Mois octobre 2013

31 Oct

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Jean-Christophe Cambadélis a répondu à l’AFP: « la crise est aussi politique en France »

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photo JCCPARIS, 26 oct 2013 (AFP) – Leadership contesté, identités brouillées, partis morcelés: la France connaît une crise politique d’une ampleur telle que des experts et acteurs s’alarment, tout en misant sur des institutions à même d’amortir le choc.

Le diagnostic est implacable: « Le système politique est en train de s’effondrer sous nos yeux », s’émeut Bruno Le Maire, ex-ministre UMP. « On n’a jamais connu une telle crise », renchérit Pascal Perrineau du Cevipof. D’autant qu' »on est dans le temps court d’un quinquennat, et il n’y a plus d’amortisseurs ».

Symptômes de cette crise: abstention croissante, percée électorale du FN, impopularité record du chef de l’Etat, sondages calamiteux pour les patrons de l’UMP comme du PS, affrontements fratricides entre alliés (EELV contre le gouvernement, Parti de gauche contre PCF) ou au sein des partis (Jean-François Copé contre François Fillon, éviction brutale du numéro un écologiste Pascal Durand, élus quittant leur parti). La frontière droite-gauche, la plus structurante de la vie politique hexagonale, devient plus floue. « Il y a un brouillage idéologique, tous ces partis rassemblent des leaders dont on se dit: mais qu’est ce qu’ils font ensemble! », s’exclame M. Perrineau.

Jean-Christophe Cambadélis (PS) pointe une « technocratisation du discours » qui « amène à la réduction du clivage gauche-droite ».
« Le PS assume-t-il oui ou non ses choix sociaux-démocrates? L’UMP qui prétendait rassembler le centre se droitise-t-elle ou non? », demande M. Perrineau.
Pour M. Le Maire, « la droite a suivi la gauche ». « Nous avons pensé comme elle que le progrès, c’était le progrès social ».
Pour son collègue PS, « la gauche s’interroge sur la validité du réformisme à l’époque de la toute-puissance du marché et la domination du capital financier ».

Brouillage

Les deux députés se renvoient indirectement la balle: M. Cambadélis jugeant que « la droite ne s’est pas repensée idéologiquement », l’élu de l’Eure considérant que « la gauche est dans un no man’s land idéologique ».
Ce « gigantesque brouillage idéologique ne sert que le FN », résume l’ex ministre.
Le politologue Philippe Braud relève que des clivages ont toujours existé au sein des formations: « ruraux versus urbanisés, public versus privé, catholiques versus laïques, nationalistes versus européens ». A chaque crise « ils réapparaissent, facilitant la pérennité de multiples partis en marge des deux grands et fragilisant les effets électoraux de la bipolarisation », cette organisation en deux pôles, constante française accentuée par la Ve République et l’élection directe du chef de l’Etat.

Ce brouillage aboutira-t-il à une recomposition en trois pôles, PS/UMP/FN?
M. Cambadélis a été le premier à le formuler. « Le tripartisme, dont un d’extrême droite, va bousculer le champ politique », assure-t-il.
Bruno Le Maire n’y croit pas: « je vois bien la percée du FN, mais ce n’est pas un parti de gouvernement ».
« Le FN peut faire jeu égal dans des élections dont la portée échappe largement aux citoyens (cantonales, européennes), mais son score en termes d’élus demeurera modeste aux municipales », prévoit M. Braud. Toutefois, « s’il était significatif, ce serait pour lui le risque d’une crise d’identité, tant son programme est irréaliste ».
Même s’ils ne devaient pas être ébranlés par le FN, les partis souffrent. « Leur crise est profonde, il faut la prendre très au sérieux », avertit M. Perrineau, pour qui « assez peu représentatifs, ils ont perdu leurs racines ».
Le Maire tranche: « nous restons une aristocratie ». Au coeur de son réquisitoire: « une haute fonction publique qui truste les postes, sans prendre aucun risque ». « Intiatives bloquées, pas d’ascenseur social, le système est à bout de souffle ».
« Les partis ont toujours eu du mal à s’adapter aux évolutions de la société car leur préoccupation est d’abord la rentabilité électorale », explique M. Braud. D’ailleurs via internet et réseaux sociaux, « les citoyens se sentent instruits par d’autres canaux, préfèrent se tenir à distance des consignes de parti. Les mobilisations importantes sont accompagnées par les partis plutôt que déclenchées par eux ». Exemple: « la manif pour tous ».
De plus, déplore M. Cambadélis, « seule la posture médiatique fait sens ». « Une pensée nuancée ou dialectique est ravalée à la langue de bois ou la mollesse. S’ensuit une série de polémiques formatées pour le débat télévisé. La pipolisation, les batailles de leadership occupent tout l’espace ».

Eclatement
Mais « le parti comme communauté de destin, reste », croit celui qui voulait diriger le PS.
Les tendances centrifuges minent cependant les formations classiques: socialistes rejoignant le Parti de gauche, Debout la République (Dupont-Aignan) ou UDI se détachant de l’UMP, création éphémère du groupe parlementaire RUMP…
S’il y a « objectivement des raisons pour l’éclatement », M. Perrineau constate que « le mode de scrutin et la bipolarisation rendent prudents ceux qui ont des vocations scissionistes ».
« C’est l’approche du scrutin présidentiel qui va clarifier les choses et le désir de l’emporter, ajoute M. Braud, sera un puissant facteur de remobilisation ».

31 Oct

Commentaires fermés sur Interview dans l’Orient le jour: « Les libanais n’ont pas à craindre les discussions en cours avec le régime iranien »

Interview dans l’Orient le jour: « Les libanais n’ont pas à craindre les discussions en cours avec le régime iranien »

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Jean-Christophe Cambadélis a répondu à une interview pour l’Orient- Le jour que vous pouvez retrouver ci-dessous ou en cliquant ici:

 

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INTERVIEW –  Député de Paris, premier vice-président du Parti socialiste européen et l’une des principales figures de proue du Parti socialiste français, Jean-Christophe Cambadélis reçoit « L’Orient-Le Jour » rue de Solférino en vue d’une analyse géopolitique des bouleversements en cours au Moyen-Orient et leur impact direct sur le Liban.
Il est qualifié par les cadres du Parti socialiste français de « pragmatique ». Il fut jadis trotskiste et il est considéré aujourd’hui comme l’un des porte-étendards du courant social-démocrate du parti. Jean-Christophe Cambadélis est présentement l’un des principaux ténors du PS. Député de Paris, secrétaire national du PS en charge de l’Europe et des affaires internationales, premier vice-président du Parti socialiste européen (PSE), son nom est cité par la presse française comme l’un des trois favoris dans la course à la présidence du PS, l’actuel secrétaire général du parti, Harlem Désir, étant pratiquement sur un siège éjectable, d’autant qu’il y a quelques jours, il a contredit publiquement le président François Hollande dans l’affaire de la jeune Rom, Leonarda, expulsée tout récemment de France.
Jean-Christophe Cambadélis a une connaissance approfondie des grands dossiers internationaux et il suit de près dans ce cadre les développements se rapportant à la conjoncture moyen-orientale, plus particulièrement en ce qui concerne les dossiers du Liban, du Hezbollah, du terrorisme, de la crise syrienne et des relations avec la République islamique iranienne. Malgré un emploi de temps chargé, dû aux soubresauts qui secouent son parti, il a reçu L’Orient-Le Jour dans son bureau de la rue de Solférino, siège du PS, dans le 7e arrondissement de Paris.

 

L’entretien est axé d’emblée sur les développements régionaux dont l’impact sur le Liban n’échappe à personne. M. Cambadélis se montre sur ce plan confiant quant à l’avenir du pays du Cèdre, affirmant que les discussions en cours entre Téhéran et les puissances occidentales, dans le sillage de la politique d’ouverture affichée par le nouveau président iranien, ne se feront pas au détriment de la souveraineté et de l’indépendance du Liban. « Les Libanais n’ont pas à craindre de ces pourparlers », souligne-t-il d’entrée de jeu, réfutant ainsi, sans la moindre hésitation, les appréhensions de certains milieux libanais qui craignent que la relance du dialogue avec Téhéran n’ait pour conséquence une emprise implacable du régime des mollahs iraniens non seulement sur le Liban mais aussi sur la région en général, par le biais, notamment, d’un blanc-seing qui serait accordé au Hezbollah sur l’échiquier politique local, ce qui renforcerait encore davantage sa position prédominante sur les plans militaire, sécuritaire et politique.
« Les Libanais doivent être rassurés sur ce plan », déclare M. Cambadélis. Dans une allusion à peine voilée à l’entrevue entre le président Hollande et le président Rohani, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, il souligne sans détour : « Le président Hollande a toujours défendu l’indépendance et la souveraineté du Liban. Il faudrait être un piètre politique pour songer à troquer l’arrêt du nucléaire iranien contre l’intégrité du Liban. La démarche du président Hollande a été de saisir une opportunité de dialogue après l’élection du président Rohani. En politique internationale, personne n’est naïf. Les Iraniens ne peuvent pas penser que sur base du simple fait que le guide de la révolution iranienne a permis à Rohani de se présenter à l’élection présidentielle, cela suffirait à modifier le climat politique international. L’Occident ne prend pas cela pour de l’argent comptant et les Iraniens ne peuvent pas le penser. »
« Nous sommes dans une phase de désescalade, ajoute à ce propos Jean-Christophe Cambadélis. Chaque partie s’emploie à mesurer ou jauger la posture de l’autre. Les Iraniens ne peuvent pas croire qu’en gagnant simplement du temps, ils aboutiront à un résultat. À un certain moment, la communauté internationale réclamera des faits, des éléments concrets. »

Mais précisément, en cas de concessions faites par Téhéran sur le dossier nucléaire, le pouvoir iranien ne pourrait-il obtenir en contrepartie la réalisation de ses aspirations quant à la mise en place du croissant chiite, s’étendant de Bagdad à Beyrouth en passant par Damas, avec ce que cela implique comme renforcement de l’emprise du Hezbollah sur le Liban et le maintien de Bachar el-Assad ? « Personnellement, j’estime que le pouvoir iranien n’est pas dans une position offensive, mais qu’il est plutôt dans une situation défensive, souligne M. Cambadélis. L’instrumentalisation qu’il fait du croissant chiite vise à resserrer l’étau auquel il est soumis. En outre, accepter la mise en place d’un tel croissant chiite reviendrait à plonger toute la région dans un nouveau cycle de tourmentes du fait que de nombreux pays, plus particulièrement les États du Golfe, ne sauraient accepter que l’Iran soit dans une position prépondérante dans la région. »

La stratégie de paix d’Obama
Faisant montre d’une remarquable vision stratégique de l’évolution des grands dossiers internationaux, M. Cambadélis se livre à une analyse particulièrement fine de la politique suivie présentement par l’administration américaine dans la région, notamment au plan des efforts déployés en vue de faire aboutir le processus de paix israélo-arabe. « Les précédents présidents américains, relève-t-il à cet égard, axaient principalement leurs efforts pour aboutir à une paix entre Israël et les pays arabes sur le règlement du contentieux territorial, ce qui débouchait rapidement sur un blocage. »
« Le président Barack Obama semble suivre une autre approche, relève M. Cambadélis. Il a une vision stratégique de toute la région dans sa globalité. Dans le but d’engager le processus de paix israélo-arabe sur la bonne voie, il s’emploie à désamorcer un à un tous les foyers de tension, tous les dossiers explosifs qui constituent autant de sources d’inquiétude pour Israël. Cela inclut ainsi le nucléaire iranien, les armes chimiques syriennes, ainsi que la situation et l’arsenal militaire du Hezbollah au Liban. »
Dans cette perspective et au sujet du cas spécifique des armes du Hezbollah, M. Cambadélis souligne la nécessité de « trouver le moyen de retourner à un débat démocratique sur la scène politique libanaise ». « C’est un but vers lequel nous devons tendre, précise-t-il. Le Hezbollah est, certes, armé. L’objectif à atteindre devrait être le désarmement de toutes les factions libanaises et la participation de tous, y compris le Hezbollah, à un processus démocratique. »

Le rôle de Poutine
Dans le cadre de cette vision stratégique globale, M. Cambadélis souligne qu’il est « excessif » de dire que les derniers développements en rapport avec le projet de frappe occidentale contre les forces du régime syrien, à la suite du bombardement de la Ghouta de Damas aux armes chimiques, ont eu pour résultat de faire du président Vladimir Poutine « l’acteur international numéro un » dans la région. « Le président Poutine n’a pas les moyens d’être le premier acteur dans la région, souligne M. Cambadélis. La Russie est un pays en pleine reconstruction. Elle n’a pas les moyens de mener le jeu et d’être le principal acteur. Le rôle des États-Unis, de l’Union européenne et d’autres pays de la région est incontournable. »
« En outre, poursuit M. Cambadélis, l’épisode du projet de frappe occidentale contre le régime syrien a peut-être débouché sur une victoire médiatique pour le président Poutine, mais d’un point de vue stratégique, cet épisode a été en quelque sorte un revers pour la Russie, car il a montré que si l’obstacle du Conseil de sécurité est contourné, le président Poutine ne peut plus rien faire et ne peut plus influer sur le cours des événements. En clair, la seule force du président Poutine est le droit de veto au Conseil de sécurité. Les puissances occidentales ont prouvé qu’elles étaient en mesure de contourner cet obstacle et, auquel cas, le président Poutine ne peut plus rien faire. »

 

Bachar n’est pas l’homme de l’avenir pour une Syrie réunifiée

Abordant le dossier de la guerre syrienne, Jean-Christophe Cambadélis exclut une éventuelle inflexion de la position occidentale à l’égard du régime syrien, suite aux derniers développements. « Il n’y a pas de solution en dehors d’un gouvernement de transition bénéficiant de tous les pouvoirs exécutifs, souligne-t-il sans ambages. Et dans ce cadre, Bachar el-Assad n’est pas l’homme de l’avenir pour une Syrie réunie. »
Au-delà de cette position de principe, M. Cambadélis n’écarte pas la thèse selon laquelle le régime de Bachar el-Assad s’emploie réellement à manipuler d’une certaine façon les organisations fondamentalistes et jihadistes, ou tout au moins certaines d’entre elles. « Lorsque Bachar el-Assad libère de prison des fondamentalistes, ce n’est sûrement pas dans un esprit d’ouverture, précise à ce sujet M. Cambadélis. Quand il y a des bombardements qui visent la banlieue de Damas, ils ne sont pas dirigés contre les positions d’el-Nosra. L’intérêt de Bachar el-Assad est de se retrouver en tête à tête avec les jihadistes pour dire qu’il fait la même chose que le président Hollande au Mali. Le jeu de Bachar el-Assad à ce propos est évident. »

La libération des deux évêques, du père Paolo et des journalistes
M. Cambadélis réfute par ailleurs en bloc l’argumentation avancée par certains milieux, notamment au Liban, qui soulignent que « Bachar el-Assad est peut-être un boucher, mais il défend les minorités chrétiennes ». « Un tel argument est irrecevable tant sur le plan du droit international qu’au niveau de la morale politique, souligne M. Cambadélis. Il faut, certes, protéger les minorités, et d’ailleurs, tel est l’un des enjeux de la phase de transition qui est prônée. Cette transition vise à mettre en place une large coalition au sein de laquelle on assurerait un rôle aux minorités. Il s’agit donc de prévoir une contribution des minorités dans le cadre d’une coalition contre Bachar el-Assad et non pas de mettre en place une alliance des minorités sous l’égide de Bachar el-Assad. »
Dans un tel contexte, Jean-Christophe Cambadélis ne manque pas de réclamer avec force la libération des deux évêques grec-orthodoxe et syriaque-orthodoxe, du père italien Paolo Dell’Oglio et des quatre journalistes français détenus en otages en Syrie. Il s’agit là, selon lui, d’un « geste nécessaire », dans la perspective de la conférence de Genève 2 en vue d’un règlement en Syrie.

30 Oct

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Libération des otages: un soulagement et un encouragement

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photo otages arlit 2La libération des Quatre d’Arlit ce soir est une bonne nouvelle et on peut mesurer le soulagement des familles ici en France et en Martinique. Fini le silence et l’angoisse.

Il faut saluer la ténacité de la diplomatie française et l’acharnement du Président de la République et de tous ceux qui ont agi avec patience et discrétion pendant tous ces mois.

Cette libération en appelle d’autres. Celles bien sûr de Didier François et d’Edouard Elias, mais également de tous les autres otages retenus ailleurs dans le monde.

29 Oct

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Changeons de terrain

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pointrosepsLe Gouvernement, la gauche, nous sommes empêtrés dans les impôts, les taxes ou plus personne ne comprend plus rien. Ou la mauvaise foi domine sur fond de sondages peu reluisants.

On hurle parce qu’il y a des déficits colossaux. On hurle parce qu’on veut les résorber. On hurle avant d’avoir mal. Et on hurle du manque à gagner. Si on continu comme cela, la gauche va être essorée sans avoir pu assécher les déficits pourtant laissés par Sarkozy et compagnie.

Alors se battre le dos au mur dans ces conditions relève de la mission impossible. Seuls les résultats sur le chômage et la réduction des déficits seront à même de réduire les critiques et encore … Le recul sur des taxes rendues nécessaires par un marché à pas forcés au désendettement qui provoque des surchauffes, cet ajustement pour évident qu’il soit ne règle rien dans l’opinion.

Il nous faut donc changer de terrain et croiser le fer avec l’UMP sur la défense de la République et l’identité de la France. Il y a là un juste combat et une situation favorable à la gauche. Alors défendons le droit du sol ! Combattons pour les principes qui ont fait la France ! C’est le moment pour une offensive déterminée des socialistes rassemblant la gauche ! Car au-delà du budget, c’est la République qui est en jeu.

catégorie Actualité, Ecrits, Expressions

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29 Oct

Commentaires fermés sur Interview dans Opinion internationale : « Reconstruire les frontières des Etats-nations serait défaire l’Europe »

Interview dans Opinion internationale : « Reconstruire les frontières des Etats-nations serait défaire l’Europe »

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Opinion internationale a publié une interview que vous pouvez retrouver en cliquant ici et lire ci-dessous:

logo opinion internationaleJean-Christophe Cambadélis, député PS de Paris et Secrétaire national à l’Europe et à l’International revient sur l’actualité politique de ces derniers jours : écoutes de la NSA, relance du débat sur l’immigration suite à l’affaire Leonarda ou encore la montée du populisme en Europe.


Le Monde a révélé lundi matin que la NSA avait espionné les communications des citoyens français. Les Etats-Unis sont-ils les seuls à pratiquer ces écoutes ?

Je ne sais pas si les Etats-Unis sont les seuls à le faire, mais il est clair qu’ils nous écoutent. Je ne pense pourtant pas que l’écoute des citoyens français puisse aider à l’appréhension de groupes terroristes. C’est autant une intrusion dans la vie nationale que dans la vie privée de nos concitoyens, et cela n’est pas tolérable. D’autant que ces pratiques ont lieu entre alliés ! Et la France n’a pas dérogé à la lutte collective contre le terrorisme, que ce soit la présidence Sarkozy ou Hollande. Ceci est donc à la fois incompréhensible et scandaleux.

Que peut-on attendre des suites sur cette affaire ?

Barack Obama ne peut pas penser se sortir de cette situation en la minimisant et en pensant que le temps fera son œuvre. Ces révélations sont entre en train d’empoisonner les relations américaines et européennes. Obama se doit donc de parler, que l’on puisse mesurer les raisons de ces écoutes. Nous sommes actuellement dans une négociation pour un traité de libre-échange transatlantique qui pourrait « capoter » en raison de la mauvaise humeur des européens vis-à-vis de leur partenaire américain.

La présidente brésilienne a réagi très fortement et concrètement après que des révélations d’écoutes semblables se soient produites au Brésil. Il semble que jusqu’ici la France ait été plutôt discrète. Serait-ce parce que la France utiliserait les mêmes pratiques ?

Il est vraisemblable que la France, à une moindre échelle toutefois, dispose d’un système d’écoute et de défense performant, puisque nous sommes réputés comme connaissant le mieux au monde les réseaux terroristes comme Al-Qaïda. Mais dans le cas présent, nous parlons d’écoutes à grande échelle, où personne n’est à l’abri, ce qui est différent.

Ne trouvez-vous pas déroutant, en tant qu’homme politique français d’être écouté par nos amis américains ? Cela change-t-il vos comportements ?

Non, il est très difficile de se surveiller et de surveiller ses paroles constamment. Le téléphone est un élément constitutif de la vie quotidienne et politique. Mais, j’estime que la protection de la correspondance téléphonique est un élément démocratique essentiel. Les américains nous font de mauvaises manières par ces écoutes, et  il ne semble pas que ces dernières soient justifiées par leur efficacité au regard de ce qui s’est passé ces dernières années aux Etats-Unis.

Un Conseil Européen se tient cette semaine à Bruxelles et il y sera question entre autres de la liberté numérique. Doit-on en attendre quelque chose ?

Dans ce domaine, les européens ont pris conscience de la nécessité de se protéger, de protéger leurs ressortissants, et leurs brevets, ils sont assez allant sur ce sujet, plus que sur d’autres. Mais à ce Conseil, la question des flux migratoires, sera aussi abordée, notamment sur les moyens donnés au contrôle des frontières extérieures de l’Europe et du soutien de ces pays d’où partent beaucoup de ces immigrés en Europe.

Sur l’affaire Leonarda, François Hollande a déclaré autoriser son retour à elle seule, et pas au reste de sa famille. Au final, il n’a satisfait personne. Comprenez-vous cette décision ?

Je la comprends parfaitement et je la soutiens. Il y a trois volets dans cette affaire. Le premier est le respect de l’Etat de droit. Dans ce cas, il a été respecté. Toutefois, cela a pris du temps, il faudra certes une réforme, puisque cinq ans d’attente pour statuer sur une demande d’asile est une durée trop longue.

Deuxièmement, on  a respecté les valeurs, puisque François Hollande a demandé au ministre de l’Intérieur de préciser les conditions dans lesquelles une personne scolarisée peut être ramenée à la frontière. Personne ne peut être arraché au milieu scolaire, qui doit être sanctuarisé.

Puis, il y a le geste, pour répondre à l’objet des manifestations lycéennes et qui est dirigé vers la famille : Leonarda pourra revenir en France étudier, sachant qu’elle a une sœur adulte qui pourrait l’accueillir. Or, dans le cas présent, il est devenu évident que Leonarda est otage de la situation politique française qui cherche à l’instrumentaliser mais aussi otage de sa famille qui cherche à l’utiliser pour revenir en France. Le Président de la République a donc réussi à respecter les principes républicains et à tendre la main de manière humaine dans une situation difficile.

Il s’agit finalement d’une décision prise sous le coup de l’émotion et non du droit. Comment justifier son retour à elle et pas de ses frères et sœurs également scolarisés ? Pourquoi elle et pas les autres enfants scolarisées et expulsés sur les mêmes critères?

L’émotion, dans cette affaire, n’est pas venue de Leonarda elle-même mais des conditions dans lesquelles elle a été soustraite à la communauté scolaire. C’est ce qui a provoqué le tollé. Il faut savoir qu’il y a plus de reconduite à la frontière sous le mandat de François Hollande que sous celui de Nicolas Sarkozy. Ceci n’a pas été particulièrement vanté par les communiqués du Parti socialiste ou par le Premier ministre. Ce sont vraiment les conditions de l’arrestation de Leonarda qui ont provoqué ce tohu-bohu. Cette action a été faite, avec un « manque de discernement » dit-on, et certains ont été jusqu’à parler de rafle, ce qui à mon sens est vraiment signe de l’hystérie ambiante.

Ne faut-il pas changer la loi ? N’est-ce pas la réponse la plus adaptée à cette situation ?

Il y a ici matière à changer le droit, à la faire évoluer. La loi actuelle ne règle pas tous les problèmes, comme l’a fait remarquer Jean-François Copé qui semble avoir oublié que c’est l’ancien gouvernement qu’il soutenait qui est à l’origine de cette loi. Elle doit en tous cas évoluer car, en effet, la durée de cinq ans est trop longue et débouche sur des situations impossibles. Il faut réduire ce temps de manière à ce que les migrants soient au plus vite informés.

Je tiens cependant à dire que tout ce débat politique a un côté très artificiel, voir hystérique. En effet, il n’y a pas une seule formation politique en France qui demande la régularisation de tous les sans-papiers. Personne ne défend le  « transfrontierisme », pour reprendre le mot de Jean-Pierre Chevènement. Tous ont conscience, depuis la synthèse jospinienne et rocardienne, que l’on ne peut accueillir tout le malheur du monde, mais seulement une part, notre part. A partir du moment où l’on ne peut pas accueillir tout le monde, il faut bien des lois pour savoir qui accueillir et qui ne pas accueillir. Les personnes que l’on ne peut pas accueillir, il faut les reconduire à la frontière. Cette idée fait consensus !

Dans ces conditions, estimez-vous encore possible de réfléchir à une nouvelle loi sur l’immigration ? Ne pensez-vous pas qu’il y a une vraie fracture au sein du Parti socialiste qui ferait que personne n’oserait plus aborder et reformer ce sujet ?

Non, je pense que la réforme aura lieu dans un temps voulu, d’ici six mois à un an, et qu’à partir du moment où aucun courant ou personnalité du Parti socialiste ne réclame la régularisation de tous les sans-papiers et l’accueil de tous les étrangers, il faut bien améliorer les lois et tout le monde devra y travailler. Bien sûr, il faudra qu’elles soient plus humaines, que l’intégration soit possible dans de bonnes conditions. Mais je ne pense pas qu’il y aura une foire d’empoigne dans le Parti sur ce sujet, parce que justement tout le monde a pu constater que les lois en vigueur aujourd’hui n’étaient pas satisfaisantes. Lorsque France Terre d’Asile et d’autres associations appellent à la réforme, ce n’est pas pour que tous soient accueillis, mais pour que le tri – le mot est malheureux mais nécessaire – se fasse sur de bonnes bases.

On a l’impression que les politiques veulent nous faire croire que l’Europe va toujours se protéger contre des tentatives d’entrée sur le sol de personnes sans revenu… Lorsque l’on voit le drame de Lampedusa ou la France qui se propose d’accueillir 500 réfugiés syriens sur les 2 millions existants, ne croyez-vous pas qu’il faudrait changer le discours sur ces entrées qui se feront de plus en plus importante à l’avenir, pour des raisons économiques et politiques 
?

Changer de politique voudrait dire que l’on abat les frontières et que l’on ne résiste plus aux pressions migratoires. En imaginez-vous les conséquences, dans une Europe vieillissante où, ou l’islamophobie et la xénophobie gagnent les pays un par un, où la situation économique est difficile ?

Il n’est pas anormal qu’un Etat, voir un ensemble d’Etats décide qui peut, ou non, vivre sur son territoire. La théorie selon laquelle on pourrait aller où l’on veut pour s’installer où l’on veut n’est pas une théorie de gauche, ce n’est pas une théorie que la gauche peut porter. Ce serait la remise en cause du principe républicain, puisque ce dernier doit être lié à un Etat-nation. Je ne suis personnellement pas choqué que l’Europe réfléchisse à la manière dont elle contrôle les flux migratoires, tout comme elle devrait réfléchir à la manière dont elle contrôle les marchandises qui rentrent sur son territoire.

Mais faut-il en arriver à revoir Schengen et remettre des douaniers aux postes frontières ?

L’Europe s’organise à ses frontières, car c’est une nécessité et ce n’est pas encore fait. En revanche, reconstruire les frontières des Etats-nations serait défaire l’Europe, et je ne pense pas que ce soit utile face aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. Il vaut mieux être d’accord avec un ensemble de pays pour réguler qu’être seul et enfermé.

Etes-vous favorable à l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’espace Schengen ?

Non, tout comme que le Premier ministre l’a exprimé.

Pourtant la Roumanie rempli toutes les conditions à une adhésion…

Cette question, bien qu’approuvée par la Commission européenne, est contestée par un certain nombres d’Etats-nations et pas seulement la France. Il existe un vrai problème de lisibilité des rapports qui ont été fournis à l’Europe.

Les Roumains et les Bulgares ne seraient-ils pas « les plombiers polonais » de 2005, les bouc-émissaires des problèmes européens ?

Je ne le pense pas. La Bulgarie est le pays le plus pauvre d’Europe et est confrontée à une situation épouvantable. Les minorités dans ces pays sont dans des conditions très difficiles, et l’on ne s’en soucie que lorsqu’elles se mettent en mouvement. Depuis que la Bulgarie a fait sa demande d’adhésion à l’Europe, la Bulgarie a perdu 1/3 de ses habitants qui ont quitté le pays. La Bulgarie n’a rien à leur offrir, il n’y a plus de travail, pas de possibilité de faire vivre les familles. Les distorsions de richesse sont invraisemblables. L’intégration de la Bulgarie exigerait donc une nouvelle politique macroéconomique pour l’ensemble de l’Europe, de façon à ce que les gens ne se mettent pas en mouvement au sein même de l’Union européenne, avant même de penser à vouloir changer la politique des pays limitrophes de la Méditerranée voir du sub-Sahel pour que ceci décollent économiquement et se sédentarisent.

Un des engagements du Président de la République était le droit de vote des étrangers aux élections locales. Les étrangers qui voulaient voter aux prochaines municipales ne pourront pas le faire. François Hollande a annoncé qu’il saisirait le Parlement, n’est-il pas une volonté d’enterrer cette proposition qu’il avait faite au cours de sa campagne, puisque l’on sait d’avance qu’elle n’obtiendra pas la majorité nécessaire ? Ne faudrait-il pas plutôt envisager un référendum ?

Je pense qu’il aurait fallu faire ceci dès l’arrivée du gouvernement socialiste. Mais l’argument pour ne pas le faire à l’époque était que les socialistes avaient été élus pour régler les problèmes économiques et que les Français n’auraient pas compris un départ de mandat sur le droit de vote des étrangers. Je constate qu’à partir du moment où on ne l’a pas fait au moment où les conditions politiques étaient les meilleures – puisque les centristes et l’opinion étaient plus favorables – cette fenêtre s’est fermée.

Le problème n’est donc pas institutionnel mais politique. Si on ne travaille pas la question, en d’autres termes si on ne crée pas un rapport de force dans la société française, à l’évidence, les élus prenant en compte la réalité de leur terrain et songeant à leur réélection, ils ne voteront pas pour cette loi. Le Président de la République a eu raison de donner une seconde chance au droit de vote des étrangers en repoussant la discussion après les municipales. Mais si les forces de gauche qui sont attachées à cette évolution ne mènent pas campagne et restent tétanisés par la campagne du Front national, on ne pourra pas obtenir le changement du rapport de force.

Vous dites que la France change de paradigme politique en passant d’une forme de bipartisme à un tripartisme, où le troisième pôle serait le Front national. Pensez-vous que le FN est durablement inscrit dans la vie politique ? Pensez-vous que cela ne changera-t-il pas complétement la donne de nombreux débats de société, comme sur l’immigration, si le FN devait jouer le rôle d’arbitre ?

Dans un pays où deux Frances s’entrechoquent, l’une qui a fait de l’étranger la source de tous ses maux et l’autre qui prend le monde aux mots, nous allons vers un tripartisme ou l’un des trois partis est d’extrême droite. La gauche redresse petit à petit le pays mais moins vite que la montée de l’impatience provoquant couacs, divisions et interrogations. Ceci rendant peu visibles les succès et renforçant donc l’amertume. La droite ne se remet pas de sa défaite. Seul le pouvoir l’unifiait, elle est aujourd’hui ballotée par les vents. Et les vents sont frontistes. Le Front national profite de la situation. Il se place au centre, rendant les représentations politiques hystériques en attendant le choc électoral que tout le monde pressent. C’est ainsi qu’il faut comprendre la sortie de route de Jean-François Copé sur le droit du sol. C’est dire les conséquences de l’entrée du FN dans des centaines de conseils municipaux. Poussée poujadiste de type 1956 ou mouvement durable difficile à dire. Mais on peut pronostiquer une séquence qui ira jusqu’à la prochaine présidentielle où la lutte sera acharnée pour être au deuxième tour. Les dégâts dans la société et pour le rayonnement de la France peuvent être considérables.

N’y a t-il pas une partie de la gauche, notamment au Parti socialiste, qui instrumentalise le FN pour battre la droite ?

Je ne le crois pas et ceux qui imaginent qu’un « 21 avril » ne pourrait pas se reproduire feraient une grave erreur.

28 Oct

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A la mémoire de Tadeusz Mazowiecki

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Tadeusz-MazowieckiC’est avec émotion que nous avons appris ce matin le décès de l’ancien Président du Conseil des ministres polonais Tadeusz Mazowiecki à l’âge de 86 ans. Il avait été le premier chef de gouvernement de la Pologne post soviétique et de ce fait, il fut un des héros de l’indépendance de son pays – ce qui a longtemps été central pour les Polonais au cours de leur histoire.

Émotion car cela nous ramène aux années où les luttes des Polonais contre le totalitarisme furent partagées en France par des générations de militants de gauche.

Mazowiecki était un homme courageux. Il n’avait pas hésité à soutenir les étudiants lors des manifestations de 1968 et à dénoncer les persécutions antisémites de cette période. Il avait aussi était un des premiers intellectuels à soutenir les ouvriers de Gdansk.

Premier chef de gouvernement issue de la transition démocratique dans un ex pays communiste, Mazowiecki succéda à Jaruzelski comme candidat d’une coalition dirigée par Lech Wałęsa et ses compagnons de Solidarność.

Il changea la constitution polonaise et opta pour une transition douce. Plus tard, il fut l’envoyé des Nations unies dans l’ex-Yougoslavie où il constata l’impuissance de la Communauté internationale face aux massacres dont celui de Srebrenica.

Avec Mazowiecki disparaît un des acteurs de la démocratisation de la Pologne et de la réussite de l’intégration de ce grand pays dans l’Union européenne.

 

27 Oct

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Victoire des sociaux-démocrates en République tchèque

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bohuslav-sobotka-cssdLes élections tchèques ont permis enfin une victoire des sociaux-démocrates du ČSSD. Enfin car depuis 2006, ils étaient dans l’opposition face au néo conservateur ultralibéral Václav Klaus et ses premiers ministres successifs.

Déjà en 2010, le ČSSD était arrivé en tête des élections, mais il n’avait pu former de gouvernement. Lors de la dernière élection présidentielle où pour la première fois, les citoyens tchèques pouvaient choisir eux-mêmes leur président, c’est une fois encore la gauche qui avait été préférée en la personne de Miloš Zeman. Il ne manquait plus qu’un gouvernement social-démocrate pour mettre un terme à une coalition impopulaire puisque le gouvernement était centre droit.

Les élections des 25 et 26 octobre, des élections anticipées, mais qui auraient dû se tenir plus tôt débouchent donc sur un résultat à l’image de l’Europe. Le peuple s’est tourné vers la gauche, mais il n’a pas résisté fortement aux sirènes populistes et eurosceptiques. Les formations populistes que sont le parti ANO et l’Aube dorée de la démocratie directe représentent à eux deux plus de 20 % des voix. Bien que le ČSSD ait clairement refusé de s’allier aux populistes pour former une coalition, il devrait trouver un partenaire car le Parti communiste sur lequel il comptait a été devancé par le parti ANO.

Comme en Autriche ou dans les pays baltes, les Tchèques ont vu des hommes d’affaires entrer en politique comme on entre en bourse et ravir des parts de marchés électorales qui sont autant d’OPA contre la démocratie.

C’est une belle victoire pour nos camarades Bohuslav Sobotka, le jeune président du ČSSD et le Président Zeman. Maintenant, il faut s’unir pour donner un gouvernement progressiste au pays et faire les réformes que les Tchèques attendent.

27 Oct

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La France aux Français

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Ce terrifiant slogan d’un autre âge semble être devenu pour l’UMP le viatique d’une reconquête de l’électorat tenté par la xénophobie.

Au-delà de la remise en cause du droit du sol, on nous suggère que la France perd son âme dans l’invasion étrangère ou l’immigration. C’est cette hantise du métissage – ressort profond du vote frontiste – que l’UMP veut capter. La mondialisation, Bruxelles, l’immigration, l’étranger, l’Islam, voilà l’image de l’ennemi dans une société qui les a tous perdu : le capitalisme, les patrons, l’impérialisme américain, etc.

Jean-Marie Le Pen disait dans les années 1980 : « Je suis le seul à faire rêver la France », aujourd’hui sa fille peut dire : « Je suis la seule à hystériser les Français ». Captant une France qui voit dans ce qui vient de l’étranger la source de tous ses maux, cristallisant des Français qui s’énervent des duretés de ces temps de redressement, le Front National ordonne le débat national ou donne le tempo, même si le pays n’a pas encore majoritairement envie de céder aux avances frontistes. Mais l’hégémonie culturelle d’un nationalisme bon teint est là. Et depuis Gramsci, nous savons que les victoires culturelles précèdent les victoires politiques.

C’est 1968 et l’hégémonie marxiste qui prépara la victoire de François Mitterrand et dans un autre registre l’antisémitisme des années 1930 qui prépara celle d’Hitler. Il suffit de regarder la télévision ou de lire nos médias pour voir la montée de la xénophobie même chez les esprits les mieux faits. Le constat que l’immigré vient dénaturer la France telle qu’elle fut ceci au nom d’un âge d’or que l’on ne saurait dater, la reprise complaisante de l’idée que les Français ne sont plus chez eux, tout milite pour un grand soir xénophobe. L’envie d’une révolution nationale monte où se mêlent les détestations de tout ce qui représente l’autre affleure.

Dans ce contexte le virage de Jean-François Copé contre le droit du sol pour le droit du sang. Ceci rapidement rebaptisé le refus de la « nationalité automatique ». Comme si cela était le cas dans une France dirigée 17 ans par la droite. Mais voilà il faut être en résonance avec l’air fétide du temps. Va-t-on laisser regarder cela les bras croisés sans rien faire ? Mais voilà le rôle du Parti socialiste dans cette période troublée : défendre les principes de la République. Le PS doit lever l’étendard de la France des lumières. Il doit le faire solennellement et unir toutes les gauches et les écologistes dans ce vital combat. Se battre oui ! Se battre ! Pour l’égalité réelle, la liberté ordonnée et la fraternité laïque ou défendre le droit du sol voire même l’Europe comme avenir français. Il faut lever le drapeau de la résistance à la lepénisation des esprits avant qu’il ne soit trop tard dans ce siècle.

25 Oct

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TUNISIE: la démocratie à l’épreuve de la terreur

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Le 23 octobre 2013 aurait dû être un jour marquant le second anniversaire de l’élection de l’Assemblée nationale constituante, soit un évènement capital de la jeune démocratie tunisienne. Ce devait être aussi un jour permettant à la Tunisie d’accomplir un pas important dans la sortie d’une crise politique et institutionnelle qui paralyse le pays depuis le meurtre du député de l’opposition, Mohamed Brahmi, le 25 juillet 2013.

Rien de tout cela. Au lieu du lancement du dialogue national, hier, les armes ont parlé dans la région même d’où la révolution avait commencé le 17 décembre 2010, celle de Sidi Bouzid, suite à l’immolation du premier martyr du soulèvement, Mohamed Bouazizi. Au moins six membres de la Garde nationale ont perdu la vie dans leur tentative d’appréhender un groupe terroriste djihadiste, tandis que deux autres avaient péri également dans un affrontement similaire il y a quelques jours.

En ces nouveaux jours de deuil pour la Nation tunisienne, je tiens à exprimer mes sincères condoléances auprès des familles affectées, mais également ma solidarité avec toutes les forces syndicales, associatives, politiques, civiles et sécuritaires, qui œuvrent à contrer les tentatives de déstabilisation de la Tunisie.

Face à la terreur orchestrée aussi bien par les éléments djihadistes, narco-terroristes, et, ne négligeons pas non plus cette forte probabilité, par les réseaux liés à l’ancien parti hégémonique de Ben Ali, le RCD – qui travaille à son retour – toute la classe politique doit se mobiliser : non pas unie derrière un parti ou une personnalité mais pour la défense des acquis de la révolution, la démocratie, la liberté et la justice.

Ainsi, il est impératif que la feuille de route adoptée le 5 octobre 2013 soit mise en œuvre. La formation d’un gouvernement indépendant, la reprise des travaux de la Constitution, son adoption rapide ainsi que celle d’un calendrier électoral et l’établissement d’une instance électorale indépendante, sont autant d’éléments vitaux au renforcement de la démocratie, à celui de l’État et de ses institutions, et donc à la stabilité de la Tunisie. Seule une telle Tunisie sera en mesure d’assumer pleinement les défis sécuritaires et socio-économiques qui minent la révolution tunisienne.