Interview dans France Soir: Jean-Christophe Cambadélis l’assagi

par · 2 novembre 2013

Jean-Christophe Cambadélis a répondu dans France Soir à une interview que vous pouvez retrouver ci-dessous ou en cliquant ici:

photo JCC France soir

 

Harlem Désir lui a été préféré pour prendre la tête du PS. Mais rue de Solférino, Jean-Christophe Cambadélis est loin d’être isolé. Face aux luttes internes, au milieu des affaires Leonarda et de l’écotaxe et contre la montée du Front national, le député de Paris apparaît aujourd’hui comme le rassembleur d’un camp divisé.

Propos recueillis par Sylvain Chazot

 

 

Le pouvoir exécutif connaît une grande crise d’autorité. Mardi Jean-Marc Ayrault a annoncé la suspension de l’écotaxe, trois jours après des manifestations en Bretagne. C’est une bonne chose selon vous ?
Oui. Il fallait s’adapter à la situation et à la capacité des Français. Cette suspension – et non pas une suppression – était une nécessité. Nous allions au devant d’un affrontement avec les Bretons.

Mais les Verts sont furieux. La question de leur place au gouvernement se pose à nouveau.
Ils ont évidemment tout leur place. Ils savent la détermination de ce gouvernement à avancer vers une écologie nouvelle.

Le message envoyé par le gouvernement avec la suspension de l’écotaxe va pourtant dans le sens contraire. L’ancienne ministre de l’Environnement Delphine Batho a déclaré que l’écologie devenait « la victime expiatoire de la crise »…
Non. Cette suspension est juste. Maintenant, si Delphine Batho veut faire passer l’écologie au canon, qu’elle n’hésite pas.

« J’espère que Leonarda s’émancipera de sa famille»

L’autorité de l’exécutif a tout de même été mise à mal. Certains laissent entendre qu’un remaniement du gouvernement, voire une dissolution de l’Assemblée nationale, serait une solution.
Un remaniement ? Pourquoi pas. Mais c’est avant tout une question technique qui doit être subordonnée à une politique. Il nous faut sortir de ce débat budgétaire. Ce n’est pas là que se situe le terrain politique aujourd’hui, surtout après la sortie de Jean-François Copé sur le droit du sol (1). La vraie question est : quelle France voulons-nous ?

Justement, cette polémique sur le droit du sol est survenue en pleine affaire Leonarda, du nom de cette collégienne expulsée au Kosovo. Cette affaire avait déjà mis le feu la gauche. Le Front de gauche et le Parti communiste avaient dénoncé la politique de Manuel Valls. Même au PS, de nombreuses oppositions avaient éclaté au grand jour…
Dans la gauche il y a toujours eu ce débat sur la question de l’immigration. Déjà avec Gaston Deffere (ministre de François Mitterrand, ndlr) ! Puis avec Jean-Pierre Chevènement. Mais cette polémique a une dimension un peu étonnante. La quasi totalité des forces politiques ne réclament pas la régularisation de tous les sans-papiers : c’est un consensus. Tout le monde a compris que l’on ne pouvait pas s’installer où l’on voulait, quand on voulait, et que les États étaient en droit de réguler les pressions migratoires. La polémique Leonarda ne porte pas sur le fond mais sur la manière dont elle a été reconduite à la frontière, en la récupérant à bord d’un bus scolaire.

François Hollande devait calmer le débat et son intervention le 19 octobre n’a fait qu’amplifier la polémique…
Mais qui peut contester que le président de la République a réaffirmé le respect de la loi et le respect des valeurs ? Qui peut contester qu’il a été humain en tendant la main à Leonarda et en lui proposant de revenir étudier en France ?

« Tout ce que dit Hollande est contesté »

Les Verts le disent…
Ils disent qu’on ne peut pas séparer un enfant de sa famille. Personnellement, j’espère que Leonarda s’émancipera de sa famille. De toute façon, ce n’est pas ce qu’a dit le président qui est en cause, c’est la situation dans les sondages : tout ce qu’il dit est contesté.

N’était-ce donc pas l’occasion d’avoir une position claire ?
Mais sa position était très claire : ils ne rentrent pas.

Pourquoi autant de polémiques alors ?
Nous sommes dans une situation de contestation forte de l’exécutif. Il n’aurait pas parlé, on l’aurait critiqué. Il a parlé, on l’a critiqué. Les Français sont agacés de ne pas voir de résultats sur le plan économique, social… Tant qu’ils n’ont pas de résultat, ils ne font pas confiance au chef de l’État. Petit à petit, la France se redresse. Mais la cacophonie fait qu’on ne le voit pas.

Une cacophonie amplifiée par le PS et notamment par son premier secrétaire, Harlem Désir, qui, quelques minutes après l’intervention de François Hollande sur Leonarda, contredisait la parole du président… Est-ce qu’il y a un problème de leadership aujourd’hui au Parti socialiste ?
(Il sourit). Ne rajoutons pas des polémiques à la crise que nous traversons. Aujourd’hui, il faut faire bloc. Il ne s’agit pas d’étaler ses états d’âmes et ses amertumes. Il y aura un congrès dans quelques années pour revenir dessus.

Mais c’est vous qui, aujourd’hui, apparaissez comme la voix de la raison au PS, pas Harlem Désir. C’est un problème ?
J’avais dit que je serai le capitaine de route de cette équipe. Je dois constater que je n’ai pas réussi à calmer les troupes. Qu’il y aient des dissensions, ce n’est pas anormal, surtout à gauche. Mais les socialistes doivent comprendre la situation dans laquelle nous sommes : le pays se relève dans la difficulté à cause du bilan que nous a laissé la droite. Cela provoque du mécontentement et sur la base de ce mécontentement, le Front national est aux portes du pouvoir, aujourd’hui dans les municipalités, demain dans les régions, et peut-être même à la présidentielle. Nous devons être responsables : on ne peut pas être comme des enfants à vouloir tout.

Revenons à l’affaire Leonarda. Y-a-t-il trop d’étrangers en France ? Durant la campagne présidentielle, François Hollande n’avait jamais voulu répondre à cette question…
Je rejoins sa position. Il n’y a pas de baromètre qui dirait qu’il y a trop ou pas assez d’étrangers dans le pays. Aujourd’hui, vue la situation économique mondiale, les peuples d’Europe estiment que la pression migratoire est trop forte. C’est l’état de l’opinion. Donc il faut faire avec. Comment répondre ? Avec une politique de développement économique dans les pays d’où sont issus ces migrants. Sinon ils continueront de s’agglutiner devant les vitrines du monde occidental.

« Manuel Valls est un atout »

En terme d’expulsions et de régularisations, la politique migratoire actuelle n’est pas si éloignée que celle de Nicolas Sarkozy…
Mais ni le Parti socialiste ni le ministre de l’intérieur n’en ont fait un communiqué de victoire. Nicolas Sarkozy voulait montrer qu’il luttait contre l’immigration et qu’il stoppait la montée du monde arabo-musulman en France.

Cela n’empêche pas la multiplication des critiques envers l’actuel ministre de l’Intérieur…
Manuel Valls est un atout même s’il n’est pas tout seul à gauche. Certains peuvent critiquer ses formulations mais il est invraisemblable de vouloir faire du cas Manuel Valls la question centrale de la vie politique actuelle. La question centrale, aujourd’hui, c’est le Front national. Manuel Valls est l’une de nos cartes contre la montée du FN et il serait ridicule de s’en priver.

« La gauche d’en bas est plus unie que celle d’en haut »

Entre la reculade sur l’écotaxe, l’affaire Leonarda, le psychodrame de la primaire à Marseille avec cette opposition interne entre Samiah Ghali et Patrick Mennucci, une lueur d’espoir pour vous : le PCF a décidé de s’allier au PS pour les municipales à Paris…
C’est l’illustration de ce qui est en train de se passer dans le pays : la gauche d’en bas est plus unie que celle d’en haut.

Vous parliez du FN. La victoire du candidat frontiste lors de l’élection cantonale partielle de Brignoles (Var) a frappé les esprits, cinq mois avant les municipales. Certains, à droite, accusent la gauche et le gouvernement d’alimenter la progression du Front national, soutenant que le PS a intérêt électoral à avoir un FN fort…
Je trouve cette idée dérisoire. C’est une triple faute : c’est faire du FN l’élément central de la vie politique. C’est indiquer aux électeurs de l’UMP que le PS n’est pas fréquentable et ça brise le front républicain. Tout cela permet à Marine Le Pen de s’imposer petit à petit.

Le front républicain est donc toujours de mise ?
Le front républicain est dans les sondages : 70% des Français rejettent le FN (2). Le front républicain est une nécessité même s’il marche à cloche pied puisque la droite ne veut plus en entendre parler. Mais alors, si le FN est un parti comme les autres, pourquoi l’UMP refuse de s’y associer ?

« Si le programme du FN était appliqué, ce serait la guerre civile »

Vous pensez que le vote FN n’est toujours pas un vote d’adhésion ?
Certains adhèrent à la grille de lecture principale du FN qui est la xénophobie. Il y a une tentative d’OPA du FN sur l’une des deux France, celle qui estime que les problèmes viendraient de l’étranger, de l’Europe ou du Maghreb et qu’il faudrait rester entre soi pour se protéger. Cette idée de préférence nationale, l’opposition entre les Français de souche et les Français de papiers… Certains soutiennent ces idées mais ils ne se rendent absolument pas compte que c’est un régime d’apartheid qui se mettrait en place.

Un apartheid ?
Le FN porte le désordre comme la nuée porte l’orage. Sur Leonarda, les jeunes étaient dans la rue, la moitié de la classe politique était mobilisée… Vous imaginez si le programme du FN était appliqué ? Ce serait la guerre civile, et pas seulement dans les mots. La sortie de l’euro ruinerait l’ensemble des familles françaises. La France ne serait plus le pays des droits de l’homme…

Mais la France a-t-elle encore les moyens de revendiquer cet humanisme ?
Nous sommes dans une période difficile mais nous sommes un grand pays, nous avons les moyens de prendre notre part, pour reprendre la fin de la célèbre formule de Michel Rocard (3).

 

1. Jean-François Copé a affirmé qu’il souhaitait réformer le droit du sol qui permet à un enfant né en France de parent étranger d’obtenir la nationalité française.
2. Selon un sondage Ifop pour le Nouvel Observateur paru le 9 octobre, 24% des Français se disent prêt à voter FN lors des prochaines élections européennes.
3. « La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre fidèlement sa part », en 1990.

Les commentaires2 Commentaires

  1. topaz dit :

    Je ne sais pas si Jean-Christophe Cambadélis s’est « assagi », mais il est la conscience du PS, celui qui peut encore le ressusciter ce parti. Majoritaire absent aujourdh’ui, il doit survivre demain, bien présent, même dans l’opposition. Hollande s’est trompé en influant sur la désignation Harlem Désir. Un exécutif « débutant » aurait dû faire le choix de s’appuyer sur un parti solide et réactif. L’ironie de l’histoire c’est que Martine Aubry a restauré le PS et a été déboutée par la gauche, et que Camba a été écarté du PS alors que c’est lui qui joue le rôle qu’on ne lui a pas confié. Jusqu’où, jusqu’à quand ?

  2. bleuetoiles dit :

    Tant que les résultats économiques ne s’amélioreront pas , les français seront impatients , en colère devant les efforts demandés .
    Mais le manque de pédagogie , de cap , les zigzags sont dramatiques.
    Karine Berger vient de donner un exemple sur LCI, une interview claire, remettant en perspective les raisons de l’action du gouvernement ;
    la député des Hautes-Alpes a su prendre de la hauteur ( humour facile), mais c’est tragiquement rare !!
    La communication du président et de certains membres du gouvernement est « minable »
    Heureusement le FN n’est pas encore au pouvoir , mais pourquoi , les classes populaires ne votent pas à gauche , camarade Jean-Christophe ?