Interview dans « Le Nouvel Observateur »

par · 29 avril 2013

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Par Estelle Gross

Jean-Christophe Cambadélis, chargé au PS aux questions européennes revient sur la polémique qui entoure la publication d’un « brouillon » du PS très à charge contre la chancelière allemande.

Que pensez-vous du document de travail du PS chargeant l' »intransigeance égoïste » d’Angela Merkel, qui a déclenché la polémique vendredi?

– Le brouillon avait des formules stigmatisantes et je réprouve la stigmatisation de la chancelière. Mais je réprouve aussi l’interdiction de pouvoir discuter de sa politique quand elle touche l’Europe. La politique de la CDU est respectable mais pas indiscutable.

Pourquoi ce texte, pourquoi maintenant ?

– On prépare une convention du PS, qui a pour but de préparer le mandat des socialistes pour les élections européennes. Pour la première fois depuis le traité de Lisbonne, on désignera le président de la commission au sein de la majorité parlementaire du Parlement Européen. Cela donne à la campagne une dimension continentale. Et cela politise la construction européenne alors que jusqu’à maintenant nous étions dans le compromis entre les socio-démocrates et les démocrates-chrétiens. A partir de là, le parti socialiste, très tôt avec le PSE, prépare son argumentaire et ses propositions pour les élections européennes.

Le petit texte qui a circulé est un brouillon fourni pour servir de colonne vertébrale à la réflexion de la commission des résolutions. Par inadvertance ou malveillance, il a été envoyé à la presse, ce qui a déclenché la polémique. Un texte intégrant tous les amendements sera présenté demain au bureau national.

Dans ce nouveau texte, quels sont les modifications ? Quel est son message ?

– Il s’articule en trois parties : une partie pro européenne, une partie extrêmement critique vis-à-vis des droites, et une partie de propositions. Ce texte est totalement et profondément pro-européen. Il est farouchement opposé aux droites européennes qui dominent et gèrent l’Europe depuis 10 ans. C’est un texte qui vient clairement en soutien à l’action de réorientation de l’Europe défendu par le président Hollande et son action en France.

Le message principal c’est qu’il faut rompre avec le passif des droites européennes qui a conduit l’Europe à un chômage insoutenable, avec des salariés en souffrance face à la dégradation de leurs conditions de travail et de leur rémunération. Nous avons besoin d’une toute autre politique pour relancer l’Europe, relancer la croissance au service des Européens et avancer sur le terrain d’un approfondissement démocratique.

Le gouvernement a-t-il eu son mot à dire ? Ce texte est-il un message qui lui est destiné ?

– C’est indépendant. Que le Premier ministre jette un oeil sur le texte et dise que certaines formules lui paraissent inadéquates me paraît normal. Mais c’est le PS qui décide de son orientation. Le PS est dans un temps long, alors que le gouvernement est dans un temps court.

Ce n’est ni une critique de face ou de biais de la politique gouvernementale. Nous partageons l’idée du président de la République qui est : ce n’est qu’en étant sérieux dans la réduction des déficits que nous pourrons être exigeant dans la réorientation.

Avant la parution de ce texte dans la presse, c’est le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone qui semble avoir mis le feu aux poudres en parlant d’une nécessaire « confrontation » avec l’Allemagne…

– Celui qui a mis le feu aux poudres, c’est Alain Juppé. Il a parfaitement compris qu’à partir du moment où le PSE, donc le PS, faisait porter la responsabilité de la situation dans laquelle se trouve l’Europe aux droites européennes et à la « Merkozy », la droite française serait dans une situation difficile, puisqu’elle devra assumer ce bilan en commun avec Angela Merkel. Pour éviter de se présenter devant les électeurs en faisant ce bilan, Alain Juppé a ouvert une polémique en disant que nous voulions briser l’amitié entre Paris et Berlin.

Les critiques ne sont pas venues seulement de la droite, mais aussi de la part de plusieurs ministres comme Pierre Moscovici, Manuel Valls ou encore Michel Sapin… Le PS est-il allé trop loin ?

– Il faut calmer l’incontinence politique de chacun qui ramène sa science sans avec lu le texte. Je comprends parfaitement ceux qui sont attachés à l’amitié franco-allemande, je le suis aussi. Mais nous préparons, nous les socialistes, une élection qui aura lieu dans un an et nous serons confrontés aux conservateurs européens dont Angela Merkel. Il ne faut pas confondre les instances. Aujourd’hui le gouvernement français gère le pays dans un univers européen contraint, car à majorité de droite. Nous, nous voulons qu’ils puissent le faire avec une majorité de gauche.

Ce genre de polémique nuit-elle à l’amitié franco-allemande ?

– Non ! D’abord, l’Allemagne n’est pas un bloc. Il y a d’autres voix, comme celle défendue par le SPD et les Verts. Le rôle du PS est de soutenir la politique et la campagne des socio-démocrates allemands qui lui semble conforme au rayonnement de l’Allemagne et à la relance de l’Europe.

Un terrain d’entente est-il possible avec l’Allemagne ?

– Bien sûr ! Quand je vois Peer Steinbrück proposer après le congrès du SPD un Smic allemand, je trouve que ça va dans le sens d’une relance interne de l’Allemagne qui est demandée par tout le monde. Y compris par le secrétaire d’Etat américain John Kerry lorsqu’il vient en Europe.

Il faut être très sérieux en France, ce qui n’a pas été le cas précédemment, et être dans la « pression amicale » pour reprendre la formule du président.

Vous semblez miser sur une victoire du SPD aux législatives de septembre, n’est-ce pas un pari risqué ?

– Je ne spécule pas sur la victoire de l’un ou de l’autre. Je défends des principes. On aurait tort de spéculer sur la victoire d’Angela Merkel, car c’est beaucoup plus compliqué que cela. Les sociaux démocrates et les écologistes feront un excellent score aussi. La question pour moi est de préparer les élections européennes.

La construction européenne ne se fera ni sans l’Allemagne, ni sans la France et surtout pas sans les peuples. Ce n’est pas à nous de nous substituer au peuple allemand, comme en son temps, c’est un clin d’oeil, Angela Merkel avait pu le faire en venant soutenir Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle.