La place Taksim est un lieu symbolique, mémoire du 1er mai

par · 7 juin 2013

Taksim_Square

Lieu branché des Kémalistes mélomanes, des Chiites, de la jeunesse étudiante, des écologistes, des Kurdes, cela fait beaucoup pour un régime confronté à des revers internationaux et des inquiétudes sur la tendance autocratico-confessionnelle du régime.

Au point de départ l’AKP, le parti de M. Recep Tayyip Erdogan, a profité doublement de la volonté de la bourgeoisie commerçante d’Anatolie et des ruraux de secouer l’establishment politico-militaire. Il s’agissait de s’ouvrir au marché mondial, de rejoindre l’Europe, d’une diplomatie « zéro problème » de voisinage, et de retrouver le chemin d’un islam modéré garant face aux débordement des mœurs garantis par la laïcité.

La marche à l’Europe piétine, l’environnement s’est dégradé, la Turquie est fâchée avec Israël, ses relations complexes avec l’Iran, l’afflux de réfugiés syriens n’a pas arrangé l’image du pouvoir.

Dans le même temps, le Premier ministre cherche à changer la Constitution pour en faire un régime présidentiel et à accentuer la confessionnalisation de la société. Au point que certains soupçonnent le régime d’avoir ouvert les négociations avec les Kurdes pour obtenir des voix au Parlement pour faire passer la modification de la Constitution. C’est dire le degré de méfiance dans le pays.

Voilà pourquoi sur fond de moindre performance économique, l’explosion turque avec un mort, 1740 blessés et 1730 interpellations ressemble plus à un 1968 contre le Général de Gaulle qu’au Printemps arabe. Mais la décision de manifester en Egypte et en Turquie le même jour contre les Frères musulmans marque une évolution inattendue dans un Proche-Orient qui est donc proche de l’Europe et de plus en plus incontrôlable.