Interview dans Libération

par · 2 mai 2013

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INTERVIEW Jean-Christophe Cambadélis veut clore le débat sur l’antigermanisme du PS :

Recueilli par LILIAN ALEMAGNA

Face à un PS critiqué pour avoir ciblé Angela Merkel dans un projet de résolution sur l’Europe, le socialiste Jean-Christophe Cambadélis, chargé des questions internationales, insiste pour que le parti dispose d’une autre «temporalité» que celle du gouvernement.

Que répondez-vous aux accusations de «germanophobie» ?

Je suis sidéré du culot de MM. Juppé, Copé et Fillon pour une formule mal ajustée dans un brouillon. Qui a déclaré, en avril 2007 : «La France n’a jamais cédé à la tentation totalitaire. Elle n’a jamais exterminé un peuple. Elle n’a pas inventé la solution finale» ? Nicolas Sarkozy !

Les expressions choisies – «intransigeance égoïste de la chancelière Merkel» – ont été jugées maladroites. Y compris à gauche…

Tournons la page de ces formules contestées et contestables. Revenons au texte final adopté : nos adversaires, ce sont les conservateurs.

Vous aviez ciblé Merkel puis maintenant, plus largement, les conservateurs. Pourquoi changer ?

Dans le premier texte, nous parlions des conservateurs européens ! Et la CDU de Mme Merkel pèse d’un poids certain au sein du Parti populaire européen… La chancelière allemande est hésitante, entre l’Europe sans solidarité du Britannique David Cameron et l’intégration solidaire de la France ; entre une partie de son électorat composée de rentiers ne voulant pas payer pour les autres et une autre partie, faite de salariés et d’entrepreneurs, souhaitant une relance.

Claude Bartolone a parlé de «confrontation» avec l’Allemagne. Manuel Valls a jugé ces propos «nocifs». Les socialistes étalent une fois de plus leurs divisions…

Il y a deux temporalités : celle du gouvernement et celle du Parti socialiste. Je comprends que, d’un côté, l’exécutif ne souhaite pas rendre plus difficiles des négociations européennes déjà compliquées. Mais, de l’autre, le PS doit pouvoir, lors des européennes de 2014, incarner l’espoir d’une autre politique pour l’UE. Sans cela, nous serons balayés par des populistes ou d’autres forces.

Le PS est-il incapable de s’entendre sur l’Europe ?

Non. Nous avons intégré dans la résolution l’exigence de la gauche du PS d’un traité social. D’autres de ses amendements seront soumis aux militants. Mais le PS doit être la colonne vertébrale dans la construction d’une nouvelle majorité européenne. Pas une avant-garde.

Mais comment être crédible avec un gouvernement et sa rigueur ?

Les droites sont majoritaires en Europe depuis plus de dix ans. Que ce soit au niveau intergouvernemental, à la Commission ou au Parlement européen. Pour répondre à la crise, la CDU et les conservateurs ont choisi l’austérité : des ajustements budgétaires avec une limitation maximum des solidarités. Nous, sociaux-démocrates, plaidons pour une utilisation intelligente de la politique monétaire – s’attaquer à l’euro trop cher, démultiplier les investissements productifs, alléger le poids de la dette de certains Etats… Et nous sommes en désaccord avec les droites sur les réformes structurelles. Pour elles, il s’agit de libéralisations idéologiques. Pour nous, de réformes intelligentes.

Jean-Luc Mélenchon a parlé de «molletisme européen» du PS, soit prendre Merkel comme bouc émissaire pour cacher vos échecs…

Il avoue là qu’il est ennuyé par l’inflexion de la social-démocratie européenne. Lui identifie le désendettement de la France à l’austérité pratiquée en Grèce, en Italie, en Espagne ou au Portugal. La politique rigoureuse que nous menons a, certes, des conséquences sociales que nous déplorons, mais elle est due à la montagne de dettes laissée par la droite. Elle n’a rien à voir avec les mesures épouvantables que l’on a fait prendre à ces pays !

Car il y a une «inflexion» des sociaux-démocrates européens ?

Oui. Elle fait suite à une maturation depuis le déclenchement de la crise. Elle est aussi due au traité de Lisbonne : à partir de 2014, le président de la Commission sera issu de la majorité du Parlement européen. Cette règle brise le compromis historique entre la social-démocratie et la démocratie chrétienne dans la construction de l’Union européenne. La nouvelle donne parlementarise les institutions et offre au scrutin un enjeu majeur : une campagne continentale.

Cela vous permettrait aussi d’éviter une sanction nationale…

La réaction de l’UMP prouve que la droite craint aussi la sanction : elle va se trouver enfermée dans le bilan de Merkel et Sarkozy, devoir assumer qu’ils sont de la même famille que la chancelière allemande, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, ou encore M. Borissov, empêtré en Bulgarie dans une affaire d’écoutes de son opposition. Il faut politiser l’Europe et européaniser la politique française. Pour ce scrutin, les sociaux-démocrates auront leur candidat à la présidence de la Commission, les conservateurs aussi, les Verts évidemment. Seule Marine Le Pen restera enfermée dans le cadre national.

Pensez-vous que les Français sont prêts ? Les européennes battent toujours des records d’abstention…

Totalement. Ils seront intéressés à partir du moment où leur vote ne sera pas fait pour témoigner mais pour peser.

Les commentaires1 Commentaire

  1. bleuetoiles dit :

    pour combattre l’abstention aux elections européennes, il faudra beaucoup de com , pour expliquer l’utilité de l’ UE , les enjeux , les perspectives ……………..

    nous comptons, aussi , sur le secretariat national !!!!!!!!!!!!!!!!!