« Le programme de l’UMP est thatchérien » mon entretien au Parisien

par · 29 décembre 2013

logoparisienLe chômage a augmenté en novembre. François Hollande a-t-il perdu son pari, comme le clame l’UMP ?

Je suis choqué de voir que l’UMP critique les chiffres lorsqu’ils sont bons et se réjouit lorsqu’ils sont mauvais ! Une politique de redressement national, après les déficits que la droite nous a laissés, cela prend du temps et cela mérite de la persévérance.

Le gouvernement n’aurait-il pas dû reconnaître que les chiffres étaient mauvais ?

Non, la vérité nous oblige à dire que les chiffres ne sont pas décevants. Ils sont encourageants pour les jeunes et ils marquent une tendance à la décélération du chômage. Pour autant, il n’y a pas encore nettement d’inversion de la courbe. C’est à portée de main !

Le président a-t-il commis une erreur en s’enfermant dans un objectif chiffré ?

Pour réhabiliter la politique, il faut se fixer des objectifs, pas être dans le flou et les faux-semblants.

La réforme fiscale est-elle un bon signal aux entreprises, qui hésitent déjà à embaucher ?

Avec la réforme de la paperasse administrative, c’est au contraire un signe envoyé pour qu’elles recommencent à investir. J’ai cru comprendre que l’objectif du gouvernement n’était pas l’augmentation des impôts, mais l’équilibre financier de la Nation et la simplification de notre système fiscal.

La TVA va augmenter au 1er janvier, au risque d’alimenter la grogne fiscale…

Nous avons voté cette disposition il y un an. Les ménages savent donc depuis longtemps que ça va intervenir. La preuve, ils ont anticipé leurs achats. Et cette mesure permettra aux entreprises de faire face à leurs demandes de financement en abondant le CICE (NDLR crédit d’impôt compétitivité emploi).

Quel bilan tirez-vous de 2013, celui d’une année horrible pour le gouvernement ?

C’était une année de transition. Quand on fait changer de cap au bateau France, il y a forcément quelques clics et quelques couacs…

La France va-t-elle entrer en 2014 dans la « deuxième phase » du quinquennat chère à François Hollande, plus redistributive ?

Non, j’ai toujours pensé que 2013 et 2014 seraient des années de transition dans le redressement productif, économique et moral de la France. Ce sont les années les plus difficiles du quinquennat.

Manuel Valls ferait-il un bon Premier ministre ?

Oui, mais il n’est pas le seul. Et celui qui est en place n’est pas mauvais.

L’exécutif n’a-t-il pas un gros problème de com’ ?

En cette période de vœux, disons qu’on peut effectivement améliorer la communication…

Le président est-il suffisamment soutenu par le PS ?

Le Parti socialiste a parfois quelques ratés, mais globalement il se tient à ses côtés.

La majorité tire parfois à hue et à dia. Le président doit-il faire acte d’autorité ?

Elargissons le champ de l’analyse : à droite, le retour de Nicolas Sarkozy bouscule l’UMP, et l’UDI s’autonomise de l’UMP. Le Front de gauche est au bord de la scission entre Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, et les écologistes ont baissé d’un ton depuis leur congrès. Le FN est, lui, sur un faux plat. On ne peut pas dire que les syndicats appellent à la grève générale, et le Medef n’a pas encore trouvé la bonne posture avec le gouvernement. Sur un plan strictement politique, le président est donc loin d’être dans les cordes !

Mélenchon est-il encore audible ?

Il se marginalise jour après jour. Et plus il s’agite, plus il s’enfonce. C’est regrettable.

Quel est votre pronostic pour les municipales et les européennes ? Va-t-on vers un choc FN ?

Je ne suis pas pessimiste, car je pense que les Français répondront aux deux questions posées : quel est le meilleur maire pour leur ville et qui peut réorienter la construction européenne ? Pour les municipales, je vois un FN à la hausse, s’implantant dans un certain nombre de villes, mais sans gain significatif, et un PS résistant mieux qu’on le croit. Aux européennes, le résultat sera sans doute différencié : je ne pense pas que le FN sera en tête nationalement, mais il peut l’être dans certaines régions. Quant au PS, s’il réussit à installer le véritable enjeu, c’est-à-dire le risque national populiste et la fin de l’ère Barroso marquée par une droite conservatrice immobile, il peut sortir son épingle du jeu.

Pour les municipales, Manuel Valls alerte contre une possible abstention sanction à gauche.

Le grand risque étant l’abstention, il ne faut en effet pas le nourrir par une victoire annoncée, qui n’est pas encore réalisée. Il faut se battre ville par ville et ne pas être dans un optimisme béat.

L’Espagne veut quasiment supprimer le droit à l’avortement, avec les félicitations de Jean-Marie Le Pen.

Cette décision illustre bien le vent réactionnaire qui souffle sur l’Europe. Les gouvernements de droite ont tendance à prendre le tapis roulant de l’histoire à l’envers ! Quant à Jean-Marie Le Pen, il est fidèle à ses idées depuis trente ans et voit avec satisfaction la droite classique venir sur ses positions.

L’UMP a présenté ses « mesures d’urgence » : retraite à 65 ans, contrat unique, dégressivité des allocations chômage…

C’est un programme thatchérien, mais je ne vois pas de majorité dans le pays pour l’appliquer. Faisons attention, la France est dans un état socialement inflammable. Au nom de rodomontades sur le papier, on peut tout faire exploser !

La France est-elle en train de s’enliser en Centrafrique, avec le risque que son intervention dure ?

Dans ce genre d’opération, il ne faut pas s’enfermer dans des délais trop stricts. Mais ce n’est pas la présence française qui crée la guerre civile, c’est la guerre civile qui a créé la présence française. Il faudra des renforts africains, via l’ONU, pour apaiser les tensions.