Pierre Mauroy: La gauche a perdu son beffroi

par · 7 juin 2013

Pierre_Mauroy_1981

Comme tous les socialistes, comme tous les Français je suis triste de la mort de Pierre Mauroy. Cet homme avait la passion de la gauche et de Lille. C’est un monument de la gauche, un homme dont l’histoire et la vie sont une saga du socialisme.

Enraciné dans les terres du Nord, Pierre a toujours été un combattant. Je ne peux oublier le mouvement ample de ses bras, terminés par ses mains fines qui moulinaient dans l’air, comme pour remuer une gauche qui ne devait pas se reposer tant il y avait de choses à faire.

Pierre avait grandit dans la SFIO de Daniel Mayer et de Guy Mollet.

Dirigeant des Jeunesses socialistes à la fin des années 40, fondateur de la fédération Léo Lagrange, puissant responsable de la fédération du Nord, il fut avec Gaston Defferre un des artisans de la victoire de Mitterrand au congrès d’Epinay.

Pierre fut surtout le premier Premier ministre socialiste de la Ve République. L’homme qui fut à la barre alors que la gauche commençait à exercer le pouvoir c’est-à-dire à se confronter à la réalité.

Tâche immense, tâche ingrate, tâche indispensable. On ne change pas un pays avec des anathèmes ou des hésitations.

Pierre c’est l’homme qui a toujours gardé la maison. Dans les années 60 quand la SFIO était contestée, dans les années du pouvoir au moment par exemple du terrible congrès de Rennes.

Puis il succéda à Willy Brandt à la tête de l’Internationale socialiste à un moment où l’IS devenait véritablement internationale.

Enfin, à la tête de la Fondation Jean Jaurès, le vieux sage veillait sur la mémoire du socialisme en même temps qu’il présida au renouvellement de ses idées.

Depuis son beffroi de Lille, Pierre était devenu un patriarche modeste mais dont l’histoire nous inspirait. Il avait la passion de la gauche et la passion de Lille.

Je ne puis penser à Pierre et à ce qu’il nous laisse et dont nous ne mesurons pas encore toute la portée, sans avoir une pensée pour tous mes amis à Lille, dans le Nord ou à la Fondation Jean Jaurès qui furent pendant toutes ces années ses compagnons de route.

Il aura vécu assez longtemps pour être un témoin de la victoire de François Hollande et des premiers temps du gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

Adieu Pierre, sans toi, rien de tout ce que nous sommes n’aurait été possible.