La grêle nationaliste

par · 10 octobre 2013

unenouvelobs101013Sondages après votes inexorablement les nationaux-populistes de toutes natures progressent dans l’espace public européen. C’est la tendance lourde de l’Europe, rançon de la récession, de la dégénérescence du projet de solidarité communautaire et du moment xénophobe. Oui l’islamophobie renforcée par les soubresauts des révolutions du Maghreb et du Machrek traverse l’Europe. Même si la phobie de l’étranger ou de ce qui vient de l’étranger, la hantise du métissage, voire l’identification de la relégation à l’immigration peut prendre des visages différents suivant les pays. Une véritable grêle nationaliste s’abat sur l’Europe. François Mitterrand disait dans une célèbre formule : « Le nationalisme c’est la guerre ». Nous n’en sommes pas là mais il y a déjà l’idée qui s’installe : il faut se séparer. Il faut repousser l’invasion, ceux réels ou fantasmés qui viennent nous dénaturer.

C’était hier les juifs, c’est aujourd’hui l’islam. Arrêtons nous un instant et réfléchissons aux stéréotypes qui se font jour. Le caractère inassimilable de l’islam, une religion voulant dominer le monde par l’arraisonnement des femmes, le communautarisme rampant, tout cela semble un truisme. Comme hier les traits distinctifs des juifs les rendaient d’abord inassimilables avant de devenir des sous-hommes. La démocratie d’opinion est incapable de lutter contre ce phénomène, car majoritairement elle doit de façon plus ou moins édulcorée, être en raisonnance avec les tendances lourdes de l’opinion. Et il y a à cette étape beaucoup d’insouciance et peu d’hommes et de femmes capables de dire NON. Comme les représentations politiques se fragmentent et les citoyens boudent les urnes face à la crise systémique du libéralisme économique dominé par le capitalisme financier.

Regardez en France mais aussi en Italie, Grèce, Espagne mais aussi bientôt en Allemagne ou en Grande-Bretagne, l’émiettement de l’offre politique et son individualisation. Elle se présente sous la forme d’une « pipolisation », avec la domination de la figure de l’indignation individuelle mis en scène médiatiquement. La vie politique n’a plus de ligne directrice. C’est une série de soubresauts, de colères ou d’indignations, d’amertumes sociales où le politique est par exemple tout à la fois interpellé par la colère de voir non maîtrisés les flux migratoires et la colère de ne pas les accueillir lorsqu’ils sombrent tragiquement en Méditerranée. Alors la force va à la force. Le Front National ayant identifié l’ennemi: « l’étrange étranger », et comme la posture tribunitienne triomphe car elle domine y compris dans les partis traditionnels, le terrain est sec et mûr pour s’enflammer. Et d’ailleurs comme dans les années 1930 la montée de l’extrême droite fascine tout autant qu’elle est rejetée. Tout cela explique la montée du Front National en France et indique ce que je répète depuis les élections dans l’Oise: l’émergence du tripartisme. Le choc avec les nationaux-populistes est devant nous. Les conséquences sont incalculables. Cela ne va pas être une soirée de gala. Il est encore tant d’en atténuer les effets. Il faut rompre avec l’électoralisme à droite et la fébrilité pusillanime à gauche. Il faut mesurer le mal et cesser de penser que c’est le républicain d’en face qui en payera le prix. Il faut cesser de vouloir le dompter tout en reprenant la part « assumable ». Il faut urgemment rétablir l’espoir en soulignant que le politique peut maitriser le destin. Il faut vite une autre politique européenne. Il faut assécher les raisons économiques et sociales de la montée du Front et l’endiguer par le front républicain d’une part, et le bloc de gauche de l’autre. Car il grêle et la France a froid.

Les commentaires2 Commentaires

  1. Rousselot Jean Paul dit :

    Bonjour,
    Que peut faire le PS aux élections Européennes de 2014 pour éviter que le FN devienne le premier parti de France.
    Si c’est le cas, alors ce sera très difficile avec l’Allemagne. FH ne pourra pas se représenter en 2017.
    ==
    Une majorité de sympathisants UMP et un fort pourcentage « UDI MODEM » pour accord avec FN au niveau local.
    Si c’est vrai alors M. Aubry a eu raison de ne pas faire élire F.Bayrou en 2012..

  2. Glogowski dit :

    Nous ne questionnons pas assez l’hétérogénéité pour ne pas dire les oppositions qui existent au sein des mouvements nationalistes, le fait que dans la perspective des Européennes, il n’y a pas d’unité entre eux hormis leur détestation irrationnelle du projet européen car il est à l’exact opposé de ce qu’ils représentent : la recherche du consensus vs la radicalité, l’égalité vs la suprématie, le dialogue vs l’affirmation.

    Les météorologistes ne sont pas unanimes mais ils annoncent pour beaucoup d’entre eux, un hiver rigoureux sur l’Europe… et non pas seulement pour la France.