Egypte: le Thermidor en marche

par · 14 août 2013

egypteLa révolution égyptienne rentre dans sa phase thermidorienne.

C’est-à-dire un coup d’état militaire au nom de la nécessité de sauver la révolution, après la chute de l’ancien régime, l’échec de la transition militaire, le marasme de Morsi sur fond de remise en cause de la laïcité, le coup de velours des forces opposées aux Frères musulmans avec le soutien de l’armée déposant Mohamed Morsi.

C’est aujourd’hui l’armée qui affronte directement les Frères musulmans. Dans le jeux à trois que nous analysions, l’armée tente d’avoir le dernier mot. Utilisant l’isolement politique et diplomatique des Frères musulmans, appuyant les démocrates ainsi que tous ceux qui luttaient contre le cour donné au pays par le Président Morsi et son gouvernement, l’armée abat ses cartes avec une brutalité condamnable, décrète l’état d’urgence et veut s’imposer comme le parti de l’ordre.

La démission de Mohamed El Baradei, les protestations de nos amis sociaux-démocrates, ne feront pas reculer l’armée qui a eu peur d’une part de l’islamisation de l’Etat et de l’armée initiée par Morsi et du mouvement révolutionnaire qui pouvait s’attaquer à ses privilèges d’autre part.

L’armée brûle ses vaisseaux pour aller où ? Un régime militaire ? Une nouvelle constitution taillée sur mesure pour un militaire ? S’effacer après des élections ? Les frères musulmans qui paraissent divisés, vont-ils passer à la lutte armée ? A la grève générale ? Vont-ils s’adapter comme sous Moubarak ?

Quant au camp du 30 juin, au-delà de la contestation légitime des violences, le front sera t-il maintenu ? Pourquoi faire ? Peuvent-ils peser sur l’armée et la constitution maintenant que le sang a coulé et qu’ils ont condamné l’action de l’armée ?

Mohamed El Baradei en ayant soutenu le mouvement du 30 juin puis démissionné ce jour se pose en recours. Aura t-il le soutien nécessaire pour peser ? Il y a encore beaucoup d’inconnues dans cet épisode final sur fond de lassitude, de peur et d’effondrement économique.