Où va la France ? (2)

par · 12 avril 2013

drapeaubbrflotant

Piégée par ses déficits, entravée par sa désindustrialisation, plombée par la suprématie de la rente, la France est malade. La part du travail productif se réduit dangereusement. Les grands groupes sont compétitifs mais hors sol français. L’investissement, malgré des efforts sans précédent de l’Etat, encore 20 milliards sans contrepartie ne démarre pas. La croissance est nulle. Le chômage est vertigineux. Même si les atouts français sont patents. Même si nos chercheurs sont pertinents. Même si nos infrastructures vieillissantes sont incomparables. Nos techniciens, notre productivité, notre savoir-faire, notre démographie, sont reconnues. Il y a le sentiment et la réalité d’une panne française. Ce qui produit une France maniaco-dépressive. Une succession d’emballements quasiment hystériques autour de débats secondaires, mais qui servent d’exécutoire à la recherche d’une identité perdue ou d’un âge d’or. Puis des phases d’abattements débouchant sur une haine de soi (la France), un repli communautaire, un fantasme identitaire et un consumérisme boulimique mais bridé par un pouvoir d’achat rogné et le précariat. Les médias dont le modèle économique est percuté par l’élargissement de l’offre et la venue du net, de twitter, sont à l’image et vecteur de cet état. La course à la « news » toutes les heures devient effrénée : successions de bulles dans une bulle. Pendant que la confiance dans la capacité des partis institutionnels pour trouver un chemin, s’étiole. L’abstention est le symptôme de cet état, l’incivisme gagne.

La violence réelle ou virtuelle dans l’espace publique progresse. L’intolérance rançon de la peur est partout, les inégalités s’accroissent, les couches moyenne se précarisent. Le précariat devient un mode de vie pour des millions de français, qui s’agglutinent aux vitrines d’une aristocratie financière vorace. Celle-là même faisant la leçon pour que cela saigne, cela pleure avec une jubilation morbide. Des régions entières dans l’arc de l’est français sont confrontés au chômage de masse, aux industries obsolètes, au déclassement. Le sentiment d’appartenance, d’identité ou de destin, est percuté par la désafiliation, l’émiettement sociologique. Elle même produit de la désertification industrielle. Il s’en suit une colère interclassiste pour toutes les représentations. Cette panne française c’est la mutation improbable, le statut quo impossible. Et c’est là que nous retrouvons l’image exposée hier de la guerre d’Algérie. Il était impossible de garder cette colonie mais il semblait impossible de la quitter. Dans ces conditions, toutes les représentations politiques sont en crise. Elles sont le produit d’hier et tremble à l’idée de penser demain. Et se réfugient dans des jeux de rôle à la mesquinerie évidente. Quant aux institutions bâties pour sortir de la guerre d’Algérie et se tourner vers le marché commun, elles sont obsolètes et un obstacle au renouveau.

 

Les commentaires1 Commentaire

  1. Alain Jammy Schmidt dit :

    Je te conseille un film mais sûrement que tu le connais c’est L’oeuf du serpent d’Igmar Bergman, l’action se déroule en allemangne entre le 3 et le 11 novembre 1923. Ce qui est très fort, c’est de décrire la peur et de regarder comment, elle va créer de plus en plus de discontinuités parmi toutes les classes et couches de la société. Encore merci pour cette fine analyse qui devrait être l’objet d’un livre. Alain JammySchmidt.