Salvador Allende, presente ahora y siempre

par · 11 septembre 2013

allendeCe 11 septembre toute la gauche se souvient de ce jour où il pleuvait sur Santiago, ce jour où « Valparaiso ne répond plus ». Il y a quarante ans, le gouvernement d’Unité populaire (UP) de Salvador Allende était renversé par un coup d’Etat militaire, soutenu par les Etats-Unis.

En 1938, le Chili avait été l’unique pays d’Amérique latine à expérimenter un front populaire comme en Espagne ou en France. Trente années durant, il avait été un exemple de stabilité démocratique dans un continent où on ne comptait plus les juntes. Cette exemplarité c’était encore vérifié avec la formation de la coalition de gauche « UP » qui gagna les élections de 1970.

La gauche latino-américaine avait eu avec Allende une voie démocratique vers le socialisme qui n’était ni la révolution armée de Castro ni le romantisme guevariste. Elle qui fut bercée par les ballades de Victor Jara et inspiré par les vers de Pablo Neruda. Elle qui dansa la cueca dans les usines, fut ainsi fusillée par une dictature militaire dont le caudillo mourut dans son lit, malgré le fait que la justice cherchât à lui faire rendre des comptes.

A l’instar de ce à quoi travaillait la gauche française en 1971-1972, les socialistes chiliens s’étaient alliés en 1968 aux communistes, à la gauche de la démocratie chrétienne et aux radicaux (parti social-démocrate). Leur victoire avait de quoi inquiéter les Etats-Unis engagés dans la Guerre froide.

Depuis le renversement de Jacobo Arbenz au Guatemala en 1952 et l’intervention en République dominicaine, si on mettait de côté l’échec de la Baie des Cochons, la démocratie sur le continent américain s’arrêtait là où commençaient les intérêts des Etats-Unis.

Henry Kissinger qui obtint le Prix Nobel de la Paix en 1973 pour avoir réussi à sortir son pays du bourbier de la Guerre du Vietnam avait donné très tôt des instructions pour que la CIA et les agents américains présents dans les firmes ITT aident à la déstabilisation du pays en sapant les bases de l’économie et en organisant la pénurie.

Les manifestations des classes moyennes savamment orchestrées par la droite et l’extrême droite se faisaient avec le bruit des casseroles –Ces cacerolazos importés des manifestations « Algérie française ».

La dictature de Pinochet a réussi parce qu’elle a bénéficié du soutien de l’Occident guerre froide oblige. Il valait mieux dans ces années, une dictature fascisante qu’une démocratie dans laquelle la gauche pouvait gagner les élections. De plus, c’est bien connu, le Chili des années 70-80 fut le laboratoire des Chicago boys, dont le frère de l’actuel président Piñera, les disciples de Milton Friedman, le pape du néo-libéralisme dont Thatcher et Reagan allaient devenir les missionnaires.

Le Chili a réussi sa transition démocratique. L’alternance fonctionne. La réconciliation du pays n’a pas effacé les blessures d’autant que la Constitution en vigueur est toujours celle que Pinochet fit adopter en 1980 et que la justice chilienne elle vient de le reconnaître – n’a pas aidé à établir la vérité sur les milliers de disparus, de personnes torturées et exécutées.

Il faut comprendre que le coup d’Etat au Chili a marqué durablement la gauche française. Il y avait quelques similitudes. Une union de la gauche, une dynamique de victoire. Une droite qui faisait tellement corps avec le pouvoir qu’elle était prête à tout pour le garder…

La victoire de l’UP avait démontré aux socialistes français que l’Union de la gauche pouvait l’emporter dans les élections et que le changement pouvait intervenir rapidement s’il existait un soutien populaire. Le premier voyage de François Mitterrand, premier secrétaire du PS d’Epinay est en novembre 1971 au Chili pour y rencontrer Allende.

En 1973, c’était les « années de plomb » en Europe de l’Ouest. La gauche française venait de proclamer le Programme commun. Dans l’après mai 68, face à une droite détenant tous les pouvoirs, allait-on, en cas de victoire aux élections, connaître un scénario à la chilienne ?

Ce fut l’honneur de la France et des socialistes d’aider les Chiliens. Avec les parlementaires et les diplomates, je pense à nos camarades Claude Estier, François Nicoulleaud ou encore Antoine Blanca.

Depuis, il n’y a pas une section socialiste en Ile-de-France, comme dans le 19e arrondissement, sans ses militants chiliens, dignes et engagés, qui transmettent intacte cette mémoire.

Personne dans la gauche française n’a oublié ces ultimes paroles d’Allende qui résonnent encore, si actuelles : « Ils ont la force, ils pourront nous asservir mais nul ne retient les avancées sociales avec le crime et la force. L’Histoire est à nous, c’est le peuple qui la construit. »

Les commentaires2 Commentaires

  1. Marco Antonio Hormazabal dit :

    Parceque déjà la victoire n’était possible qu’avec l’union de toute la gauche, parce que le temps donne raison au progrès social et a ses acteurs, le peuple.
    La France d’alors, le phare de l’humanité et des droits de l’homme est devenu ma patrie.
    Merci.

  2. RobLEnoir dit :

    Voici un article très complet sur le Chili et Allende, je vous en recommande chaudement la lecture, Salvador Allende, 40 ans plus tard http://ow.ly/oLuJP