Une visite historique pour un moment d’histoire

par · 4 septembre 2013

oradourOradour sur Glane n’était peut-être pas destiné à entrer dans l’Histoire, jusqu’à ce 10 juin 1944 où la barbarie nazie frappa ce petit village de Haute-Vienne. Deux jours après avoir pendu 99 personnes à Tulle, les soldats de la Waffen-SS continuèrent leur baroud d’horreur en remontant le maquis limousin. Les 642 habitants du village, aujourd’hui martyr, en furent les victimes. Sous prétexte d’intimidation et d’exemplarité, les SS vidèrent leurs mitraillettes sur les hommes, enfermèrent femmes et enfants dans l’église avec l’ambition de faire effondrer le clocher sur la population. Rien ne se passa comme prévu et la décision fut prise de fermer les portes de l’église puis de brûler l’édifice religieux et ceux qui y ont été fait prisonniers. Quelques heures plus tard, le village entier est en feu. Seuls une trentaine de personnes et un chêne, dit aujourd’hui « arbre de la liberté », survécurent à cet ignoble acte de barbarie.

Presque soixante dix ans après, les habitants d’Oradour-sur-Glane, les anciens combattants, les familles des survivants ou non, ont vécu un moment empli de force et de mémoire aujourd’hui avec le déplacement de François Hollande et de Joachim Gauck, Président de la République Fédérale d’Allemagne.

C’est la première visite d’un homme d’Etat allemand dans le village martyr depuis le massacre. Les deux présidents ont insisté sur le devoir de mémoire et ont rappelé que nos générations actuelles sont les garantes de la paix. François Hollande précisant même qu’il faut « refuser l’inacceptable partout où il se produit ».

Après Willy Brandt au monument du ghetto de Varsovie, puis Angela Merkel à Dachau, l’Allemagne regarde son passé tout en avançant vers l’avenir.

Au-delà de l’importance de la continuité de l’amitié entre nos deux peuples, je souligne que le mot « pardon » n’a pas été prononcé. En effet, je suis persuadé que personne n’avait forcément envie d’entendre ce mot là sans autre explication. L’accolade chaleureuse entre les deux présidents, qui n’est pas sans rappeler la poignée de main entre François Mitterrand et Helmut Kohl en 1984, est plus forte qu’un simple mot.

Depuis cinquante ans que l’amitié franco-allemande est un des moteurs de l’Europe, il fallait pour les nouvelles générations, cet acte symbolique dans un moment où les tourments du monde nous démontrent que les leçons du passé n’ont pas toujours été tirées dans certains coins de la planète.

En plaçant ainsi leurs pas dans ceux de leurs prédécesseurs, les deux chefs d’Etat réaffirment leur volonté de poursuivre la réalisation du rêve européen.