L’impossible inventaire !

par · 17 octobre 2013

sarkozyA la fin des années Mitterrand dans un interview je demandais le « droit d’inventaire » sur le long règne du premier président de la gauche sous la 5e république. Nous sortions de l’affaire Bousquet, l’ancien chef de la police sous Vichy, devenu proche du Président et de la publication du livre de Pierre Péan sur la jeunesse de François Mitterrand.

Cette expression je l’avais emprunté à Rosa Luxembourg qui en son temps avait demandé le droit d’inventaire dans la révolution française. C’est Lionel Jospin qui la rendit célèbre lors d’un meeting au parc Floral à Vincennes pendant la campagne présidentielle de 1995. Il me dit un jour : « c’était une réunion des élus. Ils étaient tous là devant moi. Et tout à coup la formule m’est revenu il faut faire l’inventaire ». Notons que suite à son quinquennat l’ancien Premier ministre infléchira sa position estimant qu’il fallait défendre comme un bloc le bilan. Sinon l’opposition affaiblissait la capacité d’alternative de la gauche. Tout le problème est là. Evaluer un bilan n’est pas le dévaluer. Et lorsque les principaux acteurs comme Sarkozy et Fillon sont candidats à la prochaine élection présidentielle, cela relève de la quadrature du cercle.

Jean Glavany avait jugé aimablement ma formule comme une politique de notaire: un inventaire après décès. C’est tout dire ! Il est impossible lorsque les protagonistes sont en place ou préparent leur retour, et n’intéressent personne lorsqu’ils sont politiquement morts. Et pourtant si l’UMP ne le fait pas, son candidat portera le boulet d’un bilan jugé négatif par les Français.

J’ai toujours pensé que Lionel Jospin n’avait pu revenir. Non seulement parce qu’il avait mis fin à sa carrière le 21 avril mais que ne s’attaquant pas à son bilan, il laissait à Ségolène Royal l’image d’un renouveau, d’autre chose, autrement. Il ne pouvait la stopper. Voilà pourquoi pour insipide et inaudible qu’elle soit, la convention de l’UMP sur l’évaluation de Sarkozy démontre en creux l’immense difficulté pour la formation de droite de présenter un visage nouveau lors de la prochaine présidentielle. Et comme le tripartisme ou campisme sera là, le risque est grand de le regretter le jour venu.