Réforme des retraites: interview dans Le Monde

par · 13 juin 2013

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Propos recueillis par Bastien Bonnefous

Faut-il selon vous une grande réforme ou une réforme plus conjoncturelle sur ce dossier ?

Le PS, qui a mis en place son propre groupe de travail sur les retraites, souhaite que le gouvernement ne cède ni aux sirènes du grand soir, ni à l’immobilisme. La méthode choisie jusqu’à présent nous semble bonne car elle respecte les partenaires sociaux, la retraite par répartition donc la solidarité, et elle respecte aussi les faits. C’est comme cela qu’il faut aborder une réforme qui a un aspect à la fois conjoncturel et structurel.

S’attaquer aux retraites est toujours très sensible politiquement, surtout dans le contexte économique et social actuel. Quelles sont les lignes à ne pas franchir ?

Il faut tout mettre sur la table et ne pas avoir de réforme cachée. Le gouvernement devra être la gare de triage de l’intérêt général, sachant qu’il y a deux principes à respecter. Le premier est qu’il y a un vrai déficit de la branche retraites et tout le monde doit s’en convaincre. Celui-ci est dû au ralentissement économique mais aussi à l’allongement de la vie. Il faut donc le traiter à court terme en trouvant 7 à 8 milliards d’euros, et à long terme. Mais il faut aussi intégrer les efforts économiques mis en place, c’est-à-dire la compétitivité. Il nous faut trouver un équilibre qui permette de passer l’obstacle et de pérenniser les retraites dans la justice. Si on veut tout faire, on peut courir le risque de ne rien faire, Juppé nous l’a montré en 1995.

Aligner le régime des retraites dans le public sur celui du privé serait-il selon vous une réforme juste ?

Cette question doit être posée. Il ne doit pas y avoir de sujet tabou, mais il ne faut pas en faire non plus le marqueur de la retraite. Il y a d’autres marqueurs : le niveau de vie des petites retraites, l’égalité hommes-femmes, la pénibilité… Il ne faut pas suivre les ayatollahs de la réduction, mais il ne faut pas non plus croire ceux qui pensent que demain sera forcément toujours meilleur. Il faut avancer dans une réforme juste et équilibrée.

Le gouvernement explique que puisque l’on vit plus longtemps, il va falloir travailler plus longtemps pour justifier l’allongement de la durée de cotisation. Lorsque la droite portait cet argument sous le précédent quinquennat, le PS la critiquait. Pourquoi a-t-il changé d’avis ?

Je crois qu’il y a eu une maturation dans l’opinion sur ce sujet. Personne aujourd’hui ne remet en cause l’aspect structurel des déficits, même si on peut penser que l’aggravation est aussi due au manque de croissance économique, donc le retour de la croissance que nous préparons devrait logiquement améliorer en partie la situation. C’est la raison pour laquelle je milite pour la réversabilité. Il ne faut pas s’enfermer dans une réforme absolue, mais traiter le problème à fond tout en se laissant des possibilités de réajuster en fonction de notre croissance future.

La CGT menace déjà d’un conflit social en septembre, plusieurs élus socialistes s’inquiètent aussi du calendrier de la réforme, craignant qu’elle ne vienne polluer la future campagne des municipales. Le gouvernement doit-il se préparer à une rentrée mouvementée ?

Il me semble que l’on crie avant d’avoir le texte. C’est de bonne guerre pour les syndicats, ça l’est moins pour les politiques. Il sera toujours temps quand les arbitrages seront faits de dire si le curseur est juste ou pas. Si on respecte la méthode, je suis persuadé que l’on peut arriver à une réforme, qui sans avoir un consensus général, peut satisfaire le plus grand nombre. Maintenant la rentrée sera difficile et pas simplement sur la question des retraites : le chômage est là, les Français font des efforts. Il y a aussi des restrictions budgétaires, les allocations familiales et le bilan que nous a laissé la droite. On va moins doter les collectivités locales et il y a la bataille que l’on mène en Europe pour la réorientation de la construction européenne. Tout cela fait un menu lourd pour l’automne.