Interview dans le Figaro

par · 19 avril 2013

figD’après notre sondage, François Hollande risquerait de ne pas se qualifier pour le deuxième tour si la présidentielle avait lieu aujourd’hui. Quels enseignements en tirez-vous ?

Je ne suis pas étonné. Nos réformes ne produisent pas encore leurs effets alors que les décisions de nos prédécesseurs produisent les leurs. Dans cette situation, une partie du pays s’impatiente face à une politique patiente. Mais le problème est européen. Tant que les droites domineront l’Europe, en estimant que de l’austérité jaillira la croissance, les politiques menées produiront une combinaison de mouvements sociaux et de populisme. La question, c’est comment nous créons les conditions d’une croissance européenne.

Le président a-t-il un problème de méthode ?

Non. Mais il a peut-être un problème de lisibilité. Car il veut redresser le pays sans verser dans l’austérité et la récession, sans créer l’irréparable sur le plan social. Ce discours est moins lisible que ceux qui diraient : maintenant, il faut l’austérité. Mais cette ligne là n’a ni base sociale, ni base politique, et serait un contre-sens économique.

Beaucoup regrette que le dispositif (gouvernement, Parlement, parti) ne soit pas en ordre de marche, contrairement aux années Jospin. Qu’en pensez-vous ?

C’est vrai, notre dispositif ne fonctionne pas. Il faut resserrer les liens entre le président, le premier ministre, le parti et les différents leaders du parti de façon à ce que le dispositif soit plus réactif et plus combatif. La cote d’alerte est atteinte pour le PS. Son leadership est contesté. Il n’est pas en capacité d’impulser malgré toutes les bonnes volontés. Il doit prendre à bras le corps la situation. J’appelle au rassemblement de tous, modernes du PS, gauche du parti, les différents clubs… Nul ne doit être ignoré. Nous avons besoin de tous pour affronter la bourrasque. J’appelle aussi tous les Républicains à prendre conscience de la montée du courant anti républicain dans les urnes et dans la rue. Nul ne peut ignorer que le pays est au bord de la crise de nerfs.

La réponse apportée par le président à l’affaire Cahuzac est elle à la hauteur ?

Oui. Nous reprenons la marche vers une République exemplaire. Je plaide dans ce domaine pour que tout le monde atterrisse. La publication du patrimoine des élus suscite des résistances, car cette publication peut sembler stigmatisante. Il faut trouver une forme qui permette de contrôler sans stigmatiser. Au PS de s’y atteler.

Après le « choc moral », Hollande doit-il initier un « choc politique », par exemple en remaniant son gouvernement ?

Il faut surtout se calmer. Le remaniement est une arme qui ne se manie qu’une fois. Il ne faut pas l’user trop tôt. Il ne faut pas surestimer ce qu’un remaniement peut produire dans l’opinion. Le sujet n’est pas la forme mais le fond. Encore une fois, je souhaite que les socialistes soient plus combatifs et explicatifs. Je plaide pour une offensive du PS.

Le mariage gay est-il un piège pour le gouvernement ?

Non. L’emergence d’un street party, conforté par le cours actuel de la droite et libéré par le recentrage du FN perdurera sous la forme de contestation de la République. C’est une nouvelle donne que les républicains et le PS doivent avoir en tête.

Les commentaires1 Commentaire

  1. merlemoqueur dit :

    En cette période de crise, la Droite n’a qu’un seul but, discréditer le gouvernement et la majorité parlementaire.
    Cette irresponsabilité politique des droites vis à vis des français mériteraient d’être plus souvent soulignée.