Merkel: belle victoire à la Pyrrhus

par · 23 septembre 2013

merkelLe peuple allemand a tranché et il faut féliciter la gagnante. Mais de là à sombrer dans la « Merkelmania » il y a un pas que je ne franchirai pas. Madame Angela Merkel recueille les fruits des réformes qu’elle n’a pas faites et d’une crise qu’elle n’a pas maîtrisée en Europe. Les réformes Schröder ont stimulé la compétitivité allemande via un dumping salarial. La division internationale du travail lui a permis de délocaliser en Europe centrale la production à bas coût. Le bilan n’est pas aussi heureux qu’on veut bien le dire. La précarité est partout. Les petits boulots (« mini jobs ») gomment 30% du chômage. Le système bancaire en région est fragile. La croissance est à 2% au mieux, pas suffisant pour rebondir. Les lands de l’Est sont toujours dans l’extrême pauvreté. Et la zone Euro-Europe est dans la récession ce qui augure mal du rebond de la croissance allemande.

Madame Merkel a géré son avantage créé par d’autres avec intelligence et pragmatisme. Elle n’a pris aucune décision stratégique préparant l’avenir. Certes elle a pris la posture de la mère de la nation. Mais est-ce suffisant ? D’ailleurs son programme se proposant d’investir 5 milliards d’euros, d’instaurer le SMIC ou de revisiter la politique familiale visait à bordurer le SPD et à relancer la croissance interne, tout en ne perdant pas la CSU et en n’ouvrant aucun espace aux anti euro de droite. Donc on va assister à une nouvelle séquence. Madame Merkel doit infléchir sa politique pour obtenir la grande coalition avec le SPD. Elle est minoritaire au Bundesrat, dans les régions et les manifestations au Portugal, en Espagne ou en Grèce en disent long sur l’état de l’opinion en Europe. Je n’oublie pas que Berlusconi a pu rebondir grâce une campagne très anti allemande. Voilà pourquoi cette victoire sans appel est largement à la Pyrrhus. Il faut donc voir clair et utiliser le moment plus favorable qu’on ne le dit. Pour le reste la partie ne fait que commencer. La CDU est contrainte politiquement et économiquement et les élections européennes offrent la chance de propulser un social démocrate à la présidence de la Commission.