La « libysation » du Liban ?

par · 30 décembre 2013

attentat-beyrouthN’en déplaise à nos médias nationaux, le Président de la République n’est pas allé en Arabie Saoudite pour soutenir le ministre de l’Intérieur Manuel Valls contre l’humoriste « tendance quenelle », le Très anti-juif Dieudonné.

Au-delà des accords commerciaux, fond souverain, et autre centrale nucléaire. Ce dernier point n’étant pas secondaire dans la géopolitique de la région. La rencontre avec l’ancien Premier ministre libanais Saad Hariri et la déclaration de François Hollande et du  roi Abdallah soulignant la convergence de vue  sur les problèmes de la région, la présence de l’opposition syrienne à Genève et l’intégrité du Liban – cette dernière précédée par une annonce du « royaume » d’un soutien financier massif à l’armée libanaise.

Tout indique que le Liban était bien à l’ordre du jour, car la situation se détériore dans ce pays. Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah, qui combat au côté de Bachar el-Assad en Syrie tonne à tous les vents. Il a averti les forces du 14 mars tout en menaçant Israël et l’Arabie Saoudite. Il veut éliminer l’éventualité du renouvellement du Président libanais, Michel Sleiman. Ni le Hezbollah ni le commandement des Pasdarans iraniens ne veulent être les perdants de la désescalade irano-occidentale.

Il y a à cela des raisons géopolitiques mais aussi économiques car la fin de l’embargo contre l’Iran ruinerait l’économie du marché noir aux mains des conservateurs iraniens. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’assassinat de Mohamed Chatah, à quelques centaines de mètres de l’endroit où fut assassiné Hariri père.

Le fait que le Wall Street Journal révèle une correspondance entre ce dernier et le Président iranien, le modéré Rohani qui a récupéré le dossier nucléaire, en dit long sur les raisons de cet attentat mortel, mais surtout du climat qui règne tout à coup au Liban. Bachar el-Assad anticipe l’impossible victoire en Syrie et les supputations sur une partition. Il veut un Liban chiite ou tout du moins suffisamment divisé pour pouvoir exister.

Les conservateurs iraniens et le Hezbollah cherchent à élargir la guerre au Liban pour réduire toute marge de manœuvre du Président Rohani en Iran. Le Guide de la révolution iranienne, Ali Khamenei, campe quant à lui sur une grande prudence.

Tout indique que des forces pour des raisons domestiques ont décidé d’exporter la violence au Liban. La France, de passage en Arabie Saoudite, a signifié qu’elle ne laisserait pas faire, d’autant que le ministre israélien de la défense, Moshe Yaʿalon a déclaré que la patience de l’Etat hébreu avait une limite. Tout semble réuni pour un embrasement au Liban avec comme toile de fond la tentation de la « lybisation » du Liban ! La France, amie du Liban, se veut vigilante et nous devons l’être aussi  !