Interview dans l’Hémicycle

par · 6 juin 2013

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Jean-Christophe Cambadélis a donné une interview au journal l’Hémicycle que vous pouvez retrouver ci-dessous:

Sur la phase politique du «mariage pour tous» :

Comment avez-vous jugé l’opposition de l’UMP dans le débat sur la loi « mariage pour tous » ? Quel regard portez-vous sur les mouvements qui se sont constitués contre ce texte, comme le «Printemps français», peut-on faire une comparaison avec le Tea Party américain ?

C’est en France ce que j’appelle le « Street Party ». Un mouvement « anti » démocratique se nourrissant dans et par la rue (manifestation, action spectaculaire, etc). Il est produit de la rencontre entre une extrême droite culturelle et une radicalisation de la droite classique libérée par la crise de l’UMP et le « recentrage » du FN. La « droitisation » de la campagne de Nicolas Sarkozy lui a donné une légitimité politique. Le débat sur l’identité a produit sa légitimité idéologique. Maintenant, la droite classique est confrontée au dilemme « récupérer ou délimiter ». Pendant que le Front national va trouver dans cette radicalisation hors UMP le champ culturel d’un nouveau développement. Il y a vraiment danger car la récession peut conduire à la jonction des protestations.

Lors de cette phase politique du «mariage pour tous» -qui s’est avérée être la plus difficile de ce début de quinquennat-, le PS a-t-il été assez présent ?

Il fut à l’Assemblée remarqué. Mais nous avons surestimé le rapport de force dans la société pour les tenants de cette avancée. Lorsque j’ai dit très tôt que cela devait être le mariage et l’adoption, point final, repoussant de fait la PMA. J’ai été très critiqué même si de nombreux députés de gauche ont soutenu ma proposition. Je suis toujours sceptique vis-à-vis de ceux qui veulent imposer des avancées plus radicales que la société peut les supporter. Dans notre époque de régressions, la gauche a perdu son hégémonie culturelle. Sur le plan économique, il faut redresser le pays avant de redistribuer. Sur le plan idéologique et culturel, le PS devrait s’attacher à reconstruire une hégémonie avant de proposer de nouvelles avancées. Sûre de son bon droit,-et il l’est souvent- la gauche avance comme si elle était dans le rapport de force des années 70. D’une part, le monde a changé. Et d’autre part, nous ne sommes plus dans une phase offensive mais dans un moment défensif.

Sur les prochains scrutins pour le PS :

Craignez-vous des élections municipales et européennes compliquées pour votre parti ? Vont-elles modifier les rapports de forces dans la majorité ? La gauche plurielle, c’est du passé ?

L’union est un combat et une nécessité. C’est la mobilisation des électeurs qui fera la différence aux municipales. De ce point de vue, dans la part nationale de la mobilisation électorale –car il y a aussi une dimension locale- notre électorat a besoin de marqueurs pour se mobiliser. Il est urgent de les rendre visibles sinon c’est l’abstention assurée. Plus globalement, je constate une fragmentation politique, un émiettement de la société. La perte de sens, d’espoir, d’esprit collectif fait des ravages. Et il est illusoire de le sous-estimer en faisant l’autruche dans les appareils partisans. Le rythme du redressement économique est plus lent que la décomposition politique. Nous allons au choc, municipal, européen, régional, on le sait. Alors je trouve que Jean-Luc Mélenchon est irresponsable dans le sens où il s’extrait des responsabilités de la vie politique de la gauche et donc du pays. Son objectif stratégique de briser le PS participe de l’aphasie dans la gauche, de la démotivation, du découragement. Tout cela ne me dit rien qui vaille, d’autant que les résultats de la partielle de l’Oise ne profite pas à sa formation politique.

Le PS va-t-il, comme vous le souhaitez, engager un combat contre les droites européennes ?

C’est parti ! Le texte pour la convention européenne du PS de milieu juin est totalement sur ce registre. La polémique autour de ce texte l’a paradoxalement crédibilisé. Le Parti socialiste européen qui se réunira à Sofia les 21 et 22 juin sera clairement sur ce thème. Les récentes déclarations de M. Barroso, approuvées par le commissaire UMP Monsieur Barnier, exigeant un tour de vis libéral, confirment mon jugement. Soit les droites seront battues, soit c’est au choix le KO ou le chaos.

De son côté, Jean-Luc Mélenchon espère voir passer le FDG passer devant le PS aux européennes… C’est possible ?

Tout est possible, y compris que le FDG soit le grand battu. La clé, c’est la crédibilité de l’alternative européenne. Soit nous saurons l’imposer, soit les anti-européens s’imposeront. Contrairement à Jean-Luc Mélenchon, notre but n’est pas de battre ou de supplanter un parti de gauche mais de battre les droites européennes. J’attire l’attention de tous, sur les conséquences de la division à gauche. Il n’y aura pas de gagnant ou de recomposition sur la défaite de l’une des composantes de la gauche et des écologistes. J’appelle au sursaut à l’intérêt général ; redresser industriellement et moralement la France, défendre le renouveau de l’État social, réorienter l’Europe, est une tâche titanesque dans la période de dislocation européenne, d’affaissement de l’État protecteur que nous vivons.

Sur un plan plus personnel :

Vous avez revendiqué une certaine liberté de parole, au sein de la majorité… Pourriez-vous entrer au gouvernement, dans le cas d’un éventuel remaniement ?

Le Parti socialiste a été vidé de ses principaux dirigeants et l’élite socialiste a été littéralement absorbée par l’État. Ce n’est pas anormal, mais conduit à l’affaiblissement du principal pilier de la majorité. Il règne dans le PS, dans les groupes parlementaires, un repli technocratique, une dépolitisation alors que le gouvernement, malgré les efforts du Premier ministre, manque de lisibilité, de marqueur politique.

Le travail parlementaire est excellent, le gouvernement, avec ténacité, commence à inverser la tendance. Mais chacun est dans son couloir, la tête dans le guidon, attendant que le président s’exprime. La vie politique ne se réduit pas à la seule excellence de la loi. Elle a besoin de sens, et je m’y consacre.

J’ai en outre décidé depuis longtemps de placer mon action dans le mouvement socialiste plutôt que me fixer l’objectif d’une carrière ministérielle. Je suis aujourd’hui premier vice-président du PSE chargé des programmes et des élections. Je crois qu’il y a la possibilité d’obtenir une autre majorité en Europe. Cela permettra une autre politique, plus favorable à la croissance et au social et d’élire un président de gauche à la tête de la Commission.

Ce qui me permet d’être utile à la gauche, à mon pays, tout en gardant une grande liberté.