Mon discours lors de la Convention nationale « Notre Europe »

par · 16 juin 2013

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Chers amis, chers camarades,

Merci à toi Pierre Mauroy pour ce que tu as fait pour le socialisme. Permettez-moi d’abord de remercier tous ceux qui ont contribué à ce bon texte de rassemblement. Catherine Trautmann la co-présidente de la convention, mais aussi Estelle Grelier et Jean-Louis Bianco rapporteurs généraux ; les rapporteurs des cinq groupes : Pervenche Berès, Karine Berger, Philip Cordery, Didier Boulaud, Jean-Marc Germain, Laurent Grandguillaume, Axelle Lemaire, Juliette Méadel, Gilles Pargneaux et Bernadette Vergnaud.

Je voudrais aussi saluer le travail des porteurs des amendements nationaux : Emmanuel Maurel, Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche, Guillaume Balas, Zaki Laïdi, Patrick Ardoin, Pierre Larrouturou ou Alain Bergounioux.

Une mention spéciale dans les amendements nationaux à Guillaume Bachelay qui pousse la passion du débat au point ultime, jusqu’à écrire le texte et déposer des amendement.

Merci à Thierry Repentin, ministre des Affaires européennes, aux parlementaires experts qui nous ont éclairés et au militant de Matignon, Jean-Marc Ayrault qui a suivi nos travaux avec confiance et bienveillance.

Le premier enseignement de notre Convention, c’est la participation au débat ; dans la fourchette haute, c’est dire que ceux qui ont fait le pari de la désaffection on eu tort.  Cela démontre que les militants mesurent parfaitement l’enjeu, et sont dans le soutien à la politique européenne du président de la République. Et notre Premier secrétaire Harlem Désir a donc eu raison de fixer tôt la clarification et l’ambition des socialistes en matière européenne.

Alors évidemment il y a eu tous les classiques des conventions : des maladresses, des surenchères. Comme dans les courses cyclistes, la préparation du sprint final, on voit les grosses équipes se mettre en route, ça s’est frotté un peu. Mais au final,  » Habemus synthèse « . Comme il se doit !

Ce n’était pas inespéré tant les points de vue se sont rapprochés. À tel point qu’Emmanuel Maurel a dû lâcher la célèbre formule : « la gauche du parti veut des preuves d’amour ».

Au cours des commissions des résolutions ou dans les Assemblées générales de présentation ou le mot que j’ai le plus souvent prononcé aura été « mais c’est déjà dans le texte ».

I. Une euro-vision

Nous pouvons dire ce matin que le Parti socialiste s’est doté d’une euro-vision.

Le Monde a profondément changé depuis la chute du Mur de Berlin. Si le système capitaliste, libéral, mondialisé est entré dans la crise sous le double impact de la domination d’une finance « fictive » c’est-à-dire spéculative et l’émergence d’une nouvelle division internationale du travail, si la planète n’est plus dominée par le monde occidental, si le développement faramineux des couches moyennes dans les pays émergents pose la question de la soutenabilité du modèle de croissance vorace en énergie, si les temps modernes sont ceux des « crises conjointes », l’Europe déroule à l’envers la pelote de sa propre histoire. Nous assistons à la Grande Régression européenne.

Récession économique, chômage de masse, perte de parts de marché mondial, montée des égoïsmes nationaux, montée du nationalisme.

Pourtant l’Europe, c’est LE continent des conquêtes sociales et de l’État social. C’est un produit intérieur brut qui dépasse 12 000 milliards d’euros. À titre comparatif, la Chine pèse 4000 milliards et le Brésil 1500 milliards. Les ménages de l’Union européenne possèdent un patrimoine de plus de 50 000 milliards, dont plus de 25 000 d’actifs financiers, soit vingt fois les réserves chinoises. Le niveau de l’enseignement, de l’éducation, de la protection sociale et sanitaire est incomparable dans le Monde. L’Europe a été aussi à la pointe dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Comment se fait-il qu’un continent qui a su surmonter l’effondrement de l’empire soviétique, certes grâce à l’intelligence stratégique de François Mitterrand ; comment ce continent est-il devenu un agrégat de peuples désunis ?

Ce n’est pas l’Europe qui est en cause, encore que son mode de fonctionnement opaque technocratique produisant de la norme à n’en plus finir, sur la base de traités signés par les États membres, pourrait et doit être critiqué au nom du principe de contrôle par les peuples de la construction européenne.

Non, ce n’est pas l’Europe qui est responsable, ce sont les politiques qu’on y mène.

Avec notre convention le « PS devient le premier parti européen de France. Le seul voulant construire une euro-alternative à la droite ».

Car c’est la droite qui nous a menés là où nous sommes. C’est la droite en France, mais aussi en Europe, qui a été aux commandes pendant plus d’une décennie. C’est la droite qui a choisi par deux fois ce naufrageur de l’Europe qui est monsieur Barroso.

Et comme le dit notre texte, une gestion à contretemps, à contre-cycle de la crise, à la remorque d’intérêts nationaux et électoraux à court terme (…) les conservateurs appliquent dans l’Union les recettes qui l’ont plongée dans la crise : le libre-échange commercial comme horizon des relations extérieures, l’austérité comme étalon à l’intérieur de nos frontières.

Aujourd’hui encore, la commission Barroso veut, à marche forcée, nous faire rentrer sa condition dans la négociation d’un accord de libre-échange transatlantique. Il n’a pas de raison de refuser de discuter tant le marché américain est si souvent protégé.

Mais cela mérite pour le moins une réflexion géopolitique avec une Amérique qui se tourne vers le Pacifique et cherche à assurer ses arrières.

Cela nécessite aussi quelques garanties économiques. On s’est précipité sans mandat avec le Canada et on ne sait comment en sortir.

Il faut saluer la position courageuse et claire de Jean-Marc Ayrault : « la France opposera son véto si on inclut les biens culturels dans les négociations » – et nous avons gagné, ce qui cadre l’ensemble des discussions. Dans ce domaine, la France avec le Parlement européen ont été l’honneur de l’Europe.

C’est encore l’Europe à deux vitesses où pour l’accord de libre-échange, il faut faire vite ! Mais dans le domaine de la croissance, on a le temps.

Eh bien, non seulement nous nous battrons au PSE pour faire défendre notre position. Mais je défendrai l’idée d’une conférence transatlantique des progressistes regroupant partis et syndicats.

Les droites européennes se sont enfermées dans une théorie qui a jeté les pays dans la ruine et les peuples dans la rue qui se résume par ce slogant : « de l’austérité jaillira la croissance ».

Mais derrière cette politique, il y a le projet caché des droites européennes qu’impudemment monsieur Cameron a énoncé : « le grand marché plutôt que la solidarité ». Voilà où se situe le problème en Europe : la grande controverse entre la gauche et la droite.

La grande controverse s’est engagée en Europe. Oui, l’enjeu des prochaines élections européennes lors des prochaines élections européennes, c’est  deux enjeux, deux visions, deux desseins qui vont s’opposer entre les conservateurs et les sociaux-démocrates.

Soit il y aura une majorité de droite et un président de la Commission de droite, et c’est une continuité qui conduira, je le pense, à la catastrophe européenne, soit nous bâtirons une autre majorité, une majorité progressiste qui réorientera l’Europe et il y aura au bout l’Espoir.

Nous sommes conscients que ce combat majeur est historique. Il se déroulera dans une conjoncture difficile car le douloureux redressement de la France suite au calamiteux bilan de la droite en France peut obscurcir l’enjeu. Dans ces conditions, il faut incarner l’euro-alternative et notre texte nous en donne les moyens.

Nous sommes conscients que la dureté de la politique menée par les droites européennes provoque dégoût et colère et peut produire abstentionnisme de masse et montée d’un courant multiforme anti-européen. Ce serait la paralysie.

Nous ne voulons ni le maintien d’une majorité de droite au parlement ni d’une poussée nationaliste anti-européenne au Parlement européen ou europhobe.

Nous ne voulons ni l’immobilisme ni la confusion, nous voulons la réorientation.

Battre les droites, faire barrage aux nationalistes europhobes… Voilà où se situe le problème de l’Europe.

II. La réorientation.

Le président de la République François Hollande, l’a ouverte sur la base de la défaite de l’une des composantes de Merkozy, en juin 2012. C’est ce que voulaient les Français.

Le triptyque  de la réorientation, c’est la croissance-emplois, l’intégration solidaire et l’Europe différenciée. C’est le cœur de notre texte, une des priorités des socialistes.

1°. L’intégration solidaire s’oppose terme à terme au projet de Cameron du grand marché.

Pas de projet sans solidarité pour la gauche, un grand marché plutôt que la solidarité pour la droite sortante.

2°. L’Europe différenciée s’oppose au blocage de toute sorte. C’est la méthode pour faire repartir le moteur européen qui ne saurait pas se réduire au franco-allemand même s’il est indispensable.

L’Europe différenciée pour la gauche, l’Europe immobile pour les droites européennes.

Harmonisation fiscale, harmonisation sociale, lancement de grands projets d’infrastructures industrielles, technologiques, scientifique, énergétiques. Comme nous avons eu la monnaie unique, l’espace Schengen, Airbus ou la coopération renforcée pour taxer les transactions financières, nous voulons une nouvelle méthode de construction qui reprenne à son compte la théorie de l’engrenage cher à Monnet.

3°. La croissance et l’emploi. Sortir l’Europe de la récession, réduire le chômage, voilà l’ambition du projet socialiste.

Grands projets industriels et énergétiques, priorité à la jeunesse, augmentation du budget européen, traité énergétique, traité social ; réguler la finance, gouvernement de la zone euro ; juste échange, la mutualisation de la dette, les euro-projets, une banque européenne agissant comme les autres banques centrales, les propositions ne manquent pas.

Et parce que l’Europe a besoin de croissance et pas d’austérité. Il faut réviser le pacte de stabilité ou l’infléchir en donnant la priorité à la relance et à l’emploi.

Mais aussi agir en faveur d’une parité plus équilibrée de l’euro. Nous n’acceptons plus que les efforts de compétitivité soient ruinés par un euro cher. Et le Parti socialiste, cher Jean-Marc, demande et demandera son inscription à l’ordre du jour du Conseil européen.

III. Européaniser la politique et politiser l’Europe.

Trois faits majeurs vont modifier la donne européenne.

D’abord, la présence d’un socialiste à la présidence de la République française donne un point d’appui dans le concert conservateur des gouvernements européens. François Hollande est devenu, en un an, l’avocat des peuples pour la croissance et contre l’austérité.

Ensuite, le Traité de Lisbonne ouvrant la voie à un président de la Commission issu de la majorité parlementaire politise la construction européenne et pousse à une campagne continentale. Il y aura une mobilisation de tous, de l’extrême gauche à l’extrême droite.

Enfin, quoi qu’il se passe nous allons assister à un tournant en Allemagne. Économique d’abord. L’Allemagne a mangé son pain blanc. Elle est au bord de la récession. Le prochain chancelier aura à gérer ce décrochage. Mais politiquement ensuite, car soit madame Merkel sera battue, soit elle sera en coalition. En septembre, la droite allemande sera sous contrainte.

C’est à nous de saisir la chance historique qui se présente devant nous pour desserrer l’étau sur l’Europe et sur la France.

C’est à nous de devenir la colonne vertébrale du PSE, sans hégémonisme, avec patience et pédagogie pour que la campagne soit clairement le débat alternatif.

C’est à nous de mettre au centre l’enjeu européen et l’espoir qu’il représente pour changer les paramètres du continent européen. Nous ne gagnerons pas si nous sommes dans le maelström idéologique de la droite européenne. Il faut être dans le combat contre la droite. Soixante dix sièges de députés nous séparent de la majorité du changement. Deux ou trois sièges par pays ! C’est à portée de la main !

Ne mettons pas notre drapeau européen dans notre poche. Menons de front redressement de la France, campagne municipale, campagne européenne.

Dans l’état actuel de l’opinion européenne, l’enjeu va être « qui portera l’espoir » ou qui jouera des désespoirs. La conquête de l’espoir d’un renouveau européen. C’est ce que nous commençons aujourd’hui.

Nous avons débuté le combat pour la réorientation.

Nous sommes les seuls à pouvoir l’imposer.

L’UMP ! C’est les droites européennes de monsieur Cameron ou madame Merkel, des Orban ou autres.

Le FN ! En renonçant à l’euro, ils renoncent à réorienter l’Europe et seront « le flanc garde », meilleur allié des droites européennes.

Personne d’autre en Europe n’a assez de force, de puissance, de représentativité, pour changer le cours de l’Europe.

Nous nous sommes réunis au-delà de nos divergences par un texte incisif et robuste.

Le Parti socialiste est maintenant prêt pour porter le renouveau en Europe. Merci de l’avoir permis.