PS.

Comme hier l’extrême gauche, tu considères l’UMP et le PS comme un bloc à combattre en bloc.

Mais même si cela était vrai –ce qui reste à démontrer- comment peux-tu espérer triompher, entraîner, voire unir, dans ce classe contre classe d’un autre temps.

Il n’y a plus de rapport de force global ou national. Il n’y a plus de contradictions dans la société. Il n’y aurait que toi portant la vérité d’un peuple engourdi et une classe médiatico-politique unie dans la volonté de te nuire.

Même ton combat contre le Front national ne souffre pas d’alliés car ce serait le dénaturer.

Tout pas en avant est pour toi un renoncement. Toute tentative de soulager la peine des Français un pis-aller.

Tu te plains, après des charges répétées, d’être maltraité par les socialistes. Mais tu dédaignes toutes les mains tendues, toutes les actions communes. Jusqu’à lancer une campagne contre l’austérité, qui désigne de fait le PS comme responsable. Au moment même où nous affrontons des forces, que tu connais bien, qui refusent le mariage pour tous.

Ce splendide isolement indispose, certains de tes amis, qui peuvent nous critiquer mais cherchent à être utiles. Ils reconnaissent l’action sur le terrain et s’étonnent de cette colère que rien ne vient apaiser.

À force d’être dans l’excès, on n’entend plus rien. Non, François Hollande, ce n’est pas Sarkozy. Il n’y a pas de Merkhollande. Dire comme Nicolas Sarkozy qu’il n’y a qu’une politique possible : celle que préconisait Mme Merkel. Ce n’est pas dire qu’il faut maintenant la croissance, la régulation bancaire, voire la taxation des mouvements de capitaux comme le défend le président François Hollande. Enfin, il ne t’as pas échappé que Mme Merkel a appelé à voter aux élections présidentielles pour Nicolas Sarkozy, pas pour François Hollande.

Tu n’as pas le monopole des ouvriers, des salariés, des sans-grade. Chaque jour, les élus socialistes dans les collectivités que nous gérons ensemble s’échinent à les défendre, à les protéger.

« Tôt ou tard notre heure va venir », dis-tu. Mais avec qui ? Pour quoi faire ? Je me permets de te dire sans vouloir t’offusquer que les dits salariés n’ont pas le temps d’attendre. C’est maintenant qu’il faut mettre les mains dans la boue d’un système, d’un modèle à bout de souffle.

Enfin, qui menace qui ? Tu parles de déluge contre le président de la République, le gouvernement ou les socialistes que tu traites de va-nu-pieds. Et tu t’offusques que l’on trouve cela inopportun, que l’on s’interroge sur les alliances à venir.

Qui veut rompre l’ancestrale alliance de la gauche ?

Tu as le droit de le penser. Mais tu permettras de te dire amicalement que cela n’a jamais mené nulle part. Et surtout, ceci a toujours permis « aux autres » de porter des coups plus durs.

Je crois avec détermination à l’union des forces de gauche et des écologistes. Cela n’a jamais été pour moi, arrêter de penser différemment, ni se mettre au garde à vous parce qu’on hausse la voix, mais être utile à la gauche dans le respect de ses composantes.

Alors, il n’est pas trop tard pour hiérarchiser les critiques, de démêler ce qui est bon et de marcher côte à côte.

Ce n’est pas s’aligner, c’est une question d’efficacité.

Nous ne te demandons pas de cesser de dire ce qui ne va pas. Nous n’avons ni cette prétention, ni cette vocation. Nous te demandons de temps en temps de dire que la gauche fait des choses bien.

Mais serait-ce aujourd’hui trop te demander ?

Amicalement.

Jean-Christophe Cambadélis

Les commentaires10 Commentaires

  1. BERLAND dit :

    J’admets parfaitement le ton de J_C Cambadélis à l’égard de J_L Melenchon.
    Mais il faut rester sérieux, JLM chasse les voix des révoltés et des victimes de la crise, et ses accents démagogiques s’adressent notamment à l’électorat commun au PCF vieillissant et au FN.
    JLM fait partie intégrante du système depuis des décennies. C’est un bon orateur. Mais cette qualité ne fait pas un programme sérieux de gouvernement.

  2. mike 794 dit :

    Une lettre ouverte qui sonne juste,et dont les termes et les points sont la réalité de l’avancé du programme PS, meme si tout encore n’est pas fait..il reste encore 4 ans pour faire adopter le programme qui a permis l’élection de FH.Cela dit, tout le monde voit bien que jean Luc Mélenchon veut que le peuple de gauche abatte Hollande dans les urnes, pour récupérer le PS,et les électeurs de Gauche.
    Mais François Hollande est aussi le Président de Toute La France,et de tous..tous..les Français.Alors la politique de FH doit aussi tenir compte de l’opinion publique,tout en adpotant les mesures phares nécessaires..Dommage que certains n’aient pas connu la politique miterrandienne,voir dans certains cas chiraquienne,quant à ce qui touche à la nationalité ,la démocratie et la République.bref plutot d’accord avec »cette remontée de bretelles ».

  3. Lenouvel Axel dit :

    Allen, il ne faut pas reprocher aux autres ses propres turpitudes.
    Vous dites : Jean-LUc Mélenchon cherche l’anéantissement du PS.
    D’abord, rien ne sert de personnaliser cette affaire. L’enjeu c.est le Front de gauche, dont le PS cherche à provoquer l’explosion en menaçant les communistes dans le cadre des alliances locales pour les municipales et en présentant Jean- Luc Mélenchon comme un homme seul rempli d.aigreur. C.est du storytelling de bac à sable.
    Ensuite, vous dites que le FRont de gauche souhaite ravir des parts de marché aux écologistes. Drôle de vision de la politique! Peut-être serait-il plus judicieux de dire que Mélenchon cherche à créer des convergences avec EELV. D’ailleurs, les dirigeants d.EELV et le Parti de gauche se rencontrent officiellement mardi prochain à ce sujet.
    Vous associez le nom de Mélenchon au FN , au populisme et aux nationalisations. Mais c’est quand même un membre éminent du gouvernements M Montebourg qui a fait des propositions allant dans le sens de la nationalisation. Le front de gauche et en particulier M. Melenchon ont soutenu le gouvernement dans cette affaire, jusqu’à ce que le ministre, dont on pouvait logiquement estimer qu’il portait la parole gouvernementale, ait été désavoué publiquement par J-M Ayrault. Arnaud Montebourg est-il à vos yeux un populiste proche du FN ?
    L.Etat n.est pas un faiseur de miracle. L’Etat est l.outil que se donne la nation assurer sa prospérité et sa sécurité. C.est un outil. Et un tel outil on doi s’en servir, pas le briser ou le brider

  4. Bruno Farèniaux dit :

    merci! Merci Jean Christophe pour cette lettre ouverte à notre camarade Melanchon. J’aurais aimé l’écrire tant j’en partage les mots… J’aurais surtout aimé que tu n’ais jamais eu à l’écrire car j’ai le sentiment d’un immense gâchis tant Jean Luc dont je continue de reconnaitre les talents, pourrais mieux servir la cause des plus faibles…
    Amitiés socialistes
    Bruno Farèniaux

  5. socioécolo dit :

    L’irresponsabilité comme justificatif politique

    Quand est ce que les socialistes se décideront à casser cette politique juste au boutiste irresponsable de l’extrême-gauche en s’attaquant à sa base principale :
    – La possibilité pour le patronat de signer des accords avec des syndicats ne représentant pas 50 % du personnel ?
    Si les accords salariaux et autres nécessitaient l’accord des syndicats de gauche pour être signés, ils ne pourraient plus s’abriter derrière l’illusion d’être des purs et durs et véhiculer cette idéologie populiste d’irresponsabilité.
    Tout le monde y gagnerait en particulier lors les alliances politiques de gauche.

  6. allen dit :

    Mon humble avis :
    Je suis surprise du courage dont vous faites preuve. JLM a certes des idées intéressantes qu’il ne souhaite pas les confrontées aux faits, vu que son objectif principal n’est pas le bien de tous mais l’anéantissement du PS.
    Aujourd’hui, il parle d’éco-socialisme uniquement parce qu’il souhaite ravir des parts de marché aux écologistes. Par son action, il a déjà divisé le NPA et il va continuer à diviser pour rassembler autour de lui. En prenant en otage les souffrances des ouvriers comme le FN, il fait le pari du populisme pour gagner leur suffrage. D’ailleurs, écouter les metallos de Florange, les ravages sont déjà faits ; ceux-ci se figurent que seule la nationalisation les aidera à préserver leurs emplois ou bien qu’une loi interdisant des licenciements boursier est la clé. Les ouvrières de Sodimedical, pourraient leur dire qu’ils ont tord car l’employeur peu refuser de leur donner du travail sans les licencier et faire le pari de la faillite.
    Dire la vérité aux Français et important car ils se figurent trop que l’Etat doit exauser tous leurs désirs ou qu’il est un faiseur de miracles instantanés.

  7. Simon dit :

    Si des points m’apparaissent vérifiés, et justifiés, j’aimerais tout de même ajouter que:

    « Jusqu’à lancer une campagne contre l’austérité, qui désigne de fait le PS comme responsable. Au moment même où nous affrontons des forces, que tu connais bien, qui refusent le mariage pour tous. »

    Ceci n’a aucun lien.
    Le FdG et PG qui le compose sont dans toutes les manifestations pour le mariage pour tous. Certes, nous n’arborons pas fièrement les ballons gonflables du PS, mais on est là. On voudrait même aller plus loin, mais ceci est un autre sujet.
    Cela n’a donc aucun rapport avec la campagne contre l’austérité qui est lancée. Cette campagne est avant tout une réponse à ce climat de misère sociale qui est, Mr Cambadélis, le quotidien de million de français (il ne vous a pas échappé que 8-9 millions de compatriote vivent avec moins de 880 euros par mois selon le chiffrage Insee).

  8. El Che dit :

    Bravo monsieur Cambadélis, vous résumez bien cette relation conflictuel que monsieur Mélenchon s’acharne à entretenir avec les socialistes au pouvoir.

    Mais j’ai une question que je me pose souvent sur l’attitude de monsieur Mélenchon, je vous la pose : Que s’était-il passé avec monsieur Mélenchon lorsqu’il avait décidé de quitter le Parti Socialiste ?

    J’ai l’impression qu’il a une haine profonde vis-à-vis du président Hollande et d’une certaines franges du Parti Socialiste. Et que cette haine l’aveugle.

  9. Robert MICHENON dit :

    Tout à fait d’accord avec toi, Jean-Christophe et merci de le dire pour nous.
    Amicalement
    Robert MICHENON
    Un Monde d’Avance à NÎMES

  10. E. P. dit :

    Mr Cambadélis,

    Je vous rappelle que le Front de Gauche n’est pas un satellite du PS mais bel et bien une force autonome. Il est donc mal avisé de votre part d’écrire une lettre ouverte à Mr Mélenchon qui sonne plutôt comme un rappel à l’ordre des troupes…
    J’aimerai également m’arrêter sur une phrase, une formule qui m’a étonnée dans votre démonstration : « C’est maintenant qu’il faut mettre les mains dans la boue d’un système, d’un modèle à bout de souffle ». Comment ? Au PS, on sait que le système capitaliste est à bout de souffle ? Mais alors pourquoi ne pas aller plus loin en mettant à terre ce modèle qui détruit tout, hommes, femmes, planète, ressources et qui n’est encore debout que parce que les hautes sphères financières (« mon ennemi, c’est la finance », vous vous en souvenez ?) s’y attacheront jusqu’au bout ? Malheureusement, vous ne faites que rafistoler, par bribes insignifiantes, ce système et en devenez complices par la même occasion.

    Mr Cambadélis, la question n’est pas de savoir si le Front de Gauche est avec vous ou contre vous, mais bien de savoir quelle est la position du PS vis-à-vis de ce modèle à bout de souffle comme vous le dites si bien.

    Une citoyenne en colère